Des chercheurs ont cartographié d’anciens paysages submergés au large de la Grande Barrière de corail sud, révélant des rivières et des forêts englouies par la montée des eaux.
Il y a environ 7 000 ans, au terme de la dernière période glaciaire, la montée progressive des océans a transformé ce qui était alors une vaste plaine côtière, couverte de forêts et traversée de rivières, en fonds marins. Pour comprendre cette transition géologique et climatique, une équipe scientifique a préconisé l’analyse sédimentaire de la région. Les chercheurs ont recueilli plus de 20 carottes de sédiments sur le plancher océanique afin de reconstituer l’histoire environnementale du secteur.
Les sédiments marins comme capsules temporelles climatiques
Les sédiments accumulés au fond de l’océan fonctionnent comme de véritables archives naturelles. Selon les relevés de l’expédition, chaque couche de sédiments enregistre des variations de granulométrie, des compositions chimiques spécifiques ainsi que des microfossiles tels que des pollens, permettant d’évaluer l’évolution climatique et végétale au fil du temps.
Nos recherches ont révélé des rivières, des lacs, des estuaires et des plages submergés avec un niveau de détail saisissant. Professeur Bostock
Ces données de carottage s’articulent également avec l’étude des dynamiques océaniques locales. L’analyse s’attache à observer l’influence du puissant courant est-australien sur les fonds marins et sur la circulation de l’eau, des facteurs déterminants pour la survie des récifs face au réchauffement des eaux.
La collaboration avec les peuples Darumbal et Woppaburra
Ce projet scientifique intègre activement les savoirs traditionnels des communautés riveraines. La mission a notamment accueilli à son bord des gardiens de pays et de mer issus des peuples autochtones.
Nataliah Backo, garde autochtone de la nation Darumbal, a exprimé l’espoir que ce voyage rende les familles et les ancêtres fiers tout en renforçant la transmission auprès des jeunes générations pour la protection de leur territoire. De son côté, Tshinta Barney, superviseure des gardiens woppaburra, a souligné l’enrichissement mutuel né du partage des connaissances entre scientifiques et membres des communautés.
Nous pouvons également reconnaître le fait que la science occidentale aide à prouver les connaissances culturelles. Professeur Bostock
Implications pour les modèles climatiques et les refuges coralliens
Les informations recueillies au cours de cette campagne en mer ne se limitent pas à l’archéologie sous-marine. Elles alimentent directement l’outil de modélisation eReefs de la CSIRO. Ce programme informatique simule les conditions océaniques passées et actuelles pour anticiper l’impact des vagues de chaleur marines extrêmes qui provoquent des épisodes de blanchissement corallien.

En cartographiant précisément ces structures anciennes et les mouvements d’eau associés, les scientifiques espèrent repérer des zones de refuges potentiels, soit des portions de récifs susceptibles d’être préservées des pires conséquences de la hausse des températures, offrant ainsi une perspective de survie à l’écosystème de la Grande Barrière.
À ne pas manquer