La NASA évacue son complexe de communications spatiales à Madrid

La NASA a évacué son complexe de communications spatiales profondes de Madrid vendredi dernier suite à des incendies de forêt incontrôlables en Espagne. L’agence a transféré le support des opérations de mission vers le site de Goldstone en Californie pour maintenir la liaison avec ses sondes et télescopes interstellaires.

Le feu a entouré les radiotélescopes, laissant des images spectaculaires de fumée et de flammes autour des installations. Si la NASA a confirmé l’évacuation réussie de tout son personnel, l’impact réel sur les équipements sensibles reste une inconnue. Un porte-parole de l’agence a précisé par courriel à Wired que tout dommage potentiel sera évalué dès qu’il sera sûr de le faire, avec une possible inspection du site dès samedi.

Une urgence climatique touchant Robledo de Chavela et Cebreros

L’incendie s’est déclaré près de Madrid, dans une région frappée par une vague de chaleur estivale et une sécheresse chronique. L’Espagne a déclaré l’état d’urgence alors que des ordres d’évacuation concernaient 60 000 personnes, incluant la municipalité de Robledo de Chavela, où se situe le complexe de la NASA. Selon Arstechnica, l’évacuation a également touché la station de suivi de Cebreros, une installation appartenant au gouvernement espagnol et à l’Agence spatiale européenne (ESA), située à quelques milles du site américain.

Deep Space Network Command Center
Photo: space.com

Le déploiement pour combattre les flammes a mobilisé plus de 2 000 personnels et 10 avions, d’après des rapports de Reuters cités par Arstechnica. Cette crise s’inscrit dans un contexte européen plus large : en France, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a alerté la chaîne Tf1 sur un incendie extrêmement difficile à maîtriser progressant vers la zone métropolitaine de Bordeaux. Au total, environ 200 000 personnes ont été évacuées entre les deux pays.

Le Deep Space Network réduit à une seule antenne de 70 mètres

Le Deep Space Network (DSN) est décrit par la NASA comme le système de télécommunications scientifiques le plus grand et le plus sensible au monde. Il repose normalement sur trois sites répartis tous les 120 degrés autour du globe : Madrid, Canberra en Australie et Goldstone en Californie. L’indisponibilité du site espagnol crée une vulnérabilité critique pour le réseau.

NASA medical evacuation from space station underway

Actuellement, le DSN ne dispose plus que d’une seule antenne opérationnelle de 70 mètres, celle située en Australie. L’antenne équivalente de Californie est hors service depuis l’année dernière suite à un accident d’« over-rotation » de la structure. Cet incident a provoqué l’inondation de la base de l’antenne avec 200 000 gallons d’eau contenant du glycol, un risque environnemental. Le coût des réparations et du nettoyage est estimé entre 4,1 et 4,6 millions de dollars, et l’équipement ne devrait pas être opérationnel avant 2028.

Liaisons critiques : Voyager 1 et le télescope James Webb

Le rôle du DSN est vital car il gère des signaux d’une faiblesse extrême. Selon la fiche technique du réseau, la puissance d’un signal provenant des planètes extérieures peut être 20 milliards de fois plus faible que le niveau de puissance d’une pile de montre numérique moderne. Sans Madrid, la NASA a transféré le support des opérations vers Goldstone pour assurer la continuité des communications avec des actifs majeurs :

A black and white photo of Australian technicians operating and monitoring systems for the 26-meter (85-foot) antenna at the
Photo: nasa.gov
  • Voyager 1 : L’objet humain le plus distant du système solaire.
  • Télescope spatial James Webb : Transfert de données scientifiques.
  • Voyager 2 et Juno : Exploration de l’espace interstellaire et de Jupiter.

L’infrastructure ne sert pas uniquement à la NASA ; elle supporte également des engins spatiaux de l’Agence spatiale japonaise, de l’Agence spatiale indienne et de l’ESA.

L’ombre du programme Artemis et les échéances de 2028

L’absence temporaire de Madrid et l’indisponibilité prolongée de l’antenne californienne pourraient poser problème pour les futures missions lunaires. Les missions Artemis exigent une forte demande en télémétrie et en téléchargement d’images pour le vol humain. Pour l’instant, Artemis III doit voler en orbite terrestre basse pour tester la capsule Orion avec desK landeurs commerciaux de SpaceX et Blue Origin.

Photo: wired.com

L’enjeu majeur se situe en 2028, date ciblée pour Artemis IV, le premier alunissage prévu avec des astronautes. Cette échéance coïncide avec la date de remise en service prévue pour l’antenne de 70 mètres de Californie. La capacité du DSN à synchroniser le retour de ses infrastructures terrestres avec le calendrier lunaire sera déterminante.

Un héritage technique depuis 1958

Le réseau actuel est l’héritier de stations de suivi portables déployées dès janvier 1958 au Nigeria, à Singapour et en Californie pour le satellite Explorer 1. Le modèle de gestion centralisée a été adopté pour éviter que chaque projet spatial n’ait à opérer son propre réseau. Cette architecture a permis des exploits historiques, comme la réception des communications de surface lors de l’alunissage d’Apollo 11 le 20 juillet 1969.

NASA’s Deep Space Network

Le DSN a également joué un rôle crucial lors d’Apollo 13, permettant le retour des astronautes grâce à la plus grande antenne du réseau et au télescope de Parkes en Australie. Plus récemment, en 2017, les mesures du DSN lors de la chute finale de la sonde Cassini dans Saturne ont permis aux chercheurs de calculer la masse de l’anneau B de la planète.

La sécurité et le bien-être de notre personnel sont notre priorité absolue et nos pensées accompagnent les familles et les voisins qui subissent également l’impact des incendies de forêt dans les communautés environnantes. NASA, via Arstechnica

Les incendies de forêt dans les communautés environnantes ont forcé la NASA à suspendre temporairement certaines opérations pour prioriser la sécurité de ses équipes et des résidents locaux.

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