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Accord Iran-US menacé après attaques au Liban

Un cessez-le-feu déjà bafoué : 18 morts au Liban malgré l’accord

Le protocole d’accord signé mercredi entre l’Iran et les États-Unis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, après des frappes massives déclenchées le 28 février, semble déjà menacé. À peine ratifié électroniquement par les présidents Massoud Pezeshkian et Donald Trump, le texte, censé instaurer un cessez-le-feu “sur tous les fronts, y compris au Liban”, est ébranlé par des violences persistantes, le report des négociations suisses, et des réserves ouvertes de Téhéran. Alors que le détroit d’Ormuz, verrouillé depuis des mois, s’est rouvert jeudi sous la pression de l’accord, les tensions régionales et les divisions internes aux États-Unis risquent de faire dérailler le processus — laissant planer le spectre d’une escalade militaire ou d’un effondrement des pourparlers avant même leur début.

Un cessez-le-feu déjà bafoué : 18 morts au Liban malgré l’accord

Les frappes israéliennes sur le sud du Liban, survenues dans la nuit de jeudi à vendredi, ont fait 18 morts et 33 blessés selon le ministère de la Santé libanais, tandis qu’Israël a confirmé la mort de quatre de ses soldats, dont un haut gradé. Ces violences, les plus meurtrières depuis l’annonce de l’accord lundi, contredisent directement le point central du texte : un cessez-le-feu “sur tous les fronts”. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a réagi en brandissant une menace : “Tout le Liban doit brûler”, une déclaration qui reflète l’opposition farouche d’une partie de la droite israélienne — et de son allié, le Premier ministre Benjamin Netanyahu — à toute concession envers Téhéran.

La France, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a appelé Israël à “respecter” le protocole, mais sans pouvoir contraindre Jérusalem. Pendant ce temps, les autorités iraniennes, via la télévision d’État, ont confirmé que le trafic dans le détroit d’Ormuz — passage stratégique pour 40 % du commerce mondial de pétrole — avait repris jeudi, après des mois de blocus. Pourtant, les conditions restent restrictives : les navires doivent désormais soumettre leur passage à un nouvel organisme de contrôle, selon le Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Une mesure qui, si elle est perçue comme une victoire par Téhéran, pourrait aussi être interprétée comme une provocation par Washington.

Les négociations suisses reportées : un calendrier qui s’effrite

Le cœur du processus — les négociations techniques en Suisse, censées lancer un délai de 60 jours pour finaliser l’accord nucléaire — a été reporté sine die vendredi. La Suisse, hôte des pourparlers, a justifié cette décision par l’absence de “plans finalisés” pour les discussions, tandis que la Maison Blanche a expliqué que le vice-président américain JD Vance, initialement prévu pour se rendre à Lucerne jeudi, avait annulé son voyage en raison de “logistique non finalisée”. Une explication qui sonne comme un aveu d’échec : Vance avait pourtant affirmé, quelques heures plus tôt, que le délai de 60 jours commencerait bien jeudi — et qu’il pourrait se rendre “ce week-end” en Suisse.

Les négociations suisses reportées : un calendrier qui s’effrite
Photo: Ouest-France

Le report s’inscrit dans une série de signaux contradictoires. D’abord, l’annulation surprise de la venue du Premier ministre pakistanais, médiateur clé des discussions, qui devait tenir une réunion d’urgence dimanche en Égypte avec des pays de la région. Ensuite, le silence persistant de Téhéran sur l’envoi d’une délégation en Suisse. Enfin, les réserves du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qui a approuvé l’accord tout en soulignant que “les négociations en face-à-face qui se tiendront à l’avenir ne présagent pas de l’acceptation du point de vue de l’ennemi”. Une phrase qui résume l’abîme de méfiance entre les deux parties — et la fragilité du protocole.

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L’opposition iranienne, grande perdante de l’accord

Alors que Donald Trump avait brandi l’espoir d’un soulèvement populaire en Iran lors du déclenchement des frappes en février, c’est aujourd’hui l’opposition qui sort affaiblie du processus. Les mouvements dissidents, tant en exil qu’à l’intérieur du pays, n’ont pas su capitaliser sur le chaos post-guerre. “Les luttes intestines au sein de l’opposition en exil se sont intensifiées”, explique Thomas Juneau, professeur à l’Université d’Ottawa, cité par l’AFP. Pendant ce temps, les autorités iraniennes ont utilisé le conflit comme prétexte pour intensifier la répression : arrestations massives, exécutions, et coupures d’Internet ont étouffé toute velléité de contestation.

L’opposition iranienne, grande perdante de l’accord
Photo: Orange Actualités

Pour les Iraniens ordinaires, comme Sima, 34 ans, résidente de Téhéran qui a demandé à rester anonyme, l’accord ne représente qu’une “paix avec mon bourreau”. “Ils ont beau essayer d’enjoliver les choses, cela ne fera que donner plus de pouvoir aux autorités pour nous opprimer davantage”, confie-t-elle. Même Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah d’Iran renversé en 1979 et figure emblématique de l’opposition, a dénoncé l’accord comme “moralement répréhensible et une erreur stratégique”. Pourtant, ni lui ni aucun autre leader dissident n’a obtenu le soutien de Donald Trump — qui a toujours insisté sur le fait que la guerre visait avant tout à démanteler le programme nucléaire iranien, et non à renverser le régime.

This follows our earlier report, Crisis israélienne: Netanyahu et la critique de Trump sur l’accord US-Iran.

Le nucléaire iranien : l’enjeu caché qui pourrait tout faire basculer

Si l’accord-cadre signé mercredi met fin aux hostilités militaires, son cœur — le dossier nucléaire — reste entier. Les négociations suisses, une fois relancées, devront trancher sur un point crucial : le déblocage d’un fonds de 300 milliards de dollars promis à l’Iran pour sa reconstruction économique, en échange d’un démantèlement partiel de son programme d’enrichissement. Or, selon Mohammad Bagher Ghalibaf, principal négociateur iranien, cité par la télévision d’État, Téhéran exige des garanties bien plus larges que celles évoquées jusqu’ici.

Le nucléaire iranien : l’enjeu caché qui pourrait tout faire basculer

Les États-Unis, eux, semblent divisés. La presse américaine a été sévère envers un accord-cadre perçu comme offrant “d’énormes avantages financiers” à l’Iran sans exiger de concessions claires sur son infrastructure nucléaire. Pour JD Vance, le vice-président, la priorité reste le démantèlement des capacités iraniennes — mais son annulation surprise en Suisse suggère aussi des tensions internes à l’administration Trump. Pendant ce temps, les marchés pétroliers, après une chute brutale depuis l’annonce de l’accord, ont recommencé à monter vendredi : le baril de Brent, référence mondiale, a repassé le seuil des 80 dollars, reflétant les craintes d’une nouvelle escalade.

Que se passe-t-il maintenant ? Trois scénarios à surveiller

Alors que le protocole d’accord semble déjà à la dérive, trois scénarios se dessinent pour les semaines à venir :

  • Un report indéfini des négociations : Si les États-Unis et l’Iran ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une date pour relancer les pourparlers suisses — notamment en raison des divisions internes à Washington ou des réserves de Téhéran —, le délai de 60 jours pourrait être perdu avant même d’avoir commencé. Cela ouvrirait la porte à une nouvelle phase de tensions, avec un risque accru d’attaques ciblées ou de sanctions unilatérales.
  • Une relance sous pression régionale : Le Pakistan, médiateur historique, pourrait jouer un rôle clé en organisant une nouvelle réunion en Égypte ou dans une autre capitale neutre. Une solution déjà évoquée par les sources diplomatiques, mais qui dépendrait de la volonté des deux camps de sauver la face. Le Liban, où les frappes israéliennes se poursuivent, reste un point de friction majeur.
  • Un effondrement du processus : Si l’une des parties — Israël, les États-Unis ou l’Iran — décide de ne plus respecter le cessez-le-feu, le protocole pourrait être abandonné purement et simplement. Dans ce cas, les sanctions économiques contre Téhéran seraient probablement réactivées, et le détroit d’Ormuz pourrait redevenir un théâtre d’affrontements directs, avec des conséquences immédiates sur les prix de l’énergie.

Une chose est sûre : l’accord du 18 juin 2026, aussi fragile qu’il soit, a déjà changé la donne. Le détroit d’Ormuz est rouvert, les frappes ont cessé — du moins officiellement —, et les deux camps ont engagé des processus diplomatiques. Mais sans confiance mutuelle, sans calendrier clair, et sans concessions réelles sur le nucléaire, la paix reste un leurre. Comme le résumait un diplomate anonyme cité par TV5Monde : “On a évité la guerre totale, mais on n’a pas gagné la paix.”

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À suivre : la réaction des marchés pétroliers, les prochaines déclarations de Mojtaba Khamenei, et surtout, la capacité des médiateurs — Pakistan en tête — à relancer un dialogue avant que les tensions ne reprennent de plus belle.

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