Home InternationalCheng Li-wun cherche à gagner la confiance de Washington lors de sa tournée américaine

Cheng Li-wun cherche à gagner la confiance de Washington lors de sa tournée américaine

Une tournée américaine sous haute surveillance

Cheng Li-wun, dirigeante du Kuomintang (KMT), a entamé ce lundi 8 juin 2026 une tournée diplomatique de deux semaines aux États-Unis. Alors que Pékin accroît sa pression sur l’île, la cheffe de l’opposition taïwanaise cherche à rassurer Washington sur ses intentions et à positionner son parti comme un acteur clé pour la stabilité régionale.

Une tournée américaine sous haute surveillance

Le voyage de Cheng Li-wun la mènera à San Francisco, Boston, New York, Washington et Los Angeles, selon les informations rapportées par Boursorama. Cette visite intervient dans un contexte politique tendu, quelques mois seulement après sa rencontre remarquée avec le président chinois Xi Jinping en avril. Pour la dirigeante du KMT, l’objectif est limpide : elle souhaite « gagner davantage la confiance » des autorités américaines, tout en affirmant que son parti demeure la force la plus responsable pour maintenir le statu quo dans le détroit de Taïwan.

Une tournée américaine sous haute surveillance
Photo: lesinguliersete.fr

À Washington, les attentes sont complexes. Selon Le Figaro, l’arrivée de la dirigeante ce 9 juin au soir devrait permettre des échanges avec des membres du Congrès. Toutefois, les observateurs notent que l’accueil pourrait être plus froid que ce que la délégation espère. Ryan Hass, expert à la Brookings Institution, a prévenu que la dirigeante devait s’attendre à « beaucoup moins d’apparat et à des questions bien plus incisives » de la part des responsables américains.

Une tournée américaine sous haute surveillance
Photo: nhk.or.jp

Les services du Département d’État américain, sollicités par les agences de presse, ont rappelé par la voix d’un porte-parole que Washington « ne prend pas parti dans les processus électoraux taïwanais », tout en insistant sur le fait que tout interlocuteur politique se rendant aux États-Unis doit démontrer un alignement clair sur la politique de défense de l’île. Le 10 juin, des sources proches du Conseil de sécurité nationale ont indiqué que les rencontres prévues avec des hauts responsables de l’administration Biden seraient limitées au niveau des sous-secrétaires adjoints, évitant ainsi une reconnaissance protocolaire qui pourrait être interprétée comme un soutien partisan à la stratégie électorale du KMT.

Le défi de la crédibilité face à l’orientation pro-Pékin

Le KMT, historiquement opposé à l’indépendance de l’île, prône des échanges économiques et culturels renforcés avec la Chine continentale, une position qui suscite la méfiance à Washington. Comme l’a souligné Les Singuliers, Jason Hsu, ancien député du KMT et membre du think tank Hudson Institute, a précisé que Mme Cheng devra répondre « à de très sérieuses questions de la part de l’administration et du Congrès en raison de l’orientation pro-Pékin du KMT ».

Au cœur des préoccupations américaines figure la question de la défense taïwanaise. Le gouvernement actuel, dirigé par le Parti démocrate progressiste (DPP), a vu son budget de défense de 40 milliards de dollars réduit à 25 milliards par le Parlement, où l’opposition menée par le KMT a imposé son veto. Ce blocage est perçu par ses détracteurs comme une volonté de freiner la capacité de dissuasion de l’île. Le ministère de la Défense nationale à Taipei a publié un communiqué le 7 juin, juste avant le départ de Mme Cheng, alertant sur le fait que la suspension des crédits pour les systèmes de missiles anti-navires Harpoon compromettait les livraisons prévues pour 2027.

Chairperson Cheng Li-wun at the WorldViews Podcast on Harvard campus 鄭麗文訪問哈佛對話《世界觀點》

En réponse à ces accusations, le porte-parole du groupe parlementaire du KMT à Taipei a déclaré le 8 juin que le parti ne s’opposait pas à la défense, mais exigeait « plus de transparence sur l’usage des fonds ». Cette position est contestée par le DPP, dont le porte-parole a qualifié cette demande de « tactique dilatoire visant à apaiser les autorités de Pékin avant les élections locales ». Le 9 juin, le bureau des Affaires taïwanaises à Pékin a salué « la sagesse du KMT » tout en réitérant que toute augmentation du budget militaire taïwanais constituait une « provocation directe » contre la souveraineté chinoise.

“Son défi sera de convaincre Washington que l’engagement du KMT avec la Chine peut coexister avec une forte dissuasion.” Ryan Hass, expert de la Chine et de Taïwan à la Brookings Institution, via Boursorama

Perspectives électorales et rencontres diplomatiques

Pour Cheng Li-wun, cette tournée est également une manœuvre politique interne. En se présentant comme l’interlocutrice privilégiée des États-Unis et de la Chine, elle espère renforcer sa légitimité en vue des élections locales de novembre et de la course présidentielle de 2028. Concernant une éventuelle rencontre avec Donald Trump, la dirigeante s’est montrée ouverte, déclarant être « très encline » à cet entretien, bien que les analystes, cités par NHK, jugent cette perspective peu probable au regard du protocole américain.

Perspectives électorales et rencontres diplomatiques
Photo: Boursorama

Le camp de Donald Trump, via un conseiller en politique étrangère cité par le Wall Street Journal le 8 juin, a indiqué qu’aucune rencontre officielle n’était prévue à l’agenda de l’ancien président pour le moment, soulignant que ses priorités étaient concentrées sur la campagne nationale. Parallèlement, des diplomates en poste à New York ont rapporté que des émissaires du KMT auraient tenté, en vain, d’obtenir une entrevue avec des conseillers proches de la mouvance MAGA, cherchant à tester la réaction de l’entourage de M. Trump sur la question du maintien des ventes d’armes.

Les États-Unis, bien que n’entretenant pas de relations diplomatiques officielles avec Taïwan, restent légalement tenus de fournir à l’île les moyens de se défendre. L’équilibre est précaire : toute remise en cause de ce soutien par des déclarations ou des changements de politique, notamment après les récentes suggestions de Donald Trump sur l’usage des ventes d’armes comme monnaie d’échange, continue d’alimenter les inquiétudes à Taipei. Le 10 juin, le ministère des Affaires étrangères taïwanais a réaffirmé dans une note officielle que « le soutien bipartisan des États-Unis demeure le pilier de la sécurité du détroit », tentant de minimiser les craintes soulevées par les déclarations de l’opposition lors de sa tournée.

Le 11 juin, alors que Mme Cheng est attendue à Boston pour un discours devant un centre de recherche sur les relations transpacifiques, des groupes de la diaspora taïwanaise ont annoncé des manifestations. Ces associations, souvent proches du DPP, prévoient de contester la légitimité de la dirigeante à représenter les intérêts de l’île à l’étranger, accentuant la pression sur le KMT pour qu’il clarifie sa position sur la « solution à deux systèmes » que Pékin propose régulièrement dans ses discours officiels. La visite se terminera le 22 juin, date à laquelle Cheng Li-wun doit regagner Taipei pour coordonner la stratégie du parti face aux scrutins de fin d’année.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.