La plus grande centrale nucléaire d’Europe fait face à un risque critique d’interruption totale de son alimentation électrique sous dix jours. Suite à la perte de sa dernière ligne externe et à des frappes récentes sur le site, l’infrastructure occupée par la Russie dépend exclusivement de générateurs de secours.
La perte de la dernière ligne à haute tension et le scénario du black-out
La situation sécuritaire de la centrale nucléaire de Zaporijia s’est détériorée de manière critique après la coupure de son ultime cordon d’alimentation externe. Cette coupure fait suite à une recrudescence des activités militaires enregistrées sur la rive nord du fleuve Dniepr.
L’agence nucléaire des Nations unies a rappelé dans un communiqué qu’à la suite de l’intensification de l’activité militaire sur la rive nord du fleuve Dniepr, la centrale avait perdu le 20 août la ligne Ferosplavna-1 de 330 kilovolts, qui était sa dernière liaison externe restante.
Avant le déclenchement de l’invasion russe en février 2022, le site disposait de dix lignes électriques extérieures pour assurer sa stabilité opérationnelle. Aujourd’hui, les six réacteurs ainsi que les piscines de stockage du combustible irradié se trouvent isolés du réseau national principal. Même à l’arrêt technique, ces installations continuent de générer de la chaleur résiduelle et exigent un refroidissement constant.

L’agence de l’ONU a indiqué qu’actuellement, les installations dépendaient exclusivement de leurs générateurs diesel de secours afin de fournir l’électricité nécessaire aux fonctions essentielles de sécurité nucléaire, principalement pour alimenter les pompes qui refroidissent les six réacteurs et leurs piscines de combustible irradié respectives.
Pour parer à cette urgence, les systèmes dépendent entièrement de générateurs de secours fonctionnant au gazole. Toutefois, les autorités internationales soulignent que les réserves actuelles atteignent à peine le seuil critique des dix jours d’autonomie, ce qui correspond strictement au minimum réglementaire requis pour de telles installations. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a alerté aujourd’hui sur le fait qu’au moment où la logistique d’approvisionnement fait face à de graves difficultés, la centrale disposait de carburant diesel pour seulement dix jours, une quantité qui correspond au minimum réglementaire requis.
Les frappes de drones et les dommages signalés sur le site
La vulnérabilité de la plus grande centrale d’Europe s’accroît en raison d’attaques répétées à proximité des zones sensibles. La veille, l’AIEA avait dénoncé trois attaques de drones contre les installations de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia au cours des derniers jours, qui avaient blessé deux employés sans qu’aucune fuite radioactive ne soit enregistrée. Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique ont ainsi été informés de plusieurs incidents survenus au cours de la même semaine, incluant des tirs de drones qui ont blessé deux membres du personnel sur place.

Elle a indiqué avoir été informée de ces trois incidents survenus au début de la semaine, ce qui met à nouveau en lumière les dangers constants pesant sur la sûreté nucléaire dans le cadre du conflit armé en cours sur le territoire ukrainien.
L’agence a ajouté en citant son directeur général, Rafael Grossi, qu’il ne devait y avoir aucune attaque d’aucune sorte provenant de la centrale ou visant celle-ci, tout en avertissant qu’attaquer des sites nucléaires, c’était jouer avec le feu.
Malgré ces explosions répétées près de la zone de stockage du combustible irradié, les niveaux de radioactivité relevés sur place restent pour l’instant conformes aux paramètres normaux de sécurité.
Tensions géopolitiques et accusations croisées entre Moscou et Kiev
Dans une déclaration relayée par les médias russes, le groupe nucléaire public russe Rosatom a accusé l’armée ukrainiennes d’avoir mené cette attaque délibérée, affirmant que le drone était guidé par un câble à fibre optique, ce qui excluait totalement que la possibilité d’une frappe accidentelle ne puisse être retenue. La direction de Rosatom a averti que cet incident menaçait des populations bien au-delà des frontières locales.

En réponse, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a rejeté ces affirmations en soulignant le manque de logique d’une telle démarche sur son propre territoire national souverain, dénonçant une opération de désinformation orchestrée par l’État occupant.
Face à cette impasse, des négociations sont menées par les observateurs de l’ONU afin d’obtenir une trêve locale temporaire. Cette mesure s’avère indispensable pour autoriser les équipes techniques à réparer la liaison Ferosplavna-1 et écarter durablement la menace d’un black-out généralisé.
À ne pas manquer