Accord Mercosur-UE : L’Irlande craint une “décimation” de ses secteurs agricoles
Bruxelles – L’Union Européenne pousse activement pour la ratification d’un accord commercial avec le bloc sud-américain du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), un accord qui suscite de vives inquiétudes en Irlande et au sein d’autres États membres. L’accord, négocié de longue date, promet une suppression significative des droits de douane sur les échanges commerciaux entre les deux blocs, mais pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les producteurs européens, notamment dans les secteurs de la viande bovine et de la volaille.
Selon une note d’information de l’Irish Farmers’ Association (IFA), l’accord, en particulier l’accès à un quota de 99 000 tonnes de bœuf à tarif zéro, pourrait “décimer” les secteurs de bœuf et de volaille irlandais et européens. L’IFA estime que ce quota représente environ 22% des exportations annuelles totales de bœuf irlandaises et 18% de la production actuelle de l’UE, avec un impact particulièrement fort sur les coupes de viande à haute valeur ajoutée comme le steak. L’Irlande, en tant que principal exportateur de bœuf de l’UE, serait la plus touchée.
La Commission Européenne tente de minimiser l’impact, affirmant que les 99 000 tonnes de bœuf ne représentent que 1,6% de la consommation globale de bœuf européenne et que les importations de volaille ne représenteraient que 1,4%. Elle précise également que le quota sera réduit à 7,5% et ne tombera pas à zéro.
Cependant,l’accord ne se limite pas à l’agriculture. Le Mercosur s’engage à supprimer les droits de douane sur plus de 90% des importations en provenance de l’UE, incluant des droits substantiels sur les automobiles (35%) ainsi que sur les pièces détachées, les machines, les produits chimiques et les produits pharmaceutiques.En contrepartie, l’UE s’engage à réduire progressivement ses droits de douane sur les biens industriels du Mercosur sur une période de dix ans.
Un aspect crucial de l’accord concerne l’accès de l’UE à des matières premières critiques, actuellement dominé par la Russie et la Chine. Des dispositions bilatérales sont prévues pour faciliter l’exportation de matières premières essentielles par le Brésil, telles que le nickel, le cuivre, l’aluminium, l’acier et le titane, indispensables à la transition énergétique européenne.
Face à ces enjeux, le gouvernement irlandais est appelé à examiner attentivement le texte de l’accord. Une source au sein de l’UE a révélé qu’un acte juridique spécifique, inhabituel pour un accord de libre-échange, sera inclus pour rassurer les États membres disposant de secteurs agricoles sensibles, notamment la France et l’Irlande, et protéger le marché européen.
Contexte et enjeux à long terme :
Cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large de l’UE visant à diversifier ses sources d’approvisionnement et à renforcer ses relations commerciales avec les pays d’Amérique latine. Il reflète également la volonté de l’UE de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie et de la Chine pour les matières premières stratégiques. Cependant, la question de l’impact environnemental de l’augmentation de la production agricole dans le Mercosur, notamment la déforestation en Amazonie, reste une préoccupation majeure et pourrait influencer la ratification finale de l’accord. La pression des groupes environnementaux et des consommateurs européens pourrait contraindre l’UE à inclure des clauses plus contraignantes en matière de développement durable.
