Sorti en septembre 2026 aux éditions Dupuis, le roman graphique Nanbanjin
réunit le dessinateur français Cyril Pedrosa et le maître du manga Taiyō Matsumoto. Conçu sous la forme d’un ouvrage tête-bêche de près de 500 pages, ce projet monumental revisite le tout premier contact documenté entre l’Occident et le Japon au XVIe siècle à travers deux regards artistiques et culturels radicalement distincts.
L’objet littéraire détonne d’emblée par sa conception physique. Le livre possède deux couvertures distinctes et propose deux points d’entrée différents pour une seule et même histoire : d’un côté, une lecture à l’occidentale orchestrée par Cyril Pedrosa, et de l’autre, une lecture manga traditionnelle menée par Taiyō Matsumoto.
Aux origines historiques de la rencontre entre le Portugal et le Japon
Le projet trouve son impulsion en 2019, lorsque Cyril Pedrosa découvre des chroniques portugaises du XVIe siècle décrivant le naufrage de caravelles poussées par une tempête en mer de Chine vers une île de l’archipel nippon. En parallèle, un texte historique japonais intitulé le Teppōki relatait le même événement sous un prisme culturel totalement différent. Pour s’affranchir des contraintes documentaires strictes et placer l’humain au centre de l’intrigue, les auteurs ont choisi de situer la fiction environ un an avant ce contact officiel, sur l’île de Tanegashima.
Le titre même de l’œuvre replonge le lecteur dans l’histoire des mots. Le terme Nanbanjin
désigne littéralement le barbare du sud
, un sobriquet péjoratif attribué par les Japonais aux tout premiers Occidentaux débarqués sur leurs côtes au XVIe siècle. L’intrigue met en scène Fernando, un marin portugais naufragé et hanté par ses traumatismes d’enfance, qui tente de s’adapter à ce nouvel environnement tout en cherchant à apaiser ses démons intérieurs.
Une collaboration artistique de sept ans rythmée par la barrière de la langue
La concrétisation de cet album monumental a nécessité près de sept années de travail conjoint. C’est lors du Festival d’Angoulême en 2019 que Cyril Pedrosa, admirateur du travail de Taiyō Matsumoto, l’a contacté en lui faisant parvenir une lettre traduite en japonais pour lui proposer le projet.

Contre toute attente, Matsumoto lui répond très rapidement : ‘Oui, on y
Cyril Pedrosa, cité par la RTBF
Aucun des deux créateurs ne parlant la langue de l’autre, les échanges constants se sont déroulés par l’intermédiaire de leur interprète, Shoko Takahashi. La RTS détaille les coulisses de cette méthode de travail transcontinentale :
Deux techniques graphiques pour confronter les sensibilités culturelles
Sur le plan esthétique, l’ouvrage de 480 à 500 pages édité chez Dupuis dans la collection Aire Libre matérialise physiquement le choc des cultures. Du côté européen, Cyril Pedrosa dessine l’épopée de Fernando en couleur et sur papier glacé à l’aide de sa palette numérique. Du côté japonais, Taiyō Matsumoto adopte une approche chorale en noir et blanc rehaussée de nuances de gris et d’orange, tracée au pinceau et à l’encre de Chine sur papier crème, en se focalisant notamment sur Shōbei, un vieux pêcheur qui retrouve goût à la vie en accueillant l’étranger.

Loin de s’arrêter à la simple confrontation des styles graphiques, l’album s’impose comme une œuvre poétique et humaniste axée sur la tolérance, l’altérité et la complexité de la communication entre des peuples que tout sépare.
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