Aaron Swartz, le sacrifice d'un idéaliste

Flore Vasseur mène une enquête sur le "meurtre" de la figure mythique de l'Internet gratuit, retrouvée pendue à 26 ans.

• Que reste-t-il de nos rêves?de Flore Vasseur, Équateur, 354 p., 22 €

Le 11 janvier 2013, Aaron Swartz est retrouvé pendu dans son appartement à New York. Il avait 26 ans. Il était sur le point d'être condamné à trente-cinq ans de prison et à payer un million de dollars. Le président Obama avait chargé un procureur insoluble de le fixer au pilori. " Sa disparition révèle un destin, une époque et notre tragédie », Écrit Flore Vasseur qui lui consacre son nouveau livre,« une enquête sur un meurtre En ligne avec les précédents, sur les excès du capitalisme financier et le pouvoir tentaculaire des géants de l'Internet.

C'était aussi le combat d'Aaron Swartz, génie des algorithmes. Ce Mozart du Web, élevé dans une famille de scientifiques attachés à l'ordinateur, était par sa virtuosité de se précipiter dans le labyrinthe de l'Internet. Il voulait prolonger le rêve de l'humanisme, forgé à la Renaissance. La libération de la connaissance, le partage de la connaissance, le libre accès. Parmi ses nombreuses inventions, la préfiguration de ce qui deviendra Wikipedia.

Intelligence capturée par les géants du numérique

Tout en poursuivant la biographie de ce martyr de l'Internet gratuit, Flore Vasseur (qui a également réalisé, avec Larry Lessig, un documentaire sur le lanceur d'alerte Edward Snowden) raconte son propre voyage et sa désillusion. "Internet a été l'eldorado de ma génération"elle écrit, rappelant les espoirs fous et l'euphorie pétillante de ceux qui ont imaginé l'horizon illimité qui s'ouvrait. Mais l'argent, comme ailleurs, a pris le pouvoir dans ce nouvel ouest sauvage et a contrôlé les cerveaux. Flora Vasseur note: "Le monde n'a jamais produit autant de diplômés, l'humanité autant de stupidité."

Elle trouve les parents dévastés d'Aaron Swartz chez eux, dans la banlieue de Chicago, et le professeur Larry Lessig, qui avait pris sous son aile cet élève qui brûlait les scènes et voulait restituer à ce fabuleux outil sa mission révolutionnaire: connecter humanité . Aaron Swartz avait senti que l'Internet serait rapidement récupéré, deviendrait l'œil et l'oreille de Moscou de toutes les puissances. Et que l'intelligence serait monopolisée, avec des hochets, par les géants du numérique.

Un portrait vif et pugnace

Mentoré par le Massachusetts Institute of Technology (MIT), Aaron Swartz a franchi une ligne rouge. Il a téléchargé des millions de pages de recherches publiques dans les coffres de cette prestigieuse université. Au nom d'un principe: leur travail ne doit pas nécessairement être "Privatisé". Numérisé, ce bien commun de l'humanité est verrouillé, à leur profit, par les entreprises.

L'administration Obama s'est déchaînée, le procureur a eu du mal à donner l'exemple et à protéger ces nouveaux États puissants. Et vice versa. Dépressif chronique, Aaron Swartz a craqué. Son suicide hante ce portrait vif et pugnace, terrible et mélancolique, de cet idéaliste sacrifié sur l'autel de Gafa.

Essuyé de son smartphone, ce fil avec la jambe qui nous aliène "Sans la connaissance de notre libre volonté", Flora Vasseur rédige un rapport saumâtre: "Depuis lors, j'observe mes pairs" en cliquant sur "l'abandon de leurs libertés et le naufrage sur leurs écrans." Lucide et désabusée, elle rappelle le défi du siècle: "Obsédés par la peur de la dégradation de la situation économique, nous ne percevons pas le délabrement démocratique. "

Jean-Claude Raspiengeas

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