Des chercheurs détectent des signes de MICI 10 ans avant le diagnostic

Des chercheurs ont découvert que le système immunitaire produit des signatures moléculaires distinctes jusqu’à dix ans avant le diagnostic d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Cette percée, présentée en octobre 2026 à Barcelone, ouvre la voie à un dépistage précoce de la maladie de Crohn et de la rectocolite hémorragique.

L’analyse de deux mille échantillons sanguins révèle des signaux immunitaires précoces

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, qui regroupent principalement la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, touchent au moins 3,8 millions de personnes à travers le monde. Ces affections provoquent des douleurs chroniques, des diarrhées et de la fatigue en raison d’une inflammation persistante du tube digestif. Jusqu’à présent, les médecins intervenaient uniquement après l’apparition des symptômes cliniques, à un stade où l’intestin présentait déjà des dommages avérés.

Une équipe internationale de scientifiques, comprenant des chercheurs du University Medical Center Groningen aux Pays-Bas, de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai à New York et de la Medical University of Vienna, a examiné 2 000 échantillons de sérum provenant de 500 individus. Cette cohorte comprenait 200 personnes ayant développé par la suite la maladie de Crohn, 200 autres touchées par la rectocolite hémorragique, ainsi que 100 témoins sains appariés selon l’âge et le sexe. Les prélèvements provenaient du personnel militaire américain et avaient été collectés à des intervalles précis : au moment du diagnostic et approximativement deux, quatre et dix ans en amont.

Des chercheurs détectent des signes de MICI 10 ans avant le diagnostic
Photo : bioengineer.org

Une diversité d’anticorps en baisse et des trajectoires divergentes selon la pathologie

En recourant à une technique de sérologie massivement parallèle, les chercheurs ont mesuré la réactivité des anticorps contre près de 357 000 antigènes microbiens, viraux, alimentaires et immunitaires. Cette analyse exhaustive a permis d’identifier 123 980 anticorps uniques à travers l’ensemble des échantillons testés.

L’étude met en évidence une baisse significative de la diversité des anticorps chez les individus qui allaient développer l’une de ces pathologies. Les profils immunitaires diffèrent nettement entre les deux affections dès la phase préclinique. Pour la maladie de Crohn, les patients présentaient des réponses élevées contre les virus de l’herpès ainsi que des anticorps anti-flagelline, un signal particulièrement marqué chez ceux qui ont développé ultérieurement une forme compliquée ou iléale. À l’inverse, la rectocolite hémorragique se caractérise par des taux croissants d’anticorps dirigés contre les virus herpétiques et des auto-protéines de l’organisme.

Immune changes could signal inflammatory bowel disease up to 10 years before diagnosis
Photo : brightsurf.com

Comme l’a déclaré le Dr Arno Bourgonje selon The Guardian : « Pendant trop longtemps, nous n’avons été en mesure de traiter les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin qu’une fois les dommages commis, et pour de nombreuses personnes, c’est trop tard. »

Les modèles d’intelligence artificielle intégrés à l’étude ont démontré une forte capacité prédictive, affichant des valeurs d’aire sous la courbe (AUC) de 0,90 pour la maladie de Crohn et de 0,84 pour la rectocolite hémorragique. De plus, les profils ont permis de distinguer les formes compliquées de la maladie de Crohn jusqu’à dix ans avant le diagnostic avec une AUC de 0,85.

Des chercheurs détectent des signes de MICI 10 ans avant le diagnostic
Photo : miragenews.com

D’après le Dr Arno Bourgonje cité par Brightsurf : « Il est fascinant de constater qu’une maladie de Crohn compliquée au moment du diagnostic est associée à un profil d’anticorps distinct des années avant les premiers symptômes cliniques, et qu’elle n’est pas simplement la conséquence de la progression de la maladie après le diagnostic. »

Les limites cliniques et les perspectives de validation future

Bien que ces résultats apportent un éclairage inédit sur la phase prodromique des maladies inflammatoires de l’intestin, les experts rappellent que la méthode demeure un outil de recherche. James Lindsay, professeur de gastro-entérologie à Barts Health, souligne que l’approche fournit des pistes précieuses sur les causes de ces troubles mais n’est pas encore prête pour une application en cabinet médical.

Les chercheurs estiment que d’autres étapes s’avèrent indispensables avant d’envisager un test de dépistage accessible au public. L’équipe doit notamment valider ces signatures au sein de populations indépendantes, plus diversifiées et suivies de manière prospective.

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