Les marchés mondiaux défient les tensions géopolitiques, alimentés par l’optimisme économique
PARIS – Malgré une série d’actions audacieuses et de rhétorique incendiaire de l’administration Trump en début d’année 2026, les marchés boursiers mondiaux affichent une résilience surprenante. L’arrestation du président vénézuélien, les menaces envers l’Iran suite à la répression des manifestations et les propositions controversées d’acquérir le Groenland n’ont pas réussi à ébranler la confiance des investisseurs, qui semblent se concentrer sur les perspectives économiques plutôt que sur les risques géopolitiques.
Le S&P 500 a progressé d’environ 1,5 % depuis le début de l’année, avec seulement trois séances de baisse. Cette tendance haussière s’étend à l’Europe, à l’Amérique latine, au Moyen-Orient et à la région Asie-Pacifique, suggérant un sentiment d’optimisme généralisé malgré le contexte international tendu.
Un refuge dans les actifs traditionnels
Les incertitudes géopolitiques ont naturellement entraîné un mouvement vers des actifs refuges. L’or, l’argent et le pétrole ont connu des fluctuations de prix, les investisseurs cherchant à se protéger contre les risques potentiels. Les prix du pétrole ont été particulièrement sensibles aux tensions au Moyen-Orient, avec des inquiétudes concernant une possible perturbation de l’approvisionnement.
Cependant, cette recherche de sécurité n’a pas suffi à freiner la dynamique positive des marchés boursiers. Les analystes soulignent que l’impact des actions de l’administration Trump est perçu comme isolé et que l’absence de réaction significative des autres grandes puissances mondiales contribue à maintenir la confiance des investisseurs.
L’inertie des marchés face à la politique étrangère américaine
Eric Freedman, directeur des investissements chez Northern Trust Wealth Management, qui gère 492,6 milliards de dollars d’actifs, explique que les marchés ont appris à relativiser les déclarations et les actions de l’administration Trump. “Les marchés examinent ces événements isolément et ne réagiraient probablement qu’à une réponse spécifique à chaque crise pour provoquer une agitation plus importante”, a-t-il déclaré à CNBC. “Nous ne voulons pas spéculer sur les actions ultérieures, mais nous serions préoccupés par les conséquences sur le commerce dans un monde de plus en plus cloisonné.”
Alex Morris, PDG de F/m Investments, qualifie la réaction des marchés boursiers de “apathie boursière”. Il souligne que les opérations militaires américaines, bien que remarquées, sont souvent de courte durée et limitées en termes d’engagement, ce qui réduit leur impact sur les marchés.
L’Asie, moteur de la croissance mondiale
L’indice MSCI AC Asia Pacific, qui suit les actions de grande et moyenne capitalisation dans 15 pays d’Asie-Pacifique, a enregistré une hausse de plus de 5 % cette année, atteignant un niveau record. Le Nikkei 225 japonais et le Kospi sud-coréen ont également atteint des sommets historiques.
Cette performance positive est attribuée à des facteurs fondamentaux tels que l’absence de chocs pétroliers majeurs et les attentes d’une politique monétaire plus souple et d’investissements massifs dans l’intelligence artificielle. Yap Fook Hien, stratège principal des investissements chez Standard Chartered, souligne que les investisseurs asiatiques sont davantage influencés par les politiques de relance économique que par les tensions géopolitiques.
Un risque chronique plutôt qu’un choc aigu
Shihan Abeyguna, directeur général pour l’Asie du Sud-Est chez Morningstar, estime que les marchés considèrent désormais les risques géopolitiques comme un facteur permanent plutôt qu’une menace soudaine. Il ajoute que les valorisations boursières en Asie ne sont pas suffisamment élevées pour déclencher un repli important sans un choc majeur.
Benjamin Jones, responsable mondial de la recherche chez Invesco, résume la situation en affirmant que “les marchés sont insensibles et ne réagissent de manière significative que lorsque ces événements ont un impact sur les fondamentaux économiques ou entraînent un changement de politique”. Il rappelle que l’histoire montre que les marchés boursiers ont tendance à bien performer dans les 12 mois suivant une augmentation des risques géopolitiques.
L’impact limité des sanctions et des tarifs douaniers
L’attente d’une décision de la Cour suprême des États-Unis concernant la légalité des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump n’a pas non plus eu d’impact significatif sur les marchés. Les investisseurs semblent s’être adaptés aux revirements de politique commerciale de la Maison Blanche, comme en témoignent les pivots de 2025.
En conclusion, les marchés mondiaux semblent avoir développé une certaine immunité face aux tensions géopolitiques, privilégiant les perspectives économiques et les politiques de relance. Cependant, les analystes soulignent que cette situation pourrait changer rapidement en cas de nouvelle escalade des conflits ou de chocs économiques imprévus.
Source : CNBC
