Bornéo : des pompiers volontaires luttent contre les feux de tourbe

Depuis le début de juillet, des milliers de pompiers volontaires affrontent des incendies de forêt et de tourbe dévastateurs à Bornéo, en Indonésie. Selon la BBC, ces feux souterrains alimentés par d’anciennes couches de tourbe carbonisent des centaines de milliers d’hectares et propagent un nuage de pollution toxique à travers l’Asie du Sud-Est.

Dans la région de Bornéo, le ciel prend une teinte ambre et s’épaissit sous un épais smog. La fumée, qui se dégage directement du sol, pique les yeux et irrite les voies respiratoires dès qu’on s’en approche. Dwi Sujatmoko, un pompier volontaire de 35 ans, décrit l’atmosphère en ces termes : It hits your nose straight away, your eyes burn – that’s more or less what it’s like.

Des feux de tourbe souterrains inlassablement combattus à Bornéo

Depuis plus d’un mois, Dwi Sujatmoko et des milliers d’autres volontaires, issus en grande partie des communautés autochtones Dayak ou Banjar, luttent contre un front d’incendie quasi inépuisable. D’après les informations rapportées par la BBC, ils utilisent des outils manuels, des charrettes et des pompes à eau portables pour combattre cet enfer qui sévit depuis le début du mois de juillet.

Ces incendies ravagent environ 200 000 hectares de forêts et de terres agricoles à travers Bornéo indonésienne. En profondeur et hors de vue, de gigantesques feux de tourbe souterrains continuent de couver. Le combat exige de saturer le sol en eau au point de le transformer en consistance de bouillie, les tourbières brûlantes étant notoirement difficiles à éteindre.

Dwi Sujatmoko a déclaré que les gens disent que ces incendies sont extraordinaires à cause des flammes et de la fumée, et qu’ils ont raison.

Les bombes de carbone de Kalimantan et leur impact sanitaire

Les tourbières profondes de Kalimantan constituent des réserves de carbone massives, qualifiées de véritables « bombes de carbone ». Selon le Dr Nisa, citée par la BBC, des dépôts de tourbe dépassant 20 mètres de profondeur peuvent abriter plus de 6 000 tonnes de carbone par hectare, une quantité comparable aux émissions annuelles de dioxyde de carbone de 4 800 voitures. Lorsque ces zones brûlent, ce carbone fossilisé est libéré très rapidement dans l’atmosphère.

Cette libération massive alimente un nuage toxique qui touche des milliers de personnes en Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie, à Brunei, en Malaisie, à Singapour et aux Philippines. Les indices de pollution atmosphérique ont atteint des niveaux extrêmes, s’élevant dans certains cas à près de 75 fois la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Entre juillet et août, le ministère indonésien de la Santé a enregistré plus de 50 000 cas d’infections respiratoires liés aux feux de terre et de forêt.

Le rôle du drainage et de l’agriculture intensive

La vulnérabilité accrue de ces écosystèmes découle en grande partie de projets de développement à l’échelle industrielle. Selon la professeure Page, interrogée par la BBC, la région a perdu près de 160 000 hectares de zones forestières en 2025, soit plus d’un tiers du total national, principalement pour aménager des plantations et de l’agriculture monoculture.

Ces projets ont entraîné le drainage des marécages de tourbe, rendant les sols beaucoup plus inflammables. Même lorsqu’ils ne sont pas la proie des flammes, les tourbières ainsi asséchées continuent d’émettre du dioxyde de carbone. Pour les volontaires engagés sur le terrain comme Dwi Sujatmoko, faire face à cette catastrophe humanitaire et environnementale relève d’un devoir civique incontournable, alors que les efforts se poursuivent au cœur de la brume.

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