Pluton : Jared Isaacman relance le débat sur son statut de planète

Vingt ans après le vote de l’Union astronomique internationale qui a rétrogradé Pluton au rang de planète naine, le débat sur son statut agite à nouveau la communauté scientifique. L’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a récemment déclaré son soutien au mouvement visant à réhabiliter l’astre, relançant les discussions mondiales sur la définition même d’une planète.

L’histoire moderne de Pluton commence en février 1930, lorsque le jeune astronome américain Clyde Tombaugh découvre le petit corps glacé depuis l’observatoire Lowell, en Arizona. Pendant plus de sept décennies, les écoliers du monde entier apprennent que le système solaire compte neuf planètes, la dernière étant ce monde lointain et sombre nommé d’après le dieu romain des enfers. Cependant, l’accumulation de découvertes au début des années 2000 bouscule cette certitude bien établie.

La situation bascule précisément en 2005, lorsqu’une équipe d’astronomes met au jour Éris, un objet glacé situé au-delà de Neptune, doté d’un diamètre légèrement inférieur à celui de Pluton mais d’une masse supérieure d’environ vingt-cinq pour cent. Face au risque de voir se multiplier les planètes à mesure que de nouveaux corps similaires seraient découverts dans la faixa de Kuiper, l’Union astronomique internationale (IAU) décide d’agir. Lors de sa 26e Assemblée générale réunie à Prague, l’organisation adopte une résolution instituant une définition scientifique rigoureuse.

Les critères contestés de l’Union astronomique internationale

Selon la règle fixée par l’UAI, un corps céleste doit remplir trois conditions impératives pour prétendre au titre de planète : il doit orbiter autour du Soleil, posséder une masse suffisante pour adopter une forme quasi sphérique sous l’effet de sa propre gravité, et avoir ripulito – ou nettoyé – son voisinage orbital des autres débris et planétésimaux.

Pluton valide les deux premiers critères mais échoue au troisième, car elle partage sa région avec des milliers d’autres objets glacés. Ce déclassement en août 2006 provoque immédiatement une vague d’indignation publique et une contestation notable au sein même de la communauté scientifique. Moins de cinq pour cent des astronomes mondiaux, majoritairement non spécialisés en planétologie, participent à ce vote décisif, ce qui irrite durablement de nombreux experts du secteur.

Perché non c’è ancora una definizione certa di cosa sia un pianeta
Photo: nationalgeographic.it

Les critiques adressées à cette définition proviennent de divers horizons académiques. Paul Byrne, astronome planétaire à la Washington University de St. Louis, soutient que la classification devrait reposer sur des critères géophysiques plutôt que sur la localisation ou la domination orbitale d’un astre. Selon cette perspective, tout corps suffisamment massif pour acquérir une sphéricité propre, développer un intérieur différencié et manifester des processus actifs comme le volcanisme ou une atmosphère devrait être qualifié de planète.

Ravi Kumar Kopparapu, planétologue au Goddard Space Flight Center de la NASA, a fait remarquer que ni la Terre ni Jupiter n’ont nettoyé leurs propres orbites.

D’autres chercheurs soulignent les contradictions inhérentes aux critères actuels. Ravi Kumar Kopparapu, planetologue au Goddard Space Flight Center de la NASA, fait valoir que les planètes majeures elles-mêmes cohabitent avec de nombreux astéroïdes le long de leurs trajectoires. De plus, la définition initiale ignore totalement les milliers d’exoplanètes découvertes autour d’autres étoiles, obligeant l’IAU à adopter en 2018 une directive distincte pour ces mondes lointains.

Les révélations de la sonde New Horizons et les divisions persistantes

L’argumentaire en faveur de Pluton s’est considérablement renforcé grâce à l’exploration spatiale. Lancée par la NASA en janvier 2006, la sonde New Horizons survole le système plutonien en juillet 2015. Les données et les images transmises révèlent un monde géologiquement fascinant et complexe, doté de montagnes de glace, de glaciers d’azote actifs et d’une vaste plaine non cratérisée baptisée Sputnik Planitia, témoignant d’une surface en perpétuelle transformation.

Pluton : Jared Isaacman relance le débat sur son statut de planète
Photo: tech.everyeye.it
Il pianeta che è stato licenziato: perché Plutone ha perso il suo titolo dopo 76 anni.

Alan Stern, responsable scientifique de cette mission historique et éminent défenseur du monde glacé, n’a jamais accepté la décision de l’UAI. Pour lui et pour d’autres planétologues, la distinction entre planète et planète naine présente autant de pertinence que de différencier les étoiles des prétendues naines. Les répercussions émotionnelles et culturelles demeurent également vives, comme en témoigne le point de vue d’Alice Zurlo, astrofisique à l’Universidad Diego Portales au Chili :

Alice Zurlo, astrophysiquesse auprès de l’Universidad Diego Portales (UDP) au Chili, a déclaré que cela la rendait encore triste et que pour elle, Pluton serait toujours une planète.

Le mouvement de réhabilitation soutenu par l’administration de la NASA

Vingt ans après son déclassement officiel, la question du statut de Pluton revient au premier plan institutionnel. Au cours d’une audition devant le Sénat américain, Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a ouvertement affiché sa position en déclarant son adhésion au mouvement Make Pluto a Planet Again, signalant qu’il étudiait la possibilité d’un retour en arrière pour l’ancien neuvième membre du système solaire.

Pluton : Jared Isaacman relance le débat sur son statut de planète
Photo: Focusjunior

Malgré ce soutien de poids venu de la direction de l’agence spatiale américaine, la perspective d’un changement institutionnel immédiat suscite des avis partagés. Interrogé par les médias, Alain Doressoundiram, directeur adjoint du Laboratoire d’instrumentation et de recherche en astrophysique de l’Observatoire de Paris, estime qu’un nouveau vote formel au sein de l’UAI reste improbable en raison d’un consensus persistant parmi les instances de l’organisation.

La discussion dépasse désormais le cas individuel de Pluton pour interroger la capacité de la science moderne à classer la diversité infinie des corps célestes.

Plutone era un pianeta… perché gliel’hanno tolto? 😱 20 anni dopo

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