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Covid-19. À quoi sont dus les effets secondaires des vaccins ?

by Nouvelles

« Pourquoi observe-t-on des effets secondaires aussi variés (paralysies, troubles menstruels, myocardites…) pour les vaccins à ARN messager ? Je ne comprends pas comment il est possible avec cette technologie qui n’utilise pas de virus qu’il puisse y avoir autant de phénomènes divers à plusieurs endroits du corps », nous demande Séverine, de Douarnenez (Finistère).

En France, un peu moins de 80 000 cas d’effets indésirables — pour plus de 80 millions d’injections — avaient été enregistrés, au total, par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) au 19 août, selon son dernier point de situation sur la surveillance des vaccins contre le Covid-19.

Un phénomène qui suscite l’inquiétude, même s’il n’a rien d’anormal. « Il suffit de regarder n’importe quelle notice de médicament, et vous verrez que, dedans, il y a des effets indésirables qui sont très variés », commence par faire observer le professeur Antoine Pariente, responsable du Centre Régional de Pharmacovigilance (CRPV) de Bordeaux — référent français, avec le CRPV de Marseille, pour le suivi du vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNTech —, à Ouest-France.

Selon l’ANSM, la majorité des effets secondaires associés aux vaccins sont d’ailleurs « non graves » : il s’agit pour l’essentiel de maux de tête, de douleurs au bras, ou de fatigue, voués à disparaître en quelques jours, tout au plus. Des réactions qui étaient attendues. « Si vous regardez les essais cliniques, déjà, vous avez l’asthénie, la fièvre, les maux de tête, les douleurs articulaires… Ces effets ont été signalés tout de suite parce qu’ils sont très fréquents, et qu’ils se voient immédiatement », commente le professeur Pariente.

Liés à la réaction inflammatoire

Ces effets sont en fait « classiques », souligne l’immunologue Frédérique Altare, directeur de recherche à l’Inserm, dans un entretien qu’il nous a accordé. Ils ne sont pas différents de ceux qui sont constatés pour d’autres vaccins… Et cela n’a rien d’étonnant : « Les effets secondaires légers à modérés, comme une fièvre légère ou des douleurs musculaires, sont normaux et ne doivent pas vous alarmer : ce sont des signes que le système immunitaire de l’organisme réagit au vaccin, et se prépare à lutter contre le virus », indique l’Organisation mondiale de la Santé, sur son site internet.

Jusqu’à présent, la plupart des vaccins contenaient « des éléments affaiblis ou inactifs » (appelés antigènes) d’un agent pathogène, capables de déclencher une réponse immunitaire dans l’organisme, explique le site de l’OMS.

Les effets secondaires les plus fréquents sont liés à la réaction inflammatoire qui se produit lors de la rencontre de cet antigène avec l’organisme : le système immunitaire « augmente le flux sanguin afin que davantage de cellules immunitaires puissent circuler, et il augmente la température de votre corps afin de tuer le virus », nous apprend le site de l’OMS. Cette réaction a pour effet de provoquer de la fièvre, ou des courbatures, qui sont des signes que le corps se protège.

Dans un article publié sur le site La conversation , Veenu Manoharan, maître de conférences en immunologie à l’université de Cardiff (Pays de Galles), indique par ailleurs que le fait de ne pas ressentir d’effets secondaires après la vaccination ne signifie pas forcément que l’on n’est pas protégé : chez certains, écrit-elle, « bien qu’elle fonctionne normalement, [la réponse inflammatoire] n’atteint pas des niveaux qui pourraient provoquer des effets secondaires notables. Dans tous les cas, l’immunité contre le virus est établie ».

Dans un second temps, dans le cadre de la phase dite « adaptative » de la réponse immunitaire, le vaccin entraîne la formation d’anticorps spécifiques et de cellules mémoires, productrices de ces anticorps. Les cellules mémoires ont une durée de vie importante, si bien que si l’organisme est de nouveau exposé à l’agent pathogène ciblé par le vaccin, il sera en mesure de s’en protéger beaucoup plus rapidement et plus efficacement qu’à leur première rencontre.

Les vaccins à ARNm, déclencheurs d’une réponse immunitaire forte

Comme le souligne notre lectrice, contrairement aux vaccins à virus atténué ou inactivé, les vaccins à ARN messager (ou ARNm) ne contiennent pas d’agent infectieux, mais des molécules — les fameux ARNm —, chargées de transmettre à nos cellules des instructions nécessaires à la fabrication de protéines. En l’occurrence, l’ARNm contenu dans les vaccins qui utilisent cette technologie (ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna) est traduit en protéines Spike, les protéines virales spécifiques au SARS-CoV-2, qui lui permettent d’infecter les cellules humaines.

En d’autres termes, « on fait une notice à l’organisme, pour qu’il construise lui-même une protéine qui se trouve à la surface du virus, pour qu’il gère tout avec ce simple bout d’information », résume Antoine Pariente.

Étant donné que les cellules fabriquent seulement une partie du virus, et non le virus en entier, il n’y a pas de risque d’infection. Mais la protéine Spike synthétisée suffit à déclencher une réponse immunitaire, qui explique les effets secondaires les plus fréquents (maux de tête, courbatures, fièvre…). Les mêmes, donc, que pour les vaccins à virus atténué ou inactivé.

Événement ne veut pas dire effet secondaire

Voici pour les effets les plus courants. Mais pour le reste ? Comment expliquer les évènements plus rares, comme les paralysies, les troubles menstruels, et les myocardites, cités par notre lectrice ? Tous ne relèvent pas de la même catégorie, et il faut commencer par faire la distinction entre les événements observés et les effets secondaires réellement imputables aux vaccins, rappelle le professeur Pariente : « Les événements discutés sur le plan de la pharmacovigilance sont basés sur des « notifications d’événements indésirables » — c’est-à-dire toutes les manifestations qui ne sont pas souhaitées, et pour lesquelles on s’interroge sur un rôle possible du vaccin […]. Il y en a une myriade, mais parmi elle, seule une petite partie correspond à des effets réels du vaccin ».

Ces événements sont d’autant plus nombreux et variés que la surveillance est intense. Or, « il n’y a aucun vaccin, historiquement, pour lequel on a fait un effort de surveillance aussi considérable au moment de sa mise sur le marché », souligne le responsable du CRPV de Bordeaux.

Partout dans le monde, des agences de santé traquent les effets secondaires des vaccins. En France, c’est donc l’ANSM qui assure ce rôle, avec « une attention au moindre événement survenu chez des gens qui ont été vaccinés, assure le professeur Pariente. Donc, effectivement, le volume de notifications est considérable ».

Peu d’effets secondaires graves attribués aux vaccins

Mais tous les évènements rapportés ne sont pas liés à la vaccination. Seuls quelques-uns y ont pour le moment été attribués de façon « ferme et définitive ». Pour les vaccins à adénovirus (en particulier pour le Vaxzevria d’AstraZeneca), il s’agit notamment des rares thromboses avec thrombopénie. Des manifestations tellement atypiques que « quelques cas ont suffi pour donner l’alerte et conclure à un effet indésirable du vaccin », retrace Antoine Pariente.

Lire aussi : Covid-19. Le risque de caillots beaucoup moins élevé après le vaccin qu’en attrapant la maladie

Concernant les vaccins à ARN messager, on peut citer les chocs anaphylactiques, ainsi que les myocardites et péricardites. Ces dernières ont été identifiées plus tardivement, étant donné qu’elles surviennent surtout chez des patients jeunes, pour qui la vaccination n’a été ouverte que récemment.

À nouveau, le risque reste faible : selon une étude israélienne parue dans le Journal de médecine de la Nouvelle-Angleterre , portant sur une population de plus de deux millions de personnes (vaccinées et non vaccinées), il y avait 2,7 cas de myocardites en plus pour 100 000 personnes chez les vaccinés que chez les non vaccinés… Et pour les patients atteints de Covid-19, il y avait 11 cas en plus, par rapport aux personnes qui n’avaient pas été infectées, comme le rapporte le journaliste du Parisien, Nicolas Berrod, sur son compte Twitter.

En revanche, s’ils sont bien sous surveillance, les troubles menstruels et les paralysies faciales — également observables dans le cas d’autres vaccins — ne sont pas encore considérés comme des effets secondaires à proprement parler. Même si le professeur Pariente ne doute pas qu’ils puissent l’être un jour, notamment en ce qui concerne les troubles menstruels : « De manière générale, ils peuvent être liés à une infection ou à une période de fatigue. C’est même quelque chose d’assez commun. Pourquoi n’y aurait-il pas un rapport entre la fatigue et le stress induits par la vaccination et ces perturbations ? », interroge-t-il.

Des causes qui restent largement inconnues

Les causes de ces effets secondaires — tous très rares — restent pour l’instant inconnues. Mais l’absence de certitudes scientifiques relatives aux mécanismes d’action des médicaments n’a rien d’exceptionnelle : elle est en réalité fréquente, aussi bien pour leurs effets négatifs, qu’en ce qui concerne leurs effets positifs. Le fonctionnement du paracétamol, par exemple, fait toujours l’objet de recherches, près de 150 ans après sa découverte.

Un article publié en avril dans la revue La nature cite également l’exemple du vaccin Pandemrix, utilisé en 2009, pendant la pandémie de grippe H1N1, et auquel a été associé un risque accru de narcolepsie (un trouble du sommeil). Si le lien entre le vaccin et la narcolepsie a bien été établi, sa nature n’a toujours pas pu être identifiée, plus de dix ans après la fin de la pandémie.

« On ne sait pas toujours déterminer ce qui déclenche la narcolepsie. Dans ce contexte, le manque de connaissance certaine sur le mécanisme par lequel le vaccin Pandemrix a pu déclencher certains cas n’est pas supérieur à celui entourant d’autres causes possibles de la maladie », note Antoine Pariente, qui a justement coordonné une étude française sur le sujet.

« Cela ne doit pas forcément donner lieu à des inquiétudes, estime le chercheur. Si vous avez quelque chose qui survient chez une personne sur dix millions, ce n’est pas tout à fait anormal que vous ne sachiez pas pourquoi. Et ce n’est pas très grave : à la fin cela implique qu’il y a un risque, ce qui est normal. Mais s’agissant d’un risque d’évènement très rare, vous êtes sûr que le bénéfice sera conservé ».

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