Plus de 15 000 femmes au Royaume-Uni développent chaque année un stress post-traumatique non diagnostiqué après l’accouchement, selon une étude publiée le 28 août 2026 dans le British Journal of General Practice. Les chercheurs de l’Université d’East Anglia alertent sur une confusion fréquente avec la dépression post-natale.
Un angle mort des services de maternité britanniques
Des dizaines de milliers de nouvelles mères à travers la Grande-Bretagne vivent avec un trouble de stress post-traumatique (TSPT) lié à l’accouchement qui passe complètement inaperçu, d’après une analyse menée par des chercheurs de l’Université d’East Anglia. Cette défaillance des soins de santé maternelle en Angleterre, en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord touche au moins 15 000 femmes par an, un chiffre qui pourrait selon les auteurs de l’étude être deux fois plus élevé, voire davantage.
L’enquête, réalisée en collaboration avec City St George’s University of London et l’Université de Birmingham, souligne que le traumatisme psychologique consécutif à une naissance est fréquemment confondu avec une simple dépression post-natale lors des consultations médicales de routine. Une telle méprise prive les patientes d’un accompagnement psychologique spécialisé.
Des consultations de six semaines dominées par la santé du nouveau-né
Le suivi post-natal obligatoire réalisé entre six et huit semaines après la naissance souffre de limites structurelles importantes. Selon l’étude parue dans le British Journal of General Practice, le cadre actuel ne prévoit aucun outil validé pour évaluer spécifiquement le risque de TSPT lié à l’accouchement.

Dre Megan Foreman, médecin généraliste et chercheuse principale à la Norwich Medical School de l’UEA, via News-Medical a souligné que le plus grand problème est que les médecins généralistes posent en réalité un diagnostic à l’aveugle, car ils ne disposent ni des informations ni des outils nécessaires pour procéder à des évaluations appropriées.
Les médecins généralistes font face à des contraintes de temps, à des pénuries de personnel et à une pression croissante. Faute d’indicateurs précis, les praticiens posent fréquemment un diagnostic de dépression post-natale et prescrivent des antidépresseurs. Or, les données indiquent que ces traitements médicamenteux s’avèrent nettement moins efficaces que les thérapies psychologiques pour traiter un TSPT.
Les répercussions à long terme sur les familles et les grossesses futures
Les conséquences d’un traumatisme de naissance non pris en charge s’avèrent profondes et durables pour les mères et leur entourage. Les patientes concernées développent des symptômes invalidants tels que des flashbacks, des cauchemars, une anxiété persistante et un sentiment d’évitement face aux rappels de l’événement.

Certaines femmes recherchent une réassurance constante auprès des professionnels de santé pour elles-mêmes ou pour leur enfant, tandis que d’autres fuient complètement le système médical. Lors de grossesses ultérieures, ces patientes peuvent formuler des demandes de césariennes électives pour reprendre le contrôle, ou refuser des soins médicaux recommandés au point d’opter pour des accouchements à domicile en dépit de grossesses à haut risque.
Angela McConville, directrice générale de l’organisation caritative pour les parents NCT, a qualifié ces conclusions de profondément alarmantes, ajoutant que personne ne devrait atteindre le point de crise avant d’être écouté et d’avoir accès à un soutien, selon ses déclarations rapportées par Female First.
Un lien préoccupant avec la mortalité maternelle
Les chercheurs rappellent que le suicide est resté la principale cause de décès chez les femmes entre six semaines et un an après la grossesse au Royaume-Uni sur la période 2021-2023. Tout en soulignant que ces statistiques nationales ne sauraient servir à calculer la prévalence exacte du TSPT post-natal, l’équipe de recherche qualifie ces drames de tip of the iceberg
reflétant l’ampleur d’une crise de santé mentale négligée.

Face à cette situation, les auteurs de l’étude appellent à la création d’un cadre d’évaluation validé, à une meilleure formation des professionnels de première ligne et à des filières d’orientation claires vers les services de santé mentale périnatale spécialisés.
À lire aussi