Tensions internationales : Mark Carney critique ouvertement la politique étrangère de Trump, le Canada se prépare à l’impensable
Davos, Suisse – Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pris ses distances avec la politique étrangère de l’administration Trump, tandis que Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, a livré une critique acerbe du président américain Donald Trump lors du Forum économique mondial de Davos. Les tensions s’intensifient alors que Trump poursuit sa tentative controversée de prendre le contrôle du Groenland.
Carney a dénoncé une “rupture” et non une simple “transition” dans les relations internationales, soulignant les risques d’une intégration mondiale poussée à l’extrême. “Ces deux dernières décennies, une série de crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques ont mis en évidence les risques d’une intégration mondiale excessive”, a-t-il déclaré mardi. “Mais plus récemment, les grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme, les tarifs douaniers comme levier, les infrastructures financières comme moyen de coercition, et les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter. On ne peut pas vivre dans le mensonge d’un bénéfice mutuel grâce à l’intégration quand celle-ci devient la source de votre subordination.”
Cette prise de position intervient après l’annonce par Trump de nouveaux tarifs douaniers contre plusieurs alliés européens, dans le but de les forcer à soutenir son projet d’annexion du Groenland, un territoire danois. Le président américain a également attaqué l’OTAN, partageant sur son réseau social Truth Social un message affirmant que l’alliance est une menace plus grande pour les États-Unis que la Russie ou la Chine. Des publications illustrant Trump plantant le drapeau américain au Groenland et entouré de dirigeants mondiaux dans le Bureau ovale ont également circulé. Selon des sources, Trump aurait même menacé le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre d’une intervention militaire si le prix Nobel de la paix lui était refusé.
Le Canada se positionne fermement aux côtés du Groenland et du Danemark, réaffirmant leur droit à déterminer leur propre avenir. Justin Trudeau a également exprimé son opposition aux tarifs douaniers imposés par Trump concernant le Groenland. Le Canada, à l’instar d’autres nations, cherche à diversifier ses liens économiques, ayant récemment signé un accord avec la Chine pour l’acquisition de véhicules électriques à bas coût.
L’inquiétude canadienne est légitime. Des sources gouvernementales citées par The Globe and Mail révèlent que les Forces armées canadiennes ont modélisé un scénario d’invasion militaire américaine du Canada et les réponses possibles. Bien qu’une telle invasion soit jugée improbable, les militaires envisagent une guerre non conventionnelle impliquant des groupes irréguliers recourant à des tactiques de guérilla.
Le Canada envisage également d’envoyer des troupes au Groenland en signe de solidarité avec le Danemark, et travaille avec ses alliés de l’OTAN pour renforcer la sécurité des flancs nord et ouest de l’alliance.
La critique ne vient pas seulement du Canada. Le président français Emmanuel Macron a également dénoncé un “monde sans règles” où le droit international est bafoué et où “les ambitions impériales refont surface”. Il a notamment critiqué les tarifs douaniers de Trump, les qualifiant d'”inacceptables, surtout lorsqu’ils sont utilisés comme levier sur la souveraineté territoriale”. (Voir le tweet de Macron ici : https://x.com/SkyNews/status/2013613169835495447).
Trump, pour sa part, a réaffirmé ses doutes quant à la fiabilité de l’OTAN, se demandant si l’alliance viendrait à la rescousse des États-Unis en cas de besoin. Il a également exprimé son mécontentement de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, affirmant avoir “résolu huit guerres” avec une facilité déconcertante. Interrogé sur ses intentions concernant le Groenland, il a simplement répondu : “Vous verrez.”
L’administration Trump a également mis en avant la nécessité pour les États-Unis de dominer l’hémisphère occidental, notamment après la capture du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro.
La situation est d’autant plus préoccupante que les tensions géopolitiques s’intensifient à l’échelle mondiale. Le discours de Trump à Davos, prévu mercredi, sera scruté à la loupe. L’avenir des relations internationales et la stabilité de l’ordre mondial pourraient bien en dépendre.
