Cuba se débat face à une crise énergétique aiguë, les États-Unis accusés de pression économique
La Havane – Les rues de La Havane étaient inhabituellement silencieuses lundi, alors que des mesures d’urgence visant à préserver les réserves de carburant de Cuba entraient en vigueur, exacerbant une crise économique déjà profonde et suscitant des inquiétudes quant à l’impact sur la vie quotidienne des Cubains. Ces mesures interviennent dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis, qui exercent une pression économique accrue sur l’île.
Le gouvernement cubain a annoncé des réductions du nombre d’heures de travail dans les entreprises publiques, une diminution des cours en présentiel dans les écoles et les universités, et une limitation des ventes de carburant. À partir de mardi, l’accès au carburant pour les compagnies aériennes internationales sera également suspendu, forçant Air Canada à annuler ses vols vers Cuba dès lundi. Certains hôtels, notamment dans la station balnéaire de Varadero, ont également fermé leurs portes, consolidant les touristes dans les établissements restants.
La situation est le résultat direct d’une étranglement des approvisionnements pétroliers par les États-Unis, combiné à l’arrêt des livraisons de pétrole du Venezuela suite au renversement de son président Nicolás Maduro le mois dernier lors d’une intervention militaire américaine. Le président américain Donald Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers à tout pays continuant à fournir du pétrole à Cuba, qu’il a qualifié de pays “sur le point de s’effondrer”.
“On se demande combien de temps un pays peut vivre dans de telles conditions”, a déclaré Rosa Ramos, infirmière de 37 ans à La Havane, exprimant l’inquiétude générale de la population. Les tarifs des taxis privés ont déjà augmenté de manière significative, passant de 40 cents américains à 3,50 dollars du jour au lendemain.
Cuba, soumis à un embargo américain depuis 1962, est confrontée à une crise économique sévère depuis des années, marquée par des coupures d’électricité prolongées et des pénuries de carburant, de médicaments et de nourriture. Selon les données de l’ONU, l’inflation a atteint des niveaux record en 2023, et plus de 80% de la population vit dans des conditions précaires.
Le ministre des Affaires étrangères cubain, Bruno Rodriguez, a dénoncé lundi “l’agression cruelle” des États-Unis, affirmant que celle-ci visait à “briser la volonté politique du peuple cubain”. Il a réaffirmé la volonté de Cuba de dialoguer, mais “sans pression ni conditions préalables”.
Plusieurs pays ont exprimé leur inquiétude face à la situation. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a critiqué les sanctions qui “nuisent au peuple cubain”, annonçant que son pays continuerait à soutenir Cuba et à chercher un accord avec Washington pour reprendre les exportations de pétrole. Le Mexique a déjà envoyé deux navires transportant plus de 800 tonnes d’aide humanitaire.
Le Kremlin a également accusé Washington d’utiliser des “mesures d’étouffement” contre Cuba, se disant prêt à “fournir toute assistance possible” à ses amis cubains.
La crise cubaine met en lumière les conséquences des politiques économiques coercitives et soulève des questions sur l’impact humanitaire de telles mesures. L’avenir de Cuba reste incertain, alors que le pays se débat pour faire face à une situation de plus en plus difficile.
[Vidéo intégrée de France 24 : Cuba to protect essential services – https://www.youtube.com/watch?v=WBMZ517871 ]
[Vidéo intégrée de France 24 : Cuba struggles under sanctions as Trump hints at possible deal – https://www.youtube.com/watch?v=WBMZ516794 ]
(France 24 avec AFP et Reuters)
