Elbit Systems a fondé l’entreprise dérivée Fuse pour développer des essaims de robots terrestres et de drones aériens destinés à réduire les risques humains au combat. Dirigée par Eyal Dahan, cette nouvelle structure combine la technologie de pointe d’Elbit avec l’agilité d’une startup pour répondre aux besoins changeants des forces armées modernes.
La transformation du champ de bataille moderne pousse les industries de défense à repenser entièrement l’architecture des forces terrestres. Les conflits récents démontrent que l’envoi de soldats humains en première ligne cède progressivement la place à une coordination étroite entre robots terrestres, véhicules aériens sans pilote et intelligence artificielle. C’est précisément dans cette optique que le groupe Elbit Systems a choisi de restructurer ses activités en créant une filiale dédiée aux technologies autonomes.
L’essor de Fuse face aux exigences des conflits modernes
Alors que les fabricants d’armement se concentraient traditionnellement sur des systèmes lourds et complexes, l’évolution tactique exige aujourd’hui une production rapide de dispositifs plus petits, moins coûteux et capables de s’adapter à des spécifications techniques changeantes. Pour répondre à cette exigence de réactivité, Elbit a opéré un choix stratégique inhabituel en créant une entité indépendante de type startup, baptisée Fuse, plutôt que d’absorber une jeune pousse externe.
La nouvelle structure regroupe des expertises issues de quatre départements distincts d’Elbit : la société de recherche Pearls of Wisdom, l’entreprise de drones Flying Production, une unité de développement technologique autonome et la société d’autonomie terrestre BWR, également connue sous le nom de Blue White Robotics.
Elbit a réalisé qu’elle est une sorte de navire de charge lourd ou de porte-avions qui n’est pas toujours adapté aux manœuvres rapides requises sur le marché d’aujourd’hui. Habituellement, les grandes entreprises achètent et intègrent. Ici, pour la première fois, Elbit comprend que quelque chose de profond se produit sur le marché et fait le contraire : elle établit une entreprise dans l’environnement de la technologie de défense qui fonctionne beaucoup plus rapidement et avec plus d’agilité. Eyal Dahan, directeur général de Fuse, via Ynetnews
La stratégie du « zéro sang au premier contact » et le concept One2Many
L’objectif opérationnel affiché par la direction de l’entreprise repose sur un principe clair : épargner les vies humaines lors des premiers engagements face à l’ennemi. Selon le directeur général Eyal Dahan, l’idée directrice consiste à faire en sorte que les systèmes autonomes absorbent les tirs initiaux, ouvrent les voies et neutralisent les menaces avant que les troupes ne progressent sur le terrain.
Pour concrétiser cette vision, l’entreprise déploie le concept opérationnel One2Many. Ce système s’appuie sur une plateforme logicielle centralisée mue par l’intelligence artificielle, permettant à un seul opérateur humain de piloter simultanément un essaim composé de dizaines ou de centaines de vecteurs aériens et terrestres. Les robots peuvent ainsi pénétrer les bâtiments lors de combats urbains pour effectuer des repérages, tandis que les véhicules terrestres ou les drones aériens ouvrent les zones ouvertes. Lors d’une présentation de ses chaînes de production en Israël visité par les journalistes de UA.NEWS, la société a également exposé cinq versions du drone Firefox, des drones FPV, des appareils camouflés sous forme d’objets naturels, des modèles de portées variées ainsi que des systèmes guidés par laser.
Acquisition de Blue White Robotics et expansion internationale
Fondée en 2017, cette société s’était initialement spécialisée dans l’agriculture en transformant des tracteurs et des camions en robots autonomes capables de travailler dans les vergers et les champs ouverts, avant d’étendre son expertise aux flottes de véhicules terrestres intelligents.
Les solutions de l’entreprise affichent un parcours opérationnel conséquent, avec plus d’un million d’heures de vol et plus de 100 000 heures de fonctionnement terrestre autonome, d’après les informations diffusées par UA.NEWS. La structure emploie environ 210 collaborateurs répartis sur trois sites principaux, dont une forte proportion d’ingénieurs — ou 160 employés dont 110 au site principal et une grande proportion d’ingénieurs selon UA.NEWS —, et dispose d’un carnet de commandes évalué à plusieurs centaines de millions de dollars.
Cette technologie équipe déjà divers clients à l’international. L’organisation a notamment remporté le projet MRR pour l’armée américaine, mis en place des lignes d’assemblage aux États-Unis pour des milliers de drones tactiques, et collabore avec les forces spéciales britanniques ainsi que les ministères de la Défense autrichien, tchèque et philippin, indique la même source.
Le maintien du contrôle humain et les perspectives de déploiement
Malgré l’automatisation poussée des plateformes, les représentants de l’entreprise rappellent que la décision finale d’engager une cible doit impérativement rester entre les mains des opérateurs humains. Cette exigence vise à réduire les risques de dommages collatéraux et garantit que les algorithmes d’intelligence artificielle ne constituent pas le maillon décisionnel final lors d’une attaque. Selon les représentants d’Elbit relayés par UA.NEWS, les opérations défensives nécessitent généralement moins de personnel pour gérer les essaims, tandis que les offensives peuvent exiger un nombre de militaires plus important selon la mission, le PDG Eyal Dagan soulignant par ailleurs que l’utilisation de masse des robots et des drones ne remplacera pas totalement les militaires.

Parallèlement, les forces armées israéliennes poursuivent leur transition technologique. Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général de corps d’armée Eyal Zamir, a indiqué qu’une nouvelle unité dédiée aux robots, aux drones et aux systèmes de combat pilotés par l’intelligence artificielle devait être mise en place d’ici la fête de Hanoucca en décembre. De son côté, Fuse développe également des applications maritimes pour étendre ses essaims robotiques au domaine naval.
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