Cassandra Kulukundis, l’architecte des visages de « One Battle After Another », récompensée aux Oscars
LOS ANGELES – Après trois décennies passées à façonner certains des ensembles les plus mémorables du cinéma américain, Cassandra Kulukundis, directrice de casting, est nommée pour le premier Oscar de la meilleure direction de casting pour son travail sur le dernier film de Paul Thomas Anderson, « One Battle After Another ». Cette nomination marque une reconnaissance historique pour un métier longtemps resté dans l’ombre, essentiel pourtant à la réussite d’une œuvre cinématographique.
Kulukundis a débuté sa carrière en 1996 comme stagiaire sur le premier long métrage d’Anderson, « Hard Eight », et a depuis collaboré avec le réalisateur sur des films devenus des classiques tels que « Boogie Nights », « Magnolia », « There Will Be Blood » et « Phantom Thread ». Leur collaboration repose sur une approche unique : un mélange audacieux de stars établies, d’acteurs de caractère méconnus et de talents amateurs, apportant une authenticité brute à leurs films.
« One Battle After Another », une épopée complexe mêlant action, comédie, thriller et drame familial, est l’apogée de cette philosophie. Le film met en scène des acteurs de renom comme Leonardo DiCaprio et Sean Penn, offrant des performances saluées par la critique, aux côtés de nouveaux talents comme Chase Infiniti et de figures inattendues, comme James Raterman, un ancien agent des forces de l’ordre.
L’ampleur du projet, combinée à la minutie d’Anderson, a imposé à Kulukundis un défi de taille : trouver des acteurs capables de donner l’impression d’une vie entière derrière leur personnage. « Il fallait que chaque rôle soit incarné par quelqu’un qui dégageait la sensation d’une existence au-delà du récit », explique Kulukundis dans une vidéo promotionnelle du film. [Insérer ici le lien vers la vidéo originale si disponible, ou une intégration YouTube si possible].
La recherche de l’actrice pour incarner Willa, la fille adolescente du personnage de DiCaprio, a été particulièrement ouverte. Anderson a donné à Kulukundis une liberté totale : « N’importe qui qui convient », disait-il. « Peu importe si elle a déjà joué, si c’est une star, si je la trouve à l’école ou dans la rue. » C’est finalement la danse d’Infiniti qui a convaincu Kulukundis. « Dès que je l’ai vue danser, je n’ai pas su comment le décrire. C’est l’être humain le plus unique que j’aie jamais vu. » La chimie entre Infiniti et DiCaprio a scellé le choix.
Le rôle de Danvers, un agent de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) froid et implacable, a présenté un autre défi. Les acteurs auditionnés étaient jugés « trop parfaits ». Kulukundis a alors eu l’idée audacieuse de montrer aux candidats des images de James Raterman, un véritable agent des forces de l’ordre. Incapable de trouver un acteur capable de reproduire son aura, elle a fini par contacter Raterman directement. L’ancien agent a non seulement accepté de participer, mais a livré une performance remarquable, saluée comme l’une des meilleures interprétations de méchant de l’année. Raterman, désormais représenté par un agent, a embrassé une nouvelle carrière d’acteur.
L’engagement de Benicio del Toro envers son personnage a également influencé le casting. Son idée d’un réseau clandestin aidant les immigrants à échapper à l’ICE a conduit Kulukundis à recruter des personnes directement dans la rue, créant ainsi un ensemble authentique et diversifié. « La ville nous a vraiment accueillis, ce qui nous a permis de trouver des visages incroyables », raconte Kulukundis.
Cette approche collaborative, fruit de neuf films travaillés ensemble, a permis à Anderson et Kulukundis de créer une synergie unique. « Je pense que nous avons vraiment trouvé quelque chose de magique ici », conclut Kulukundis.
La nomination de Kulukundis aux Oscars souligne l’importance cruciale de la direction de casting dans le processus cinématographique. Elle met également en lumière la capacité du cinéma à donner une voix à des individus issus de tous les horizons, reflétant ainsi la diversité et la complexité de la société américaine. Le film, qui aborde des thèmes sensibles tels que l’immigration et le contrôle aux frontières, résonne particulièrement dans un contexte mondial marqué par des flux migratoires croissants et des débats politiques enflammés. Selon les données de l’ONU, plus de 281 millions de personnes étaient migrantes dans le monde en 2020, un chiffre qui ne cesse d’augmenter. « One Battle After Another » offre une perspective humaine sur ces enjeux, grâce en grande partie au talent de Kulukundis pour dénicher des visages qui racontent des histoires.
