Confrontés à une vague de xénophobie amplifiée par les réseaux sociaux et à un tollé en ligne, plus de 120 000 réfugiés rohingyas enregistrés en Malaisie font face à un climat d’hostilité grandissant, marqué par des expulsions de villages, des descentes policières dans les écoles et la fermeture d’établissements scolaires communautaires.
Une campagne de désinformation et une pétition record en ligne
La Malaisie, qui a longtemps servi de havre de transit ou d’accueil pour la minorité musulmane fuyant les persécutions en Birmanie, traverse une vague de discours haineux d’une rare intensité. Selon des organisations de défense des droits, la tension actuelle a germé dès la fin du mois d’avril 2026, alimentée par de fausses informations affirmant que les réfugiés réclamaient des terres et des droits spéciaux. Un climat attisé par des influenceurs locaux sur les réseaux sociaux, à l’instar du message publié le 22 juillet 2026 par un internaute affirmant que les Rohingyas s’enrichissent en mendiant et en faisant du commerce sans payer d’impôts.
Ce mécontentement virtuel a rapidement pris une tournure concrète. Une pétition en ligne lancée le 1er juin 2026 pour réclamer l’expulsion de la communauté a recueilli plus de 130 000 signatures, tandis qu’une autre pétition similaire demandait au Premier ministre d’agir. Les tensions ont redoublé à l’occasion de la fête de Hari Raya Haji, déclenchées par des plaintes de riverains concernant l’hygiène et l’évacuation des déchets à la suite d’un rituel de sacrifice de 60 bestiaux à Selayang Baru, dans l’État de Selangor. La controverse a rapidement dépassé le cadre sanitaire pour contester la présence même de ces exilés.
Expulsions à Kuala Muda et descentes dans les centres d’apprentissage
Cette hostilité numérique s’est traduite par des actes concrets sur le terrain. Le 27 juillet 2026, environ une centaine de réfugiés ont été contraints de quitter leur village de pêcheurs à Kuala Muda, dans l’État de Penang, après l’apparition de banderoles dressées par des habitants proclamant que les Rohingyas y étaient interdits. Les données locales montrent pourtant une évolution démographique notable dans la localité, la population rohingya étant passée de 108 personnes en 2018 à environ 400 en 2026, nourrissant une concurrence économique ressentie par les pêcheurs locaux.
Escortées vers des bus en direction de Kuala Lumpur, ces familles se sont installées sous des tentes devant le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour réclamer de l’aide. La police malaisienne est intervenue pour les détenir durant une journée afin de vérifier leurs documents avant de les confier à des ONG locales.
Beaucoup d’enfants ont été poursuivis et harcelés sur le chemin de l’école. Certains de ces incidents ont été partagés sur les réseaux sociaux. Des équipes de jeunes de plusieurs ONG ont maintenant peur d’aller sur le terrain. Le contenu publié en ligne est extrêmement radical. Il est hautement agressif, utilisant un langage déshumanisant et menaçant. Il y a un réel sentiment de peur au sein de la communauté rohingya. Amira, fondatrice d’une ONG éducative, via France 24
Parallèlement, les structures éducatives informelles subissent de plein fouet cette pression. Ne pouvant accéder aux établissements publics malaisiens, les enfants fréquentaient des centres d’apprentissage communautaires. Au moins neuf d’entre eux ont dû fermer temporairement leurs portes. Un établissement à Selangor a suspendu ses cours pendant un mois, exigeant des élèves qu’ils ne portent plus d’uniformes et rentrent directement chez eux sans s’attarder. Des descentes policières ont également eu lieu, à l’image de l’intervention de huit fonctionnaires en uniforme dans l’école de Irhan, photographiant les élèves et semant l’angoisse parmi les familles.
Un statut juridique précaire au cœur des tensions
La vulnérabilité des Rohingyas s’explique en grande partie par le vide juridique qui entoure leur situation. La Malaisie n’étant pas signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, cette population ne dispose d’aucune reconnaissance légale formelle ni du droit d’exercer un emploi officiel. Fin février 2026, la base de données de l’agence onusienne recensait 126 000 Rohingyas sur un total d’environ 215 600 demandeurs d’asile et réfugiés dans le pays, bien que le nombre réel soit estimé plus élevé par les observateurs.

Face à la dégradation de la situation, les réactions institutionnelles et militantes se multiplient. La Commission des droits de l’homme de Malaisie (SUHAKAM) a condamné avec force les commentaires abusifs et les récits haineux, qualifiant cette tendance de dangereuse déshumanisation. De son côté, l’organisation Article 19 pointe du doigt la lenteur de la modération des plateformes, estimant que les mécanismes de signalement de Meta restent nettement insuffisants pour endiguer la propagation de contenus virulents.
Pour les membres de la communauté, le contraste est amer par rapport aux années passées, où la solidarité locale offrait un répit bienvenu. Pris au piège entre des frontières fermées et une opinion publique chauffée à blanc par les réseaux sociaux, les réfugiés constatent que l’espace qui leur était toléré se réduit de jour en jour.
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