Une nouvelle recherche menée par la faculté de médecine Keck de l’USC et publiée dans le American Journal of Preventive Medicine révèle qu’une mauvaise qualité de sommeil en fin de grossesse est liée à des poids de naissance plus faibles, suivis d’une augmentation de poids prononcée chez les enfants entre un et deux ans.
La santé du sommeil pendant la période périnatale et l’expansion de l’obésité infantile constituent des défis de santé publique majeurs. Les statistiques mondiales concernant l’obésité chez les enfants et les adolescents ont connu une multiplication par plus de deux entre 1990 et 2022, touchant à présent plus de 390 millions de jeunes âgés de 5 à 19 ans, selon les données relayées par l’agence de presse Infosalus. Si de multiples travaux ont déjà établi un lien entre les troubles du repos nocturne et des pathologies telles que le diabète ou les maladies cardiovasculaires, l’incidence exacte des nuits agitées durant la gestation sur le métabolisme de la descendance restait à préciser, en particulier au sein des populations hispaniques aux États-Unis, historiquement plus exposées au surpoids.
Le suivi de la cohorte MADRES et l’évaluation du sommeil maternel
L’étude récente s’est appuyée sur l’analyse de 645 duos mère-enfant issus de la cohorte prospective de recherche sur le développement et les risques materno-infantiles face aux facteurs de stress environnementaux et sociaux, baptisée MADRES, établie à Los Angeles. Les scientifiques ont mesuré la qualité du repos nocturne durant le dernier trimestre de la grossesse en s’appuyant sur le questionnaire de l’échelle de sommeil de Jenkins.
Les observations cliniques ont mis en évidence que si une grande partie des participantes déclarait des perturbations légères ou modérées, les mères présentaient une mauvaise qualité de sommeil. Les mensurations corporelles des nourrissons et des jeunes enfants ont ensuite été recueillies lors de consultations de suivi à l’Université du Sud de la Californie ou extraites directement des dossiers médicaux disponibles.
L’évolution pondérale des nourrissons jusqu’à l’âge de deux ans
L’analyse détaillée des trajectoires de croissance révèle un phénomène contrasté selon l’âge de l’enfant. Les nouveau-nés et les nourrissons dont les mères avaient rapporté les nuits les plus agitées présentaient des poids inférieurs de la naissance jusqu’à l’âge de six mois. Toutefois, la tendance s’inverse nettement au cours de la deuxième année de vie.
Cet écart de masse corporelle devient manifeste dès la fin de la première année :
- À l’âge d’un an, la différence de poids mesurée s’élevait à 346,7 grammes en faveur des enfants exposés à ces perturbations in utero.
- Le pic d’écart a été enregistré à l’âge de 17 mois, atteignant une variation de 751,5 grammes.
- Ce profil de croissance marqué par un poids plus faible au début suivi d’une augmentation rapide a touché plus particulièrement les garçons nés à terme.
Les chercheurs soulignent que ces corrélations persistent indépendamment d’autres variables environnementales ou comportementales classiques, telles que les méthodes d’alimentation infantile précoces documentées par l’organisme de santé.
Les mécanismes biologiques et les perspectives de prévention prénatale
Pour expliquer ces variations morphologiques, la communauté scientifique se tourne vers l’hypothèse d’une programmation fœtale au cours de fenêtres développementales sensibles. Carrie V. Breton, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Washington à Saint-Louis et professeure adjointe au département des sciences de la population et de la santé publique de la faculté de médecine Keck de l’USC, a déclaré que ses recherches soutenaient l’idée que les expositions survenant pendant les fenêtres critiques du développement de la grossesse pouvaient programmer la santé de la descendance, et a ajouté que plusieurs mécanismes biologiques pouvaient lier la qualité du sommeil en fin de grossesse aux trajectoires pondérales des enfants, dans des propos rapportés par la publication spécialisée.

Carrie V. Breton, professeure et autrice principale de l’étude, a indiqué via Infosalus que la mauvaise qualité du sommeil pouvait affecter la programmation de la santé métabolique maternelle ou infantile, ou des deux, ce qui pourrait à son tour perturber la distribution de la masse grasse néonatale et provoquer des profils lipidiques anormaux ou une inflammation accrue.
Face à ces constats, l’intégration systématique de bilans du sommeil au sein des parcours de soins prénataux ordinaires pourrait offrir un levier d’action pour identifier précocement les grossesses à risque et protéger à terme la santé métabolique des futures générations.
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