Coup d’arrêt à la défense Duterte : L’ICC refuse un report indéfini du procès
La Haye, Pays-Bas – La Cour Pénale Internationale (CPI) a rejeté la demande de report indéfini du procès de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, accusé de crimes contre l’humanité liés à sa sanglante campagne anti-drogue. La décision,rendue ce jour,ouvre la voie à la poursuite du procès,malgré les allégations de problèmes de santé de l’accusé.
Les avocats de Duterte avaient invoqué l’état de santé de leur client pour demander un ajournement, suggérant qu’il pourrait renoncer à son droit d’assister aux audiences et être représenté par son conseil, conformément aux règles de procédure de la CPI. Cependant, la majorité des juges a estimé que ces arguments ne justifiaient pas un report indéfini.
“Les victimes sont déterminées que le procès sur le fond doit se poursuivre sans report inutile”, a déclaré Me Neri Colmenares, avocat du National Union of People’s Lawyers (NUPL), appuyé par son collègue, Me Kristina Conti. Les deux avocats se sont engagés à collaborer avec le Bureau de l’avocat public des victimes de la CPI pour s’assurer que le procès avance sans délai.L’accusation et les représentants des victimes s’étaient fermement opposés à un report prolongé, tout en se déclarant ouverts à un court délai. La CPI a néanmoins demandé aux procureurs de soumettre des versions publiques et expurgées des documents d’accusation et du dossier de pré-confirmation d’ici le 22 septembre.
Une juge dissidente, Flores Liera, a vivement critiqué la décision de la majorité, arguant que la demande de la défense aurait dû être rejetée. Elle a souligné que le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, ne prévoit pas de questionner l’aptitude d’un suspect à comparaître devant la chambre préliminaire, mais seulement devant la chambre de jugement.Elle a également averti que cette décision pourrait créer un précédent dangereux et entraîner des retards inutiles.
Contexte et enjeux : La campagne anti-drogue philippine et la CPI
Rodrigo Duterte est accusé de crimes contre l’humanité en lien avec les milliers de meurtres extrajudiciaires perpétrés durant sa présidence (2016-2022) dans le cadre de sa guerre contre la drogue. cette campagne, marquée par une violence extrême et un manque de respect des droits fondamentaux, a fait des milliers de victimes, principalement parmi les populations les plus vulnérables.
L’enquête de la CPI sur les Philippines a été ouverte en 2018, mais a été suspendue puis reprise après que le gouvernement philippin s’est retiré de la Cour en 2019. Le retrait a été jugé invalide par la CPI, qui a maintenu sa compétence sur les crimes commis sur le territoire philippin pendant la période où le pays était partie au Statut de Rome.
Ce procès représente un moment crucial pour la justice internationale et pour les victimes de la campagne anti-drogue philippine. Il pourrait établir un précédent significant en matière de responsabilité des dirigeants pour les crimes commis par leurs forces de sécurité et en matière de lutte contre l’impunité. La décision de la CPI de ne pas accorder un report indéfini est perçue comme un signal fort de sa détermination à mener à bien cette enquête et à rendre justice aux victimes.
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