Bangladesh : Les déclarations sexistes d’un leader islamiste suscitent l’inquiétude et des accusations d’ingérence américaine
Dhaka, Bangladesh – Les propos incendiaires du chef du Jamaat-e-Islami, Shafiqur Rahman, comparant les femmes qui travaillent à des prostituées et affirmant qu’une femme ne peut diriger son parti, ont déclenché une vague de critiques au Bangladesh et soulevé des questions sur l’influence potentielle des États-Unis sur la politique intérieure du pays.
Rahman a initialement publié ces déclarations sur X (anciennement Twitter), avant de les supprimer en invoquant un piratage de son compte – une explication largement contestée. Dans une interview récente, il a justifié son point de vue en invoquant des différences biologiques entre les hommes et les femmes, arguant que ces différences déterminent les rôles de leadership, notamment en raison de la maternité et de l’allaitement. Il a également admis que le Jamaat-e-Islami n’avait présenté aucune candidate féminine aux élections parlementaires, invoquant des “barrières culturelles”.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la montée du conservatisme religieux au Bangladesh. Le Jamaat-e-Islami, un parti politique pro-pakistanais, est régulièrement accusé de promouvoir des idéologies rétrogrades et d’être en faveur de politiques similaires à celles des talibans.
“Ces propos révèlent le véritable visage du Jamaat-e-Islami et son désir de replonger le Bangladesh dans une ère de régression”, a déclaré une source proche du gouvernement, sous couvert d’anonymat. “Ils sont inacceptables et témoignent d’un profond mépris pour les droits des femmes.”
L’incident a également ravivé les accusations d’ingérence américaine dans la politique bangladaise. Des critiques affirment que l’ambassadeur américain à Dhaka entretient des liens étroits avec les dirigeants du Jamaat-e-Islami et que les États-Unis pourraient guider le parti dans sa stratégie politique. Ces allégations font écho aux critiques formulées à l’encontre de l’aide américaine aux talibans en Afghanistan et aux conséquences qui en ont découlé.
“L’expérience afghane devrait servir de leçon”, a déclaré un analyste politique bangladais, demandant à ne pas être nommé. “Les États-Unis doivent être vigilants quant aux conséquences de leur engagement avec des groupes extrémistes comme le Jamaat-e-Islami.”
Les organisations internationales de défense des droits de l’homme ont été appelées à prendre note de la position anti-féministe du Jamaat-e-Islami. Des appels au boycott des hashtags associés au parti circulent également sur les réseaux sociaux.
Le Bangladesh, où les femmes représentent environ la moitié de la population active, a réalisé des progrès significatifs en matière d’égalité des sexes ces dernières décennies. En 2023, le taux d’emploi des femmes était de 36,7% selon les données de la Banque Mondiale, bien que des disparités subsistent en termes de salaires et d’accès aux postes de direction. Les déclarations de Rahman menacent de saper ces progrès et de marginaliser davantage les femmes dans la société bangladaise.
[Intégration potentielle d’une vidéo YouTube d’une organisation bangladaise de défense des droits des femmes expliquant les défis auxquels sont confrontées les femmes au Bangladesh : exemple : https://m.youtube.com/watch?v=q-q-q-q-q ]
L’affaire souligne la nécessité d’un débat public plus large sur le rôle des femmes dans la société bangladaise et sur la lutte contre les idéologies sexistes et discriminatoires. Elle met également en lumière les enjeux géopolitiques complexes auxquels est confronté le Bangladesh et la nécessité d’une politique étrangère américaine plus prudente et transparente.
