Long COVID : des chercheurs de Toronto lient fatigue et dommages neuronaux

Des chercheurs de Toronto ont découvert la preuve biologique la plus solide à ce jour liant le long COVID à des dommages sur les neurones dopaminergiques du cerveau. Publiée dans la revue EBioMedicine et menée par Yuhan Karida Liu aux côtés de chercheurs de l’Université de Toronto, l’étude dirigée par le Centre for Addiction and Mental Health associe directement ces pertes neuronales à la fatigue, au ralentissement moteur et au brouillard mental.

Une nouvelle étude d’imagerie cérébrale apporte un éclairage inédit sur les causes physiologiques du long COVID, un syndrome qui touche environ cinq pour cent de la population mondiale et près de deux millions de personnes au Canada. En examinant l’activité biologique à l’aide de la tomographie par émission de positons, ou PET scan, des scientifiques du Centre for Addiction and Mental Health ont mesuré une baisse significative d’un marqueur clé associé à la santé des neurones qui libèrent la dopamine.

Des réductions mesurables dans le striatum observées par les chercheurs

Les examens réalisés auprès de 24 personnes atteintes de long COVID ont révélé des niveaux inférieurs d’une protéine appelée transporteur vésiculaire des monoamines de type 2, ou VMAT2, dans plusieurs zones cruciales du cerveau, par rapport à des participants guéris sans symptômes durables. La diminution la plus prononcée a été localisée dans le striatum ventral, où les niveaux étaient inférieurs d’environ 20 pour cent. Les chercheurs ont également relevé une baisse d’environ 16 pour cent dans le putamen dorsal.

Ces régions cérébrales régissent la motivation, le mouvement, l’attention et la mémoire. L’équipe a établi des corrélations directes entre les diminutions observées et les symptômes spécifiques rapportés par les patients. Les baisses dans le striatum ventral coïncidaient avec une perte de motivation accrue, tandis que les réductions dans le putamen dorsal et le striatum caudé s’alignaient respectivement sur le ralentissement des mouvements et les difficultés de mémorisation.

Nos résultats fournissent des preuves irréfutables que le long COVID implique la perte de neurones libérant de la dopamine. Dr. Jeffrey Meyer, scientifique senior au Brain Health Imaging Centre

Le Dr. Jeffrey Meyer, auteur senior de l’étude et titulaire d’une chaire de recherche au Canada, a souligné que ce type de lésion est bien connu pour engendrer un manque de motivation et un ralentissement moteur dans d’autres contextes neurologiques, une formulation reprise par l’équipe lorsqu’elle a indiqué que ce type de lésion est bien connu pour produire des symptômes tels qu’un manque de motivation et un ralentissement moteur, et peut contribuer à des difficultés de mémoire dans d’autres conditions neurologiques.

Le lien potentiel entre l’inflammation cérébrale et la perte neuronale

Ces travaux récents prolongent une recherche antérieure menée par la même équipe canadienne, qui avait mis en évidence des niveaux d’inflammation exceptionnellement élevés dans les zones cérébrales riches en neurones dopaminergiques. Bien que ces études successive suggèrent qu’une inflammation persistante post-infection puisse léser les cellules nerveuses impliquées dans la signalisation de la dopamine, la prudence reste de mise. Les auteurs rappellent qu’il est impossible d’affirmer avec certitude que l’inflammation a directement provoqué les changements observés lors de la dernière imagerie, ni de déterminer si ces altérations sont permanentes.

A Covid-19 patient in South Africa in 2020. (Photo: Rodger Bosch/AFP via Getty Images)
Photo: eastleighvoice.co.ke
Long-COVID Related Brain Fog , Fatigue, and Mental Health Changes

La portée de l’étude demeure limitée par sa taille restreinte de 24 participants. Les chercheurs insistent sur la nécessité de mener des investigations plus vastes pour confirmer l’étendue de ces modifications biologiques dans la population globale touchée. Néanmoins, ces constats apportent une validation concrète à des millions de malades confrontés à des symptômes invalidants et souvent invisibles.

Pendant cinq ans, j’ai cherché des réponses sur ce qui m’est arrivé après avoir contracté la COVID en 2021. C’était une perte écrasante de la vie que j’avais et de la personne que j’étais avant. Susan Deuville, conseillère de recherche vécue auprès de l’équipe du Dr. Meyer

Vers des essais cliniques ciblant le système dopaminergique

L’identification de cette perturbation dans le système de la dopamine ouvre des perspectives thérapeutiques inédites. Alors que la plupart des essais cliniques antérieurs se concentraient exclusivement sur la modulation globale de l’immunité ou de l’inflammation, cette découverte suggère qu’il pourrait être prometteur de réutiliser des médicaments qui renforcent la fonction des neurones dopaminergiques, incluant les précurseurs de la dopamine et les inhibiteurs de son métabolisme.

Long COVID : des chercheurs de Toronto lient fatigue et dommages neuronaux
Photo: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/mental-disorders

Faisant suite à ces observations, les chercheurs prévoient d’amorcer un essai clinique dans les prochains mois afin d’évaluer si une intervention ciblant directement l’activité de la dopamine peut atténuer la fatigue chronique, restaurer la motivation et améliorer les capacités cognitives des patients aux prises avec le long COVID.

Long Covid: Film 2.3 – Fatigue Workshop, Brain Fog

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