L’histoire de la prise de Saïgon en avril 1975 conserve le souvenir de combats acharnés menés aux portes de la ville. Parmi ces engagements, la bataille du pont de Rạch Chiếc se distingue par son intensité et son importance stratégique majeure pour la fin du conflit. Situé à la porte nord-est de la capitale, cet axe de communication vital devait être préservé intact pour permettre à l’armée de libération d’entrer rapidement au cœur de la métropole.
Les ordres changent : la mission de l’unité Z23 se déplace vers le pont de Rạch Chiếc
Initialement, l’état-major avait assigné à l’unité Z23 un autre objectif d’envergure. Mais le 25 avril 1975, un ordre inattendu modifie les plans.
La cible devient le pont de Rạch Chiếc. La mission consiste à s’emparer de l’ouvrage et à le tenir coûte que coûte pour faciliter le passage des colonnes de chars. Pour mener à bien cette opération, les unités combinées Z23, Z22 et le 81e bataillon de commando motorisé se mobilisent.
Une préparation minutieuse dans les marécages et les zones inondées
La vie des commandos de marine exigeait un entraînement rigoureux. Engagé volontaire dès 1972 à l’âge de 17 ans, Nguyễn Đức Thọ a suivi une formation spécialisée d’une année entière dans les zones insulaires de Cát Hải et de Quảng Ninh avant de rejoindre le Sud par la piste Hồ Chí Minh. Les soldats devaient s’immerger longuement sous l’eau en ne respirant que par un court tuyau en plastique de vingt centimètres, dont l’extrémité dépassait de seulement deux centimètres à la surface.
Nguyễn Đức Thọ, lieutenant de l’unité Z23, a déclaré qu’il fallait au moins plus d’un an d’entraînement de commando aquatique pour pouvoir aller au combat, et que l’activité sous-marine était complètement différente de celle sur la terre ferme.
Après avoir établi leur base dans la zone marécageuse de Rừng Sác le long de la rivière Thị Vải, les combattants faisaient face à des conditions de vie extrêmement précaires, subissant les patrouilles continuelles des hélicoptères adverses pendant la journée. Interrogé sur la peur, le vétéran oppose un refus net, affirmant que la rigueur de la mission commandait de trouver tous les moyens pour réussir malgré l’éloignement des commandements.
L’assaut de nuit et les tirs de B40 qui déclenchent les combats
Après une réunion de coordination tenue dans la soirée du 26 avril, les forces optent pour une tactique d’attaque de vive force. Les combattants se répartissent les rôles : le 81e bataillon prend en charge l’accès sud du pont, tandis que Z22 et Z23 couvrent l’accès nord en direction de Thủ Đức.
Le moment décisif intervient le 27 avril 1975 à 17 heures, au signal du commandant Tư Thinh. Chargé de neutraliser la tour de guet ennemie, le jeune sous-lieutenant rate son premier tir de bazooka B40. C’est alors qu’un camarade intervient pour le relancer.
Nguyễn Đức Thọ, lieutenant de l’unité Z23, a raconté que lorsque l’heure H était arrivée, il avait été chargé de tirer le premier projectile B40 pour détruire la tour de guet, mais qu’il avait manqué sa cible, et qu’au moment précis où cela s’était produit, le sergent-chef Trần Đình Lạc à ses côtés lui avait crié de continuer de tirer, Thọ.
Se redressant immédiatement, le tireur décoche une seconde roquette qui détruit une partie de la structure et réduit au silence la mitrailleuse lourde adverse. Cette action déclenche l’assaut simultané des autres détachements, qui lancent des grenades et des charges explosives pour désorganiser les positions défensives.
Une résistance acharnée pour conserver le contrôle du pont
Si la prise initiale de l’ouvrage s’avère rapide, sa défense s’étire sur plusieurs jours dans un climat d’extrême tension. Face à l’échec de leurs premières contre-attaques terrestres, les forces adverses stationnées à Thủ Đức et Cát Lái pilonnent continuellement le secteur à l’aide de tirs d’artillerie navale et de pièces d’obus, utilisant notamment des munitions à éclatement aérien en raison de la nature marécageuse du terrain.

Les rapports de l’époque soulignent l’âpreté des affrontements. L’ancien commissaire politique de la brigade, le colonel Nguyễn Văn Tàu, rappelle le sacrifice consenti par les troupes pour maintenir la position face à des concentrations importantes de troupes et d’armes.

Le colonel Nguyễn Văn Tàu, ancien commissaire politique de la 316e brigade, a déclaré que l’esprit de leurs soldats était que quelle que soit la tâche qui leur était confiée, elle devait être accomplie, même au prix du sacrifice de leur vie, que lorsque l’état-major leur avait confié la mission de s’emparer et de tenir le pont de Rạch Chiếc, ils avaient dû accepter les sacrifices pour mener à bien leur tâche, et que si la capture du pont avait été très rapide, sa défense s’était quant à elle prolongée de deux à trois jours.
Grâce à cette résistance prolongée de deux à trois jours, le pont stratégique reste préservé, permettant aux forces principales d’entrer dans Saïgon et de préserver l’intégrité des infrastructures urbaines à l’issue de la campagne.
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