L’Agence d’exploration aérospatiale japonaise s’apprête à lancer le 20 octobre 2026 sa mission MMX vers Phobos. L’objectif est de récolter au moins dix grammes de poussière et de roche sur la lune martienne et de ramener ces échantillons sur Terre d’ici 2031.
Le lancement de la mission MMX depuis Tanegashima
Le vol inaugural de la mission, baptisée Martian Moons eXploration, est programmé pour le 20 octobre 2026 à 4 h 41 min 3 s depuis la base de Tanegashima dans le sud du Japon. Le lanceur retenu est la fusée de grande taille H3, configurée en version 24L avec quatre propulseurs à poudre et une coiffe longue, pour une masse totale au décollage de 4 480 kilogrammes. Une période de réserve s’étale du 21 octobre au 7 novembre si les conditions météorologiques ou des vérifications techniques imposent un report.

La structure de l’engin empile trois modules distincts : un module de propulsion pour freiner lors de l’insertion en orbite martienne, un module d’exploration doté des trains d’atterrissage et des instruments de prélèvement, ainsi qu’un module de retour chargé de ramener le conteneur scellé vers la Terre. La durée totale du voyage aller-retour avoisinera cinq années.
Les instruments et le rôle de la petite astromobile IDEFIX
Avant que le module principal ne tente de se poser, l’exploration de Phobos s’appuiera sur un déploiement robotique novateur. Développée conjointement par le Centre national d’études spatiales et le Centre aérospatial allemand, une petite astromobile de vingt-cinq kilogrammes nommée IDEFIX sera larguée entre fin 2028 et début 2029 à une altitude de quarante mètres au-dessus du sol. Après sa chute libre, le robot se redressera de manière autonome pour rouler pendant une centaine de jours, mesurant les propriétés thermiques et topographiques du terrain pour sécuriser la zone d’atterrissage de la sonde principale.
Le vaisseau ambarquera également un arsenal scientifique complet, parmi lequel la caméra télescopique TENGOO capable de distinguer des détails de quarante centimètres, l’instrument infrarouge français MIRS pour cartographier les minéraux hydratés et les matières organiques, ainsi que le spectromètre à rayons gamma et neutrons MEGANE fourni par la NASA. Deux caméras ultra-haute définition de 8K, développées avec la chaîne publique NHK, captureront en outre des images rapprochées de Mars et de ses lunes.
La méthode de prélèvement et les deux options d’atterrissage
Phobos présente une forme irrégulière semblable à une pomme de terre, mesurant environ vingt-sept kilomètres dans sa plus grande longueur, pour une gravité inférieure au millième de celle de la Terre. Pour opérer dans cet environnement, la sonde adoptera une trajectoire de quasi-satellite, se déplaçant de concert avec l’astre. La séquence au sol prévoit deux tentatives d’atterrissage d’une durée d’environ deux heures et demie chacune.

Deux dispositifs différents serviront à collecter la matière. Un carottier fixé au bout d’un bras robotique enfoncera un tube pour atteindre une profondeur d’au moins deux centimètres, à l’abri des rayonnements solaires, en utilisant un mécanisme à alliage à mémoire de forme. Un second dispositif pneumatique, fourni par la NASA et fabriqué par Honeybee Robotics, utilisera un jet de gaz comprimé pour soulever et capturer des particules de surface, reprenant le principe éprouvé par la mission OSIRIS-REx sur l’astéroïde Bennu.
Le mystère des origines de Phobos et de Deimos
L’enjeu scientifique de la mission dépasse la simple collecte physique. La formation des deux lunes martiennes demeure débattue : les astronomes hésitent entre l’hypothèse de corps troyens ou d’astéroïdes capturés par la gravité de la planète rouge et celle de débris projetés en orbite à la suite d’un impact géant. L’analyse en laboratoire des dix grammes de matière permettra de trancher.

L’Agence d’exploration aérospatiale japonaise rappelle l’expérience acquise avec ses précédentes missions d’échantillonnage de petits corps. La sonde Hayabusa avait rapporté des microparticules de l’astéroïde Itokawa en 2010, tandis qu’Hayabusa2 avait déposé environ 5,4 grammes de poussières de Ryugu en décembre 2020, révélant la présence d’acides aminés. Si le calendrier se déroule comme prévu, la capsule d’échantillons de MMX quittera l’orbite martienne en 2030 pour atterrir en 2031 dans le désert australien sous parachute avant d’être acheminée vers les laboratoires japonais.
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