Évacuation du personnel de l’île Macquarie face à la grippe aviaire

L’Australie évacue l’intégralité de son personnel de l’île Macquarie, située dans l’océan Austral, par crainte d’une épizootie de grippe aviaire H5. Menée par le brise-glace RSV Nuyina, cette mission inédite vise à épargner aux 24 expeditionnaires de graves risques psychologiques face à une mortalité animale massive attendue au printemps.

L’administration australienne s’apprête à retirer les vingt-quatre scientifiques, techniciens et agents de soutien présents sur la station de recherche de l’île Macquarie, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Située à environ 1 500 kilomètres au sud-est de Hobart, cette réserve faunistique abrite des millions d’oiseaux marins et près de 100 000 phoques. Bien que l’île soit actuellement exempte de la souche hautement pathogène du virus H5, les autorités redoutent son introduction imminente lors de la saison de reproduction des éléphants de mer, qui s’étend de septembre à novembre.

Une menace psychologique inédite pour le personnel

La décision de rapatrier l’équipe ne repose pas sur un danger sanitaire direct pour l’être humain, jugé faible par les autorités, mais sur la détresse psychologique que provoquerait un tel événement. La station scientifique est implantée à proximité immédiate d’une colonie de 2 500 éléphants de mer. L’arrivée du virus pourrait décimer une part considérable des nouveau-nés, transformant les abords immédiats de la base en zone de mortalité massive.

Évacuation du personnel de l'île Macquarie face à la grippe aviaire
Photo: Newsofbahrain

M. Sullivan a souligné que le personnel serait confiné sur la base au milieu de milliers de carcasses, subissant non seulement le choc visuel et olfactif des décès, mais aussi une qualité de l’air altérée sur une longue période.

Le précédent tragique des îles Heard et McDonald

Les craintes d’Ottawa et de Canberra s’appuient sur des données de terrain recueillies récemment dans d’autres territoires sous juridiction australienne. Durant l’été austral, la grippe aviaire a frappé l’île Heard et les îles McDonald, distantes d’environ 4 000 kilomètres du continent. Les analyses menées par le Programme antarctique australien ont révélé un taux de mortalité particulièrement lourd chez les mammifères marins et les oiseaux.

Évacuation du personnel de l'île Macquarie face à la grippe aviaire
Photo: Pulsetasmania

Les relevés par drones effectués en octobre et janvier ont ainsi estimé que la mortalité moyenne des jeunes éléphants de mer atteignait 76 pour cent, grimpant jusqu’à 97 pour cent dans certaines zones surveillées. Au total, ce sont environ 13 000 chiots qui ont péri sur l’île Heard, où six espèces de vertébrés ont présenté des tests positifs pour la souche H5N1 du clade 2.3.4.4b, d’après les échantillons analysés par l’Australian Centre for Disease Preparedness du CSIRO.

Une opération logistique orchestrée par le RSV Nuyina

Pour mener à bien cette extraction avant le pic de la saison de reproduction, le navire océanographique et brise-glace RSV Nuyina quittera sa zone de maintenance à Singapour pour rallier l’île Macquarie au cours du mois de septembre ou au début d’octobre. Ce calendrier permet de soustraire l’équipage avant l’arrivée massive des animaux tout en libérant le navire pour sa campagne de ravitaillement des bases antarctiques prévue plus tard dans la saison.

The deaths of seals and other wildlife on the doorsteps of expeditioners would be harrowing and cause hazards, officials say
Photo: RNZ

L’absence de personnel ne signifiera pas l’arrêt total des activités scientifiques. Cette organisation permettra également de maintenir les engagements internationaux de la station, notamment en matière de surveillance sismique et de suivi pour le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, relayé par l’ARPANSA.

Une première fermeture temporaire depuis 1948

Établie en 1948, la station de l’île Macquarie n’avait jamais connu d’interruption totale de sa présence humaine annuelle. Le départ des vingt-quatre agents marque ainsi une rupture historique dans l’histoire de la recherche subantarctique australienne.

Macquarie Island staff evacuating due to 'psychological risk' of bird flu | ABC NEWS

Pour l’heure, les autorités précisent que les trois autres bases permanentes situées sur le continent antarctique ne font pas l’objet de mesures similaires, leurs configurations géographiques n’exposant pas les scientifiques à une promiscuité aussi directe avec les colonies de pinnipèdes. Les expéditionnaires de Macquarie, quant à eux, devront plier bagage après seulement cinq mois passés sur place.

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