La plus grande introduction en Bourse de l’histoire africaine se prépare à Lagos, alors que Dangote Petroleum Refinery s’apprête à lever environ 5 milliards de dollars. L’opération, qui débutera autour du 14 septembre 2026, vise à financer le doublement de la capacité du site nigérian et le développement d’un nouveau projet d’envergure au Kenya.
Le groupe industriel dirigé par Aliko Dangote franchit une étape décisive pour son expansion financière et industrielle. Les documents relatifs à l’introduction en Bourse de la raffinerie de Lagos ont été signés le 7 septembre 2026, donnant le coup d’envoi d’une opération d’envergure continentale. Cette entrée sur le marché boursier intervient après un placement privé réussi en juillet, au cours duquel l’entreprise a sécurisé 2,5 milliards de dollars auprès d’un cercle restreint d’investisseurs. Un engagement de souscription de 400 millions de dollars a également été pris par Lilium Capital Group et Marob Strategies and Consulting DIFC Limited, agissant comme co-conseillers financiers.
Une valorisation boursière record et des ambitions de financement à Lagos
La raffinerie, dont la construction a nécessité environ 19 milliards de dollars selon le prospectus officiel, affiche une valeur estimée à 39,1 milliards de dollars. L’opération publique prévoit la création de 4,1 milliards d’actions nouvelles au prix unitaire de 525 nairas, soit environ 0,385 dollar. En ne cédant que 3,3 % de son capital, l’entreprise anticipe de lever près de 1,55 milliard de dollars nets de frais, un mécanisme qui illustre la puissance de sa valorisation actuelle.
Cette levée de capitaux arrive à un moment charnière. Après une perte de 475,8 millions de dollars en 2025, le site a dégagé un bénéfice de 1,82 milliard de dollars au premier semestre 2026. David Bird, directeur général de la raffinerie, a précisé que l’entreprise ne poursuivra pas de cotation sur un marché boursier étranger pendant au moins trois ans, préférant consolider son assise financière au Nigeria avant d’élargir ses horizons internationaux.
Le doublement de la capacité de production et les objectifs industriels
Les fonds récoltés à travers l’introduction en Bourse serviront directement à financer la deuxième phase d’expansion du complexe de Lagos. Après avoir atteint sa pleine capacité nominale de 650 000 barils par jour en février 2026 et testé une production à 700 000 barils, le groupe vise un objectif beaucoup plus vaste.

Aliko Dangote, président du groupe Dangote Industries, a déclaré que leur rêve était de veiller à doubler la capacité de la raffinerie, ce qui les amènerait à 1,4 million de barils par jour.
Pour atteindre ce seuil de 1,4 million de barils par jour, les dépenses d’investissement s’annoncent massives. Parallèlement, le groupe prépare une cotation secondaire de Dangote Cement Plc à la Bourse de Londres en octobre pour diversifier ses sources de financement.
Le nouveau projet de raffinerie à Lamu et ses défis d’approvisionnement en Afrique de l’Est
Pendant que le marché nigérian se mobilise pour l’offre publique de vente, le conglomérat regarde vers l’est du continent. Le groupe prévoit de lancer la construction d’une nouvelle raffinerie d’une capacité de 700 000 barils par jour à Lamu, un port en eaux profondes au Kenya. La cérémonie de pose de la première pierre est programmée pour le 30 septembre 2026, avec un coût estimé entre 15 et 16 milliards de dollars et une mise en service visée d’ici 2030.

Ce projet d’implantation en territoire kényan soulève toutefois des interrogations majeures de la part des observateurs économiques. Contrairement au Nigeria, le Kenya ne dispose pas actuellement d’une production commerciale de pétrole brut. Les promoteurs misent sur un approvisionnement régional combinant des gisements kényans potentiels, la production ougandaise et celle du Soudan du Sud. Pourtant, l’infrastructure de transport fait défaut : aucun oléoduc opérationnel ne relie ces bassins au port de Lamu, l’Ouganda acheminant son pétrole vers la Tanzanie et le Soudan du Sud exportant traditionnellement via le Soudan.
Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries, a écarté ces craintes en affirmant qu’il n’y avait aucun obstacle réglementaire ou financier majeur à surmonter. Du côté des analystes, la prudence reste de mise. Kaase Gbakon, économiste pétrolier et ancien représentant de la compagnie nationale nigériane NNPC, souligne que le groupe recherche près de 40 milliards de dollars au total entre 2025 et 2030 pour l’ensemble de ses grands chantiers énergétiques, ce qui pourrait transformer la levée de fonds pour Lamu en un défi redoutable. Brendon Verster, économiste senior chez Oxford Economics, met en garde contre le risque de voir le projet devenir un éléphant blanc très coûteux s’il n’est pas exécuté avec rigueur.
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