Le service populaire d’archivage Web archive.today fait l’objet d’un blocage partiel en Espagne depuis le mois d’août. Cette mesure, ordonnée par le ministère de la Culture, varie considérablement selon les opérateurs télécoms, alors que les adresses alternatives et les protocoles de chiffrement subissent des restrictions inégales.
L’ordre du ministère de la Culture et l’application par les opérateurs
La Sección Segunda de la Comisión de Propiedad Intelectual, rattachée au ministère de la Culture, a ordonné aux opérateurs de télécommunications de bloquer l’accès des clients au service d’archivage de pages web archive.today. D’après les informations rapportées par la publication spécialisée Bandaancha, la mesure est entrée en vigueur à la moitié du mois d’août auprès de certains fournisseurs d’accès, avant de s’étendre progressivement aux autres acteurs adhérant au protocole sur les droits de propriété intellectuelle.
Ce protocole constitue l’accord par lequel les grands opérateurs appliquent directement les décisions émanant des autorités culturelles. Le blocage ne frappe pas seulement le domaine principal. Il touche également l’ensemble des adresses alternatives et des miroirs utilisés par la plateforme pour contourner les restrictions.
Des restrictions hétérogènes selon les fournisseurs d’accès
La mise en œuvre technique de la censure administrative présente des disparités notables d’un opérateur à l’autre, créant une situation de blocage fragmenté. Des tests menés par la rédaction de Xataka révèlent qu’en empruntant le réseau de l’opérateur O2, les utilisateurs se heurtent à l’avertissement officiel du ministère qui indique que vous essayez d’accéder à un site web illégal.
Du côté de Vodafone, la page inaccessible renvoie une notification différente selon laquelle, pour des raisons indépendantes de Vodafone, ce site web n’est pas disponible. De surcroît, le comportement des connexions varie selon l’utilisation ou non du chiffrement. En naviguant via le protocole non sécurisé HTTP, l’accès se trouve redirigé vers l’adresse officielle du ministère où l’institution précise que le site constitue une infraction et que l’accès à celui-ci revient à contribuer à une activité délictueuse.
À l’inverse, d’autres acteurs du marché appliquent des restrictions moindres ou inexistantes. Les abonnés utilisant l’opérateur Digi constatent que les requêtes vers le domaine principal basculent automatiquement vers l’extension alternative sans le moindre dysfonctionnement, démontrant l’absence de coordination uniforme sur l’ensemble du territoire.
Un outil d’archivage sous surveillance en raison des murs de paiement
Actif depuis 2012, le service permet de capturer et de figer l’état exact d’une page web à une date précise, s’apparentant par sa fonction à Wayback Machine mais avec des caractéristiques juridiques et techniques distinctes. L’absence de structure ou d’entité légale clairement identifiée derrière la plateforme, combinée à sa capacité à archiver des contenus masqués derrière des abonnements payants, en a fait une cible privilégiée pour les titulaires de droits d’auteur, et plus particulièrement pour la presse numérique.

De plus, le système ignore délibérément les instructions d’exclusion du protocole standard robots.txt, empêchant les créateurs de contenu de s’opposer à l’indexation de leurs pages. Cette particularité technique alimente de longue date les tensions avec les éditeurs de presse, qui voient dans ces archives un moyen de contourner leurs modèles économiques payants.
Un précédent international et une identification toujours incertaine
L’Espagne rejoint ainsi une liste de pays ayant prononcé des interdictions similaires à l’encontre du service. Des mesures de blocage comparables ont déjà été mises en place par le passé en Russie, en Chine, en Australie ainsi qu’en Nouvelle-Zélande, bien que ces deux derniers États aient par la suite levé les restrictions imposées aux internautes.
Malgré l’ampleur internationale de l’outil et les procédures judiciaires ou administratives menées à son encontre, l’identité des administrateurs du domaine demeure un mystère complet. Même les autorités fédérales américaines, à travers le FBI, ont par le passé tenté d’identifier les propriétaires du site sans succès public à ce jour.
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