Afrique du Sud se retire de la Biennale de Venise après un désaccord sur une œuvre axée sur Gaza
VENISE, Italie – L’Afrique du Sud ne participera pas à la 60e Biennale de Venise cette année, suite à un différend entre son ministère de la Culture et l’artiste sélectionnée pour représenter le pays, Gabrielle Goliath. La décision intervient après que le ministre de la Culture, Gayton McKenzie, a critiqué le projet d’installation de Goliath, qui incluait un hommage à la poétesse palestinienne Hiba Abu Nada, tuée dans une frappe israélienne en 2023.
L’œuvre de Goliath, intitulée « Élégie », devait être une performance artistique et un mémorial dédié à Abu Nada, dont la mort a suscité une vive émotion dans le monde littéraire palestinien et international. Art Periodic, l’organisation à but non lucratif chargée de gérer le pavillon sud-africain, avait initialement sélectionné Goliath.
Cependant, McKenzie a rapidement exprimé son désaccord, qualifiant l’œuvre de « profondément clivante ». Il a ensuite mis fin à l’accord avec Art Periodic en janvier, affirmant qu’il souhaitait présenter à Venise une œuvre d’art véhiculant un « message positif » sur l’Afrique du Sud. McKenzie, connu pour son soutien affiché à Israël, s’est distingué par sa position au sein d’un pays traditionnellement critique envers les politiques israéliennes.
Dans une publication Facebook en janvier, McKenzie a même allégué qu’un « pays étranger » avait tenté de financer l’installation sud-africaine, suggérant que le pavillon était utilisé comme un « proxy » pour promouvoir un point de vue géopolitique sur le conflit israélo-palestinien. « La position de l’Afrique du Sud sur Israël et Gaza est claire », a-t-il écrit. « Peut-être que ce pays devrait également exprimer clairement sa position – par lui-même, et non indirectement par le biais des plateformes d’un autre pays. »
Goliath a contesté la décision du ministre devant les tribunaux, cherchant à être rétablie dans son rôle. Sa demande a été rejetée mardi, une décision qu’elle et son équipe juridique ont dénoncée comme une menace à la liberté d’expression artistique en Afrique du Sud. « Nous pensons que cette décision crée un précédent dangereux, compromettant les droits des artistes, des conservateurs et des créateurs en Afrique du Sud à la liberté d’expression – la liberté de dissidence », ont-ils déclaré dans un communiqué. Un appel est en cours.
Malgré les efforts initiaux pour trouver un remplaçant, le ministère a finalement annoncé vendredi qu’il ne présenterait aucune installation à la Biennale de Venise cette année.
Cette controverse n’est pas isolée dans l’histoire de la Biennale de Venise. En 2024, la représentante israélienne avait suspendu son exposition pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza et à la libération des otages. Cette année, la participation d’Israël est également contestée par le groupe pro-palestinien Art Not Genocide Alliance, qui appelle au boycott.
La décision de l’Afrique du Sud souligne les tensions croissantes autour de l’art et de la politique, en particulier dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Elle met également en lumière les défis auxquels sont confrontés les artistes lorsqu’ils tentent d’aborder des questions politiquement sensibles, et les pressions exercées par les gouvernements pour contrôler le discours artistique. La Biennale de Venise, un événement culturel majeur attirant des centaines de milliers de visiteurs du monde entier, est devenue un terrain de débat et de contestation, reflétant les divisions profondes qui traversent la société internationale.
[Image de Gayton McKenzie, Ministre sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture, lors d’une cérémonie commémorative. Crédit : Ludovic Marin/AFP]
La Biennale de Venise se déroulera du 20 avril au 24 novembre 2024. Pour plus d’informations, consultez le site officiel : https://www.labiennale.org/en
