La dette américaine atteint des sommets inquiétants : les intérêts de service pourraient dépasser la sécurité nationale d’ici 2029
WASHINGTON – Les États-Unis sont confrontés à une crise budgétaire silencieuse, mais de plus en plus pressante. Les coûts liés au service de la dette nationale atteignent des niveaux sans précédent, s’élevant à près de 970 milliards de dollars par an, selon une analyse récente du Committee for a Responsible Federal Budget (CRFB). Ce chiffre a presque triplé depuis 2020 et dépasse désormais les dépenses fédérales allouées à la défense nationale ou à Medicaid.
Cette situation, qui pourrait sembler abstraite pour de nombreux Américains, est perçue par les experts budgétaires comme une urgence fiscale majeure. La dette fédérale a explosé ces dernières années, combinée à une hausse significative des taux d’intérêt après les bas niveaux post-pandémiques. En 2025, les coûts d’intérêt représentent déjà 3,2 % du produit intérieur brut (PIB), un record.
Les prévisions ne sont pas rassurantes. Le Congressional Budget Office (CBO) prévoit que ces coûts devraient plus que doubler d’ici 2036, atteignant 2,1 billions de dollars. Cette augmentation sera alimentée par une croissance de 86 % de la dette publique, soit environ 26 billions de dollars supplémentaires, ainsi qu’une hausse moyenne des taux d’intérêt de 0,5 point de pourcentage.
Un fardeau croissant pour les finances publiques
D’ici 2036, le service de la dette pourrait engloutir un quart de l’ensemble des recettes fédérales, contre un cinquième aujourd’hui et seulement un dixième en 2021. Cela signifie qu’un dollar sur quatre prélevé par l’État serait consacré au remboursement des créanciers, au détriment d’investissements cruciaux dans les infrastructures, l’éducation, la santé et la sécurité sociale.
La situation est d’autant plus préoccupante que les coûts d’intérêt se rapprochent, voire dépassent, ceux de programmes sociaux majeurs. Le CRFB prévoit que d’ici 2029, le service de la dette surpassera Medicaid pour devenir le deuxième poste de dépenses le plus important du gouvernement fédéral, derrière la sécurité sociale. Et la tendance ne s’arrête pas là : d’ici 2047, les coûts d’intérêt pourraient même dépasser les dépenses liées à la sécurité sociale, devenant ainsi le premier poste budgétaire du pays.
Un impact sur les priorités nationales
Cette spirale de la dette a des conséquences directes sur la capacité du gouvernement à financer d’autres priorités nationales. Le CRFB estime que la hausse des coûts d’intérêt absorbera 28 % de toute la croissance nominale des dépenses au cours de la prochaine décennie, et 120 % de la croissance des dépenses en proportion du PIB. En d’autres termes, d’autres programmes seront contraints de se contracter en termes relatifs pour faire face à ce fardeau croissant.
La dette nationale américaine s’élève actuellement à environ 38,77 billions de dollars (en février 2026), avec une augmentation d’environ 6,43 milliards de dollars par jour. Au rythme actuel, le seuil des 39 billions de dollars pourrait être franchi en avril.
Face à cette situation alarmante, les experts soulignent l’urgence d’un plan de réduction du déficit crédible. Un tel plan permettrait de stabiliser la dette, de réduire la pression sur les taux d’intérêt et d’éviter que la facture des intérêts ne finisse par dévorer l’ensemble du budget fédéral. Pour l’instant, Washington n’a pas encore réussi à élaborer une stratégie cohérente pour relever ce défi majeur.
