L’échec de l’introduction en bourse de la société Firmus en octobre 2026 suscite l’attention de l’Australian Securities and Investments Commission. Le régulateur financier mène des enquêtes ciblées auprès des banques d’investissement directrices de l’opération pour examiner la gestion du carnet d’ordres et la véracité des informations transmises aux investisseurs.
L’interruption brutale de l’introduction en bourse de Firmus Grid Ltd., intervenue le 9 octobre 2026, marque un coup d’arrêt pour l’un des projets de cotation les plus ambitieux de la place de Sydney. L’opération, conçue pour valoriser l’entreprise spécialisée dans les centres de données pour l’intelligence artificielle à près de 44 milliards de dollars, visait à lever des milliards de capitaux auprès du public.
Face à cet abandon, les autorités de régulation financière ne sont pas restées inactives. La présidente de l’Australian Securities And Investments Commission (ASIC), Sarah Court, a confirmé que l’institution examine de près les conditions dans lesquelles cette mise sur le marché a été préparée et menée.
Les enquêtes ciblées de l’ASIC sur les banques de l’opération Firmus
L’organisme de régulation australien a engagé des démarches directes auprès des institutions financières qui pilotaient la transaction en tant que chefs de file de l’opération. Les banques Bank of America, JPMorgan, Morgan Stanley et le courtier Morgans Financial agissaient comme gestionnaires conjoints de l’offre publique de vente avortée.
Dans une correspondance adressée au sénateur libéral Dave Sharma, la présidente de l’ASIC a précisé que le régulateur cherche à déterminer si les informations diffusées auprès des investisseurs institutionnels et professionnels respectaient les exigences de rigueur et de transparence requises.
Sarah Court a indiqué selon The Australian que l’ASIC a connaissance des questions soulevées quant à savoir si les informations fournies aux investisseurs institutionnels et professionnels lors de la commercialisation et de la constitution du livre d’ordres étaient exactes, correctement nuancées et fondées sur des bases raisonnables au moment où elles ont été communiquées.
L’attention des enquêteurs se porte notamment sur les messages diffusés pendant le processus de constitution du livre d’ordres. Un document d’information émis par les banques affirmait que les indications de prix s’avéraient supérieures à la taille de l’offre, tandis qu’un courriel envoyé par un courtier de Morgans à ses clients soulignait une demande qualifiée d’importante.
Les ambitions financières et les fragilités économiques de Firmus
L’entreprise Firmus, cofondée en 2019 par Oliver Curtis, s’était fixée pour objectif de lever près de 5 milliards de dollars américains afin de financer l’expansion de ses infrastructures de calcul à travers l’Australie, Singapour, la Malaisie et l’Indonésie.
Pourtant, la structure financière de la société a nourri les hésitations du marché au fil des semaines. Le dernier rapport annuel déposé par Firmus fait état d’un bénéfice avant impôt négatif de 77,3 millions de dollars américains pour l’exercice 2026, combiné à des investissements massifs en équipements et en coûts immobiliers.
L’entreprise a ainsi dépensé 1,5 milliard de dollars américains en construction, en charges immobilières et en équipements pour développer son réseau. De surcroît, un engagement financier d’un montant de 8,3 milliards de dollars américains a été acté depuis le mois de juin pour développer un projet de centre de données à Batam en Indonésie en partenariat avec Nvidia.
| Indicateur financier | Montant mentionné |
|---|---|
| Perte avant impôt (exercice 2026) | 77,3 millions de dollars américains |
| Dépenses en construction et équipements | 1,5 milliard de dollars américains |
| Engagement d’investissement récent (Indonésie) | 8,3 milliards de dollars américains |
Le climat de prudence sur les valorisations de l’intelligence artificielle
Au-delà de la conduite des intermédiaires financiers, le fiasco de l'introduction en bourse révèle la nervosité croissante des marchés à l'égard de la bulle spéculative entourant l'intelligence artificielle. Les investisseurs potentiels ont exprimé des doutes marqués quant aux valorisations exigées, au rythme des dépenses en capital et au calendrier réel de rentabilité des infrastructures projetées.
La structure de gouvernance et de fondation de Firmus a également retenu l’attention. La firme a été initialement créée en 2019 par Oliver Curtis, par son cousin Tim Rosenfield ainsi que par son ancien beau-frère Jonathan Levee.

Pour le sénateur Dave Sharma, l’examen mené par les régulateurs dépasse la simple péripétie financière.
Dave Sharma a déclaré selon The Sydney Morning Herald que des accusations crédibles de déclarations trompeuses et de graves conflits d’intérêts touchent au cœur même de la confiance dans le marché. Selon lui, il ne suffit pas d’agir, il faut aussi que cela se voie, et tout compromis en la matière risquerait de compromettre l’intégrité du système financier et la confiance dans les marchés de capitaux.
Les enquêtes de l’ASIC se poursuivent pour déterminer si des sanctions formelles s’avèrent justifiées à l’encontre des acteurs impliqués dans la commercialisation de ce projet avorté.
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