Cuba intensifie la répression, la santé des prisonniers d’opinion se détériore, alerte Amnesty International
La Havane – Les autorités cubaines intensifient leur campagne de répression contre les dissidents et leurs familles, avec une augmentation des harcèlements, de la surveillance et des détentions arbitraires, selon un nouveau rapport d’Amnesty International. L’organisation de défense des droits de l’homme exprime également une vive inquiétude quant à la détérioration de la santé de plusieurs prisonniers d’opinion, dont l’accès aux soins médicaux est entravé.
Ces pratiques, qui rappellent une période sombre de l’histoire cubaine, suscitent des préoccupations croissantes au sein de la communauté internationale. Selon un rapport de l’ONU publié en mars 2023, Cuba a été critiquée pour ses restrictions à la liberté d’expression et d’association, ainsi que pour le traitement réservé aux prisonniers politiques.
“Nous assistons à un schéma systématique d’autoritarisme visant à punir et à dissuader toute forme de dissidence”, a déclaré Johanna Cilano, chercheuse pour les Caraïbes chez Amnesty International. “La surveillance constante des foyers, les détentions arbitraires de courte durée et les restrictions injustifiées à la liberté de mouvement sont des tactiques utilisées pour intimider, isoler et réduire au silence ceux qui demandent le respect des droits humains.”
Harcelement ciblé des familles
Amnesty International a documenté des opérations de sécurité de l’État ciblant les membres des familles de prisonniers d’opinion, d’activistes et de dissidents. Ces opérations comprennent des cordons de police autour des domiciles, une surveillance permanente, des restrictions illégales à la liberté de mouvement et des menaces. Les parents et autres proches, dont le seul “crime” est d’avoir dénoncé publiquement les violations des droits humains ou demandé des soins médicaux pour leurs proches emprisonnés, sont particulièrement visés.
Ces actions sont menées sans mandat judiciaire, sans justification légale et sans possibilité de recours, ce qui constitue une violation flagrante des garanties minimales d’un procès équitable.
Des vies en danger : la santé des prisonniers d’opinion
L’état de santé de plusieurs prisonniers d’opinion est particulièrement alarmant. Loreto Hernández García et Roberto Pérez Fonseca souffrent de maladies chroniques graves qui se sont aggravées en prison. Malgré les confirmations médicales de la gravité de leur état, les autorités tardent à leur accorder des bienfaits pénitentiaires pour raisons de santé, comme le prévoit la loi cubaine.
“L’État est responsable de garantir que tous les prisonniers aient accès à des soins de santé appropriés, dans les mêmes conditions que celles disponibles dans la communauté, sans discrimination”, a souligné Cilano. “Refuser ou retarder des soins médicaux adéquats à des personnes en détention peut constituer une violation de l’interdiction absolue de la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants.”
Donaida Pérez Paseiro, souffrant de douleurs osseuses chroniques, ne reçoit pas non plus les soins médicaux nécessaires, en plus de subir des restrictions injustifiées à ses contacts avec ses enfants. La situation de Félix Navarro Rodríguez est également préoccupante : il est maintenu en isolement prolongé, avec un accès limité à l’extérieur et aucune information sur son état de santé. Des tests médicaux effectués le 12 janvier n’ont toujours pas donné de résultats, bien qu’il présente des symptômes de tuberculose.
Transfert et surveillance accrue
Le récent transfert de Maykel Castillo Pérez, connu sous le nom de “Maykel Osorbo”, vers la prison de Kilo 8, dans la province de Pinar del Río, sans explication ni information à sa famille, a suscité l’inquiétude et la peur au sein de sa famille. Une visite familiale ultérieure a eu lieu sous stricte surveillance, avec la présence constante d’un gardien écoutant la conversation, ce qui soulève des préoccupations quant au droit à la vie privée et au contact familial sans intimidation.
Sayli Navarro Álvarez est détenue dans des conditions mettant sa sécurité physique en danger, étant détenue avec des détenus à haut risque dans une prison qui n’a pas non plus un accès régulier à l’eau potable. Les autorités lui ont refusé à plusieurs reprises des bienfaits pénitentiaires au motif idéologique de “rééducation”.
Amnesty International suit de près le cas de Luis Manuel Otero Alcántara, condamné à cinq ans de prison et dont la peine doit expirer en juillet 2026, et appelle à sa libération immédiate.
Amnesty International exhorte les autorités cubaines à libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers d’opinion, à mettre fin aux détentions arbitraires, à la surveillance illégale, au harcèlement et à d’autres pratiques autoritaires, et à garantir des soins médicaux rapides et adéquats conformément aux normes internationales.
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