Le changement climatique a causé près de trois millions de décès liés à la chaleur entre 2016 et 2023, selon un rapport de référence publié par la revue médicale The Lancet. Face à cette accélération des impacts sanitaires, 146 chercheurs de trente pays demandent sa reconnaissance officielle comme urgence sanitaire mondiale.
Dix ans après l’Accord de Paris, la santé humaine paie un tribut croissant aux perturbations atmosphériques. Le dixième rapport annuel du Lancet Countdown, publié le 27 octobre et piloté par l’University College London (UCL) en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), évalue les conséquences sanitaires du réchauffement en amont de la COP31 prévue du 9 au 20 novembre.
Un bilan humain qui surpasse certaines maladies infectieuses
Les conclusions du travail mené par les chercheurs sont sans ambiguïté. Entre l’Accord de Paris en 2016 et 2023, le changement climatique a causé près de 3 millions de décès liés à la chaleur dans le monde. Rien qu’en 2023, année la plus chaude de la période, un record de 710 000 morts a été associé à la chaleur. Ce chiffre dépasse les décès dus au paludisme ou au VIH. Plus des deux tiers de cette mortalité sont attribuables au changement climatique d’origine humaine.
Pour parvenir à ces proportions, l’équipe scientifique a compilé les certificats de décès recensés par les États, puis a soustrait ceux qui se seraient produits en l’absence de réchauffement anthropique. Les périodes de forte chaleur surviennent naturellement, mais leur intensité et leur fréquence sont amplifiées par les activités humaines, provoquant un surplus de mortalité évitable.

C’est pourquoi nous demandons que le changement climatique soit reconnu comme une urgence sanitaire mondiale
Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown
Cette reconnaissance permettrait d’instaurer un dispositif d’intervention d’urgence coordonné entre États, à l’instar de la gestion des pandémies par l’OMS. L’objectif consiste à bâtir une réponse cohérente sur le long terme plutôt qu’à réagir au cas par cas face aux crises successives.
Impacts économiques et recul de la productivité
Le coût du réchauffement pèse lourdement sur les économies nationales à travers la baisse de la productivité des travailleurs, notamment dans l’agriculture et la construction. Ces trois dernières années, le phénomène a coûté à l’économie mondiale plus d’un millier de milliards de dollars par an en revenus potentiels perdus.
Sur le plan géographique, les disparités sont marquées. L’Asie du Sud-Est et l’Afrique ont perdu respectivement 3,9 % et 3,2 % de leur produit intérieur brut en 2025. En comparaison, l’Europe a enregistré une baisse de 0,2 % et le continent américain de 1,5 %. Parallèlement, les extrêmes climatiques gagnent du terrain. En 2025, 51,8 % des terres émergées ont subi une sécheresse extrême pendant au moins un mois.
Des avancées insuffisantes face à la domination des énergies fossiles
Des progrès notables ont vu le jour depuis 2016. Cinquante-six des 194 États membres de l’OMS disposent désormais d’un plan d’adaptation pour leur système de santé, contre seulement 14 en 2015. Les investissements dans les énergies propres ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025, soit deux fois plus que les sommes injectées dans les combustibles fossiles. Dans au moins 77 pays, la réduction de la pollution atmosphérique liée aux énergies fossiles a permis d’éviter environ 323 000 décès par an.
Toutefois, les combustibles fossiles continuent de fournir plus de 80 % de l’énergie mondiale. Leur pollution de l’air est responsable de 2,73 millions de décès chaque année. Les cent plus grandes entreprises pétrolières et gazières prévoient de produire d’ici 2040 un volume dépassant de 150 % le seuil compatible avec l’objectif de 1,5 °C. De surcroît, le travail des chercheurs a été compliqué par la disparition de certaines données publiques, notamment sur les subventions aux énergies fossiles aux États-Unis.
Ce qui manque, ce n’est pas la preuve, mais la volonté politique d’agir
Helen Clark, ancienne Première ministre néo-zélandaise et présidente du conseil du Lancet Countdown
Sur le même sujet