Le nouveau documentaire Black Zombie, réalisé par la cinéaste canadienne Maya Annik Bedward, explore les origines de la culture haïtienne du vodou et sa récupération par Hollywood. Le film met en lumière les racines coloniales du terme « zombie » tout en interrogeant l’impact persistant des stéréotypes raciaux dans le cinéma d’horreur.
Le sous-genre horrifique des morts-vivants demeure omniprésent dans la culture populaire, qu’il s’agisse de séries télévisées ou de classiques cinématographiques. Pourtant, selon le documentaire de Maya Annik Bedward, le public ignore largement que la fascination d’Hollywood pour les zombies tire ses véritables origines de la culture du vodou en Haïti. La réalisation tisse une fresque historique examinant les répercussions du colonialisme et la manière dont la culture noire a été transformée au profit de l’industrie du divertissement.
Les racines coloniales et l’influence littéraire de White Zombie
L’œuvre est structurée en chapitres, débutant par la période coloniale de Saint-Domingue dans les années 1790. À cette époque, la colonie française accumulait une immense richesse grâce à l’exploitation d’êtres humains réduits en esclavage, une période de « mort vivante » qui a nourri l’origine étymologique et conceptuelle des « zombies ». L’ouvrage controversé de l’explorateur américain William Seabrook, paru en 1929 sous le titre The Magic Island, a introduit les morts-vivants en Occident avant d’être adapté à l’écran dans le film White Zombie (1932) avec Bela Lugosi.
D’après les analyses de l’autrice et universitaire Tananarive Due, ces productions ont ancré des stéréotypes racistes et forgé un amalgame persistant entre le vodou et des pratiques maléfiques. Les intervenants du documentaire soulignent la persistance de cette mentalité marquée par la fear of natives
dans les fictions de l’époque.
L’évolution du genre horrifique de George A. Romero à Wade Davis
Au fil de son évolution, le cinéma d’horreur s’est éloigné de ses décors dits exotiques sans pour autant effacer totalement le sous-texte historique. Le volet consacré à l’héritage de George A. Romero fait intervenir le maquilleur d’effets spéciaux Tom Savini ainsi que le co-scénariste de Night of the Living Dead, John Russo, pour discuter de la transformation des films de chair fraîche. Malgré cette transition vers une esthétique moderne, le cinéma n’a cessé de revenir vers Haïti.
Le documentaire s’intéresse également au livre d’investigation The Serpent and the Rainbow, écrit par Wade Davis et adapté par Wes Craven. Interrogé dans le film, Wade Davis reconnaît le caractère problématique du film tout en assumant les retombées financières et sa volonté de tourner la page sur cette partie de sa carrière.
La révolution haïtienne et la persistance des préjugés
Le chapitre intitulé The Uprising
replace les événements dans le contexte de la Révolution haïtienne, amorcée par une cérémonie vodou, et documente l’histoire difficile du pays face à un système colonial axé sur la domination financière. Le long-métrage aborde également la persistance de cette diabolisation à travers les décennies, illustrée notamment par des archives controversées de télévangélistes liant les catastrophes humanitaires à des récits mystiques.
Parallèlement aux interventions d’artistes et d’historiens tels que le guitariste Slash et la réalisatrice Zandashé Brown, la production intègre le témoignage d’un prêtre vodou exprimant ses réticences initiales face aux caméras, craignant une énième représentation exploiteuse des croyances haïtiennes. Contre ces dérives, Maya Annik Bedward redonne la parole à ceux qui pratiquent ce culte, restituant une religion ancrée dans l’histoire de la communauté et de la survie.
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