Le dollar américain sous pression : faut-il aux investisseurs canadiens se couvrir ?
Toronto – La confiance dans le dollar américain s’érode, et les investisseurs canadiens se demandent s’il est temps de protéger leurs avoirs en Bourse américaine contre les fluctuations monétaires. Sur les douze derniers mois, l’indice du dollar américain (DXY), qui mesure la valeur du dollar face à un panier de devises majeures, a chuté de 10,46%. Cette baisse s’inscrit dans une tendance plus large de diminution de l’utilisation du dollar comme monnaie de réserve mondiale, exacerbée par les tensions géopolitiques et les doutes croissants concernant la stabilité politique et monétaire des États-Unis.
Les récentes évolutions internes aux États-Unis, notamment les mesures restrictives en matière d’immigration qui ont provoqué des troubles civils, ainsi que la détérioration des relations avec des alliés traditionnels en raison des menaces tarifaires fluctuantes de l’administration Trump, contribuent à cette pression sur le dollar.
Face à ce contexte, de plus en plus d’investisseurs canadiens envisagent de se tourner vers des fonds négociés en bourse (FNB) à couverture de change pour leurs investissements en actions américaines. Lorsqu’ils achètent des actions américaines via des FNB cotés au Canada, ils ont généralement le choix : accepter les fluctuations des taux de change ou se protéger contre elles.
Mais est-ce une stratégie judicieuse ?
Comment fonctionne la couverture de change ?
Pour illustrer, prenons l’exemple de deux FNB Vanguard cotés au Canada : le Vanguard S&P 500 Index ETF (VFV) et le Vanguard S&P 500 Index ETF (CAD-Hedged) (VSP). Les deux fonds suivent l’indice S&P 500 et appliquent des frais de gestion de 0,09 %. Ils sont également soumis à la retenue à la source américaine de 15 % sur les dividendes.
La différence cruciale réside dans la couverture de change. VFV est un fonds non couvert, ce qui signifie que son rendement est affecté à la fois par la performance de l’S&P 500 et par les variations du taux de change entre le dollar américain et le dollar canadien. En d’autres termes, si le dollar américain se renforce, VFV aura tendance à surperformer l’indice S&P 500 en termes de dollars canadiens, et inversement. Cette fluctuation peut ajouter de la volatilité, mais aussi offrir des opportunités de rendement.
VSP, quant à lui, intègre une couverture de change conçue pour neutraliser l’impact des fluctuations monétaires. En théorie, cela signifie que VSP ne bénéficiera pas d’un dollar américain en hausse, mais ne subira pas non plus les pertes liées à un dollar américain en baisse.
Le coût caché de la couverture
Si la couverture de change semble attrayante en période de faiblesse du dollar américain, elle n’est pas gratuite. Sur une période de dix ans, le Vanguard S&P 500 Index ETF (VOO), le fonds sous-jacent aux deux FNB canadiens, a affiché un rendement cumulé de 306,9 %. VSP, avec sa couverture de change, n’a généré qu’un rendement de 269,4 %, soit une erreur de suivi cumulée négative d’environ 37,5 %.
En comparaison, VFV a affiché un rendement de 327,2 % sur la même période. Une partie de cette surperformance est attribuable à la force du dollar américain au cours de la décennie, mais VFV a également évité le fardeau structurel imposé par la couverture de change.
Bien que les deux FNB affichent les mêmes frais de gestion de 0,09 %, VSP supporte des coûts supplémentaires liés au maintien de la couverture, qui ne sont pas reflétés dans le ratio de frais. Ces coûts s’accumulent avec le temps et peuvent avoir un impact significatif sur le rendement à long terme.
Une question de perspective à long terme
Selon de nombreux experts, les taux de change ont tendance à fluctuer en cycles, à dépasser les moyennes à long terme, puis à revenir à la normale. La couverture de change peut réduire la volatilité, mais elle élimine également le potentiel de rendement associé à l’exposition aux devises.
Pour les investisseurs ayant une perspective à long terme, il peut être plus avantageux de conserver une exposition aux devises, en acceptant la volatilité en échange d’un potentiel de rendement accru. La couverture de change, en revanche, peut entraîner une baisse constante des performances au fil du temps.
“Si la tranquillité d’esprit est plus importante que l’efficacité à long terme, VSP est un produit parfaitement raisonnable”, souligne un analyste financier. “Mais il est essentiel d’être conscient du coût historique de cette tranquillité d’esprit.”
L’importance du contexte économique global
La faiblesse actuelle du dollar américain s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question de la domination économique américaine. Des pays comme la Chine et l’Inde gagnent en influence économique, et certains observateurs prédisent une diversification des monnaies de réserve mondiales. Le gouvernement canadien, par exemple, a récemment diversifié ses avoirs en devises étrangères, réduisant sa dépendance au dollar américain. (Source : Banque du Canada, Rapport sur la politique monétaire, Octobre 2023).
En fin de compte, la décision de se couvrir ou non dépend des objectifs et de la tolérance au risque de chaque investisseur. Il est crucial de bien comprendre les avantages et les inconvénients de chaque option avant de prendre une décision.
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Avertissement : Les informations fournies ici sont à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil financier. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Il est recommandé de consulter un conseiller financier qualifié avant de prendre toute décision d’investissement.
