Des affrontements violents ont éclaté à Tirana, où des centaines de manifestants réclament la démission du Premier ministre albanais Edi Rama sur fond de colère contre la corruption et les conditions d’études, alors que les autorités recensent des dizaines de blessés et des arrestations massives depuis le début du mouvement en octobre 2026.
La police repousse les manifestants devant le ministère de l’Éducation
La tension ne redescend pas dans la capitale albanaise. Des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le ministère de l’Éducation, provoquant des heurts prolongés avec les forces de l’ ordre qui ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène, selon un journaliste de l’AFP sur place.
Les protestataires ont répliqué en lançant des pierres, des cocktails Molotov et des feux d’artifice, tout en arrachant les pavés des rues avoisinantes. Les violences se sont rapidement propagées aux grands boulevards, ciblant des banques, des commerces et le siège du Parti socialiste au pouvoir.
Initialement déclenchées par un projet touristique et hôtelier luxueux lié au gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et à sa fille Ivanka, ces mobilisations menées en grande partie par des étudiants d’universités s’étendent à d’autres villes du pays.
Teftalia Papa a déclaré sur France 24 : « Nous voulons une meilleure Albanie, où le système de santé garantit les soins de base que chaque citoyen mérite, où l’éducation offre des conditions décentes et des chances égales, et où les étudiants ont les moyens d’étudier et de vivre sans être étouffés par la hausse du coût de la vie. »
L’écrivaine et militante Lura Elezi, âgée de 38 ans, a également exprimé son désarroi face aux autorités, estimant que les citoyens réclament la primauté du droit, la justice et le respect.
Edi Rama rejette l’appel à la démission
Dans une allocution vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il a affirmé que les contestataires ne menaçaient pas la légitimité de son équipe mais plutôt la trajectoire européenne du pays, alors que Tirana ambitionne d’intégrer l’Union européenne d’ici 2030 aux côtés du Monténégro.
Dans une réponse écrite transmise à Reuters, Edi Rama a qualifié la situation de « chaos » et a accusé directement des responsables de l’opposition d’orchestrer les violences. De son côté, Taulant Balla, chef du groupe parlementaire du Parti socialiste, a nommément mis en cause le Parti démocrate et son dirigeant Sali Berisha dans l’instigation des incidents.

En réaction aux événements, la ministre de l’Éducation Mirela Kumbaro a condamné la destruction de bâtiments et de documents officiels tout en réitérant une offre de dialogue, et le déplacement officiel que le Premier ministre devait effectuer en Autriche auprès du chancelier Christian Stocker a été annulé par les autorités albanaises.
Les autorités comptent les interpellations et les blessés
Le coût humain de ces journées de contestation s’alourdit de jour en jour. Le gouvernement a indiqué que plusieurs centaines de personnes avaient été interpellées ou poursuivies en justice, tandis que les hôpitaux de Tirana font face à un afflux de blessés. Le chef de la police Skender Hita a fait état d’un nombre élevé d’agents blessés, dont certains grièvement, en exhortant la population à se dissocier des individus masqués.
Selon les informations publiées par la presse locale, les services de sécurité ont procédé à de nombreuses arrestations pour des attaques menées contre les forces de l’ordre et des dégradations de biens publics. Gazment Bardhi, chef du groupe parlementaire du Parti démocrate, a exigé la libération immédiate des manifestants incarcérés tout en encourageant les citoyens à poursuivre la mobilisation. De son côté, l’ambassade des États-Unis à Tirana a exhorté la population à manifester pacifiquement tout en condamnant les destructions matérielles.
Le ministère de la Santé et les bilans gouvernementaux consolidés font état de centaines de personnes blessées au total depuis le début de la contestation, incluant un nombre important d’effectifs policiers, de manifestants et de journalistes, tandis que les forces de l’ordre ont eu recours à des munitions en caoutchouc lors des épisodes de violences les plus intenses.

Parallèlement à ces tensions, la ministre de la Culture et d’autres responsables institutionnels ont réaffirmé leur volonté de maintenir les services publics accessibles malgré les dégâts matériels constatés dans plusieurs édifices de la capitale.
Les observateurs et les institutions internationales suivent de près cette crise qui s’inscrit dans un cycle de manifestations plus large s’étalant sur plus d’une centaine de jours, interrogeant la capacité du pays à maintenir ses réformes démocratiques tout en préservant l’ordre public face à la grogne sociale.
Les autorités continuent de recenser les dégâts matériels dans les zones touchées par les dégradations, alors que les appels au calme se multiplient au sein de la classe politique et auprès des partenaires internationaux de l’Albanie.
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