Des frappes aériennes et des tirs d’artillerie ont frappé le nord de l’Éthiopie ce lundi 5 octobre 2026, faisant au moins dix-sept morts dans les villes d’Adwa et de Sheraro. Cette escalade militaire fait suite à la prise de contrôle de Mekelle par les forces fédérales, replaçant le pays au cœur d’une crise sécuritaire majeure.
L’offensive militaire et la reprise de Mekelle
Les forces armées fédérales éthiopiennes ont pris le contrôle de Mekelle le 3 octobre 2026, après un retrait des troupes du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Les rebelles ont immédiatement annoncé vouloir poursuivre la lutte armée depuis d’autres emplacements de la région.
Les services de télécommunications d’Ethio Telecom ont progressivement repris dans la capitale régionale ainsi qu’à Adigrat dès le 4 octobre, permettant de rétablir un semblant de liaison avec l’extérieur après des perturbations prolongées.
Cette flambée de violence fait suite à une offensive majeure lancée le 23 septembre par le Front de libération du peuple du Tigré et les forces de défense du Tigré, au cours de laquelle les aéroports de Mekelle, d’Aksum et de Shire ont été saisis. La situation sur le terrain s’est considérablement intensifiée dans le sud du Tigré, le nord de l’Amhara et l’ouest de l’Afar, impliquant les troupes fédérales et des groupes alliés tels que les forces de paix du Tigré, face au TPLF et à une vaste alliance d’opposition.
Cette coalition hétérogène, baptisée Alliance des forces éthiopiennes des peuples pour la survie, a été formée le 20 septembre par sept organisations incluant le TPLF, la faction nationale Fano de l’Amhara, l’Armée de libération oromo, le Front national de libération de l’Ogaden, le Front uni démocratique révolutionnaire de l’Afar, le Mouvement de libération des peuples de Benishangul et le Mouvement démocratique des peuples Gumuz. D’après Murithi Mutiga, directeur pour l’Afrique de l’International Crisis Group, la situation est dangereusement proche d’un retour à une guerre généralisée.

Bilan humain et frappes nocturnes dans le nord
Malgré la réouverture des marchés et le retour progressif d’une vie quotidienne normale à Mekelle, la violence s’est intensifiée dans le reste de la région. Des frappes aériennes nocturnes ont touché plusieurs localités du nord et du nord-ouest du Tigré, ciblant notamment les villes d’Adwa, de Shire et de Sheraro. Un bulletin humanitaire cité par l’agence Reuters a confirmé la mort d’au moins neuf personnes à Adwa et de huit autres à Sheraro, tandis que les combats d’artillerie lourde se sont multipliés près de la rivière Tekeze, aux abords de Mai Tsebri.
Les infrastructures civiles n’ont pas été épargnées par les opérations. Des frappes de drones ont notamment touché l’hôpital spécialisé de l’université d’Adigrat, déjà submergé par l’afflux de combattants blessés du TPLF et du Fano, d’après les témoignages d’un médecin recueillis par les services de suivi humanitaire.
Tensions régionales et réactions diplomatiques
L’extension des hostilités fait craindre une régionalisation du conflit dans la Corne de l’Afrique.
Sur le plan diplomatique, les relations entre l’Éthiopie et ses voisins se sont fortement détériorées sur fond de tensions géopolitiques liées à l’accès de l’Éthiopie à la mer Rouge et au barrage de la Renaissance. Les dirigeants de l’Égypte, de l’Érythrée, de la Somalie et du Soudan se sont réunis le dimanche 4 octobre pour réaffirmer le respect de la souveraineté et rejeter toute mesure unilatérale concernant les ressources en eau du Nil. Addis-Abeba accuse ces nations d’apporter un soutien logistique ou militaire à la coalition rebelle, des accusations niées par les gouvernements concernés. Par ailleurs, des sources ont rapporté que des personnalités politiques de premier plan au Tigré, dont l’ancien président de l’administration régionale intérimaire Tadesse Werede, le colonel Gebregziabher Alemseged, le chef du renseignement militaire colonel Tewelde Gebretensay et Isaias Tadesse, conseiller de l’ancien président, avaient été emmenées vers des destinations inconnues par le TPLF.
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