Les clichés récemment traités de la région d’Arabia Terra offrent une perspective inédite sur l’un des secteurs les plus anciens de l’hémisphère nord martien, estimé à plus de 3,7 milliards d’années. Prises par la caméra stéréographique à haute résolution (HRSC) de Mars Express lors de son orbite numéro 26 233 le 12 octobre 2024, ces données démontrent l’intérêt constant du retraitement d’archives scientifiques anciennes pour extraire des détails topographiques et chromatiques insoupçonnés.
Arabia Terra et les cicatrices géologiques de Mars
Au cœur de cette composition se trouve le cratère Trouvelot, un bassin d’impact mesurant environ 130 kilomètres de large. Son contour adouci et son fond parsemé de plus petits cratères témoignent d’une histoire géologique complexe marquée par des bombardements répétés. Juste à côté, un bassin encore plus ancien présente un rebord presque entièrement effacé, recoupé par l’impact postérieur de Trouvelot. Le sol de ces dépressions abrite des roches volcaniques sombres riches en magnésium et en fer, redistribuées au fil du temps par les vents et la gravité.
Ses images montrent tout, des crêtes et rainures sculptées par le vent aux dolines sur les flancs de volcans colossaux, en passant par des cratères d’impact, des failles tectoniques, des chenaux fluviaux et d’anciens bassins de lave. Agence spatiale européenne, via Space.com
La mission MMX et les mystères de Déimos
Pendant que Mars Express scrute les cratères de la surface, l’exploration des lunes martiennes franchit une nouvelle étape. Ces observations alimentent la préparation de la mission MMX de l’Agence spatiale japonaise (JAXA), à laquelle participent activement la France et l’Allemagne à travers le CNES et le DLR. Le lancement vers Phobos et Déimos est programmé pour octobre 2026, avec une arrivée dans le système martien prévue en août 2027.
L’objectif de cette mission est de collecter pour la première fois de l’histoire des échantillons des satellites naturels de Mars afin de trancher l’énigme de leur origine. Patrick Michel, directeur de recherche CNRS à l’Observatoire de la Côte d’Azur, souligne que leurs orbites quasi circulaires rappellent la formation de la Lune terrestre à la suite d’un impact géant, tandis que leurs signatures spectrales les rapprochent plutôt d’astéroïdes primitifs capturés depuis la ceinture principale.
Le défi technologique du rover Idefix
Une fois sur place, la sonde MMX larguera un petit véhicule roulant franco-allemand baptisé Idefix. Conçu pour parcourir une centaine de mètres en deux mois à une vitesse limitée à 1 millimètre par seconde, ce robot doit surmonter les difficultés liées à la très faible gravité et aux éclipses solaires répétées causées par la proximité immédiate de la planète rouge.

Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du Système solaire au CNES, rappelle l’expertise de la JAXA en matière de retour d’échantillons, démontrée avec succès par les missions Hayabusa 1 et Hayabusa 2 sur les astéroïdes Itokawa et Ryugu en 2010 et 2020. Si la mission réussit, les dix grammes de matière prélevés sur Phobos et ramenés sur Terre pourraient même contenir des micrométéorites d’origine martienne.
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