Ryad Merhy, 33 ans, a remporté le titre de champion du monde WBC en bridgerweight (-101,605 kg) ce samedi 31 mai à Charleroi, battant aux points son adversaire sud-africain Kevin Lerena (34 ans) dans un combat tendu marqué par des tensions pré-match et une domination nette en seconde partie. Après 12 rounds, les juges ont accordé la victoire au Bruxellois par décision unanime (116-112, 117-111, 115-113), mettant fin à un règne de trois ans pour Lerena et offrant à Merhy son premier titre mondial dans cette catégorie récente, créée en 2020.
Un titre historique pour la boxe belge
La victoire de Ryad Merhy s’inscrit dans une histoire belge de la boxe masculine encore vierge de titres mondiaux majeurs depuis la fin de l’ère de Jean-Pierre Coopman et Stéphane Jamoye dans les années 2010. Merhy devient ainsi le premier Belge à conquérir un titre WBC sur le sol national depuis la flamande Delfine Persoon, championne du monde de 2014 à 2019 dans une autre catégorie. Son parcours, marqué par 34 victoires (29 KO) et seulement trois défaites en carrière professionnelle, lui valait déjà le statut de visage de la boxe belge aux côtés de Persoon.

Pour Merhy, ce succès intervient après une défaite face à Lerena en 2023, un combat qui avait laissé planer le doute sur son potentiel à dominer les bridgerweights. “On ne rejoue pas le passé, on le corrige !”, avait-il lancé avant ce rematch, résumant l’état d’esprit d’un boxeur déterminé à effacer l’échec précédent. La catégorie bridgerweight, créée en 2020 par la WBC pour combler un vide entre les lourds-légers (-90,718 kg) et les lourds (+101,605 kg), reste cependant controversée : si la WBA la reconnaît, l’IBF et la WBO persistent à l’ignorer, limitant sa légitimité aux yeux de certains puristes.
Un combat sous haute tension
Les tensions entre les deux camps avaient commencé dès la pesée officielle de vendredi à Charleroi, où Merhy (100,7 kg) et Lerena (100,2 kg) s’étaient affrontés du regard dans une atmosphère électrique. “Un manque de respect”, avait résumé un proche de Merhy, soulignant l’intensité des rivalités personnelles qui ont accompagné ce combat. Ces frictions, visibles dès les préparatifs, ont culminé lors d’un face-à-face final à Bruxelles avant le gala, où les deux boxeurs se sont une nouvelle fois défiés sous les caméras.

Sur le ring, Merhy a dominé les rounds 5 à 12, selon les juges, en exploitant sa puissance de frappe et sa capacité à gérer la distance. Lerena, habitué aux catégories supérieures (il a détenu le titre IBO des lourds-légers de 2017 à 2020), a peiné à s’adapter au rythme imposé par le Bruxellois. Les scores finaux (116-112, 117-111, 115-113) reflètent cette supériorité, bien que le combat ait été serré dans les premiers rounds.
La catégorie bridgerweight : un titre à géométrie variable
La création des bridgerweights en 2020 par la WBC visait à répondre à une évolution physique des boxeurs : les poids lourds actuels, plus massifs que ceux des décennies précédentes, ont rendu la catégorie des lourds-légers (-90,718 kg) trop étroite pour certains athlètes. Le président de la WBC, Mauricio Sulaiman, avait justifié cette décision en soulignant que les champions modernes dépassaient souvent les 100 kg, là où des légendes comme Muhammad Ali ou Mike Tyson pesaient bien moins à leur apogée.
Pourtant, cette catégorie reste minoritaire : seule la WBA la reconnaît officiellement, tandis que l’IBF et la WBO maintiennent leur position en faveur d’un système à 17 catégories. Merhy, classé 5e au classement WBA dans cette catégorie, devient ainsi le premier champion WBC des bridgerweights, un titre qui pourrait gagner en prestige si les autres fédérations finissent par l’adopter. À titre de comparaison, Ibrahima Diallo, champion international IBF des super-welters, a lui aussi défendu avec succès son titre ce week-end face à Hon Ki Lam (98-91, 97-92, 98-92), rappelant la fragmentation persistante des ceintures mondiales.
Quelles conséquences pour Merhy et la boxe belge ?
Avec ce titre, Merhy s’impose comme le porte-drapeau incontesté de la boxe belge masculine, aux côtés de Delfine Persoon chez les femmes. Son palmarès (34 victoires, 29 KO) et son profil explosif en font désormais une valeur sûre pour les organisateurs de galas internationaux. La prochaine étape ? Une éventuelle ascension vers les lourds-légers (-90,718 kg), une catégorie où il pourrait affronter des noms comme l’Américain Devin Haney ou le Britannique Billy Joe Saunders.

Côté organisation, le combat a attiré plus de 2 000 spectateurs au Grand Palais de Charleroi, un affluence qui témoigne de l’engouement pour la boxe en Belgique. La diffusion en direct sur les plateformes de la RTBF et Sudinfo a également permis à un public plus large de suivre l’événement, avec des points d’orgue à 21h et 23h15 pour le combat principal. Une stratégie qui pourrait inspirer d’autres fédérations régionales à promouvoir davantage de galas locaux.
Et après ? Les défis à venir
Si Merhy a désormais un titre à défendre, plusieurs questions restent en suspens. D’abord, la reconnaissance de sa ceinture : la WBC devra convaincre l’IBF et la WBO d’adopter les bridgerweights pour éviter que Merhy ne soit perçu comme un “champion de seconde zone”. Ensuite, son calendrier s’annonce chargé : une première défense du titre est déjà évoquée pour fin 2026, avec des noms comme le Français Yohan N’Doye ou l’Américain Shawn Porter en ligne de mire.
Sur le plan sportif, la victoire de Merhy relance aussi le débat sur la légitimité des catégories récentes. Alors que la boxe peine à se renouveler face à des sports comme l’UFC, des titres comme celui des bridgerweights pourraient soit attirer de nouveaux talents, soit alourdir un paysage déjà surchargé (18 catégories au total). Une chose est sûre : avec Merhy sur le devant de la scène, la boxe belge a enfin un champion à suivre de près.
Pour l’instant, le Bruxellois peut savourer ce titre historique. Mais dans ce sport impitoyable, une défaite est toujours possible. Comme il l’a lui-même dit : “On corrige le passé.” La prochaine étape ? Écrire un nouveau chapitre.
