La promesse d’un grand marché unique africain se heurte à la réalité d’un calendrier qui s’étire. Loin de remettre en cause la pertinence de l’initiative, le chef de l’État a pointé du doigt les atermoiements des différents signataires dans l’exécution des réformes concrètes.
Paul Kagame, président du Rwanda, a déclaré via Allafrica qu’il était inquiet, mais également heureux que cet effort ait été mis en place.
Les origines et les ambitions de la ZLECAf
L’architecture de ce vaste marché continental trouve ses racines institutionnelles lors du 10e Sommet extraordinaire de l’Union africaine, qui s’est tenu à Kigali en mars 2018 avec la signature de 44 nations. Conçue pour unifier les populations autour d’un produit intérieur brut combiné, la structure vise à éliminer progressivement les barrières tarifaires et non tarifaires tout en stimulant le commerce intrarécent.
Sur le plan juridique, le texte fondateur est entré en vigueur en 2019, tandis que les échanges effectifs sous l’égide de l’accord ont débuté en janvier 2021. Malgré ces jalons institutionnels, les obstacles opérationnels s’accumulent sur le terrain.
Obstacles structurels et critiques de la cadence d’exécution
Les ambitions affichées lors des sommets diplomatiques se brisent régulièrement sur des difficultés matérielles persistantes. Le projet d’intégration souffre de divergences profondes entre les réglementations nationales, de carences logistiques en matière d’infrastructures et de capacités productives inégales selon les États membres. Pour le dirigeant rwandais, le problème ne réside plus dans la conception des textes mais dans la volonté politique de les appliquer à un rythme satisfaisant.
Paul Kagame, président du Rwanda, a indiqué via Allafrica qu’il s’agissait d’un bon début pour une tâche difficile qu’ils avaient dû accomplir, mais que l’exécuter apporte bien plus que de créer un concept autour, et que c’est là qu’ils ont échoué en tant que continent.
Face à ces retards accumulés, l’appel à une introspection collective se fait pressant. Les gouvernements africains doivent identifier précisément les raisons pour lesquelles certains membres ne remplissent pas leurs obligations contributives et opérationnelles, afin de surmonter les blocages politiques et économiques qui freinent la dynamique unitaire.
Négociations diplomatiques et impasses politiques dans la région des Grands Lacs
Parallèlement aux enjeux commerciaux continentaux, la région fait face à des dossiers sécuritaires et diplomatiques complexes. Le processus de désarmement des Forces démocratiques de libération du Rwanda, un groupe armé actif en République démocratique du Congo dont certains membres comptaient parmi les milices impliquées dans le génocide des Tutsi de 1994, illustre la fragilité des accords bilatéraux et multilatéraux.

Le 30 mai, le président des FDLR, Victor Byiringiro, a formellement validé un protocole négocié avec Kinshasa prévoyant le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des combattants, un texte rendu public par les autorités congolaises le 28 juillet.
Bien que le Groupe de contact international pour les Grands Lacs — incluant les États-Unis, plusieurs nations européennes et l’Union européenne sous présidence française — ait salué cette avancée, les partenaires réclament désormais un plan opérationnel assorti d’un calendrier réaliste. Une feuille de route et un budget provisoire ont été élaborés, tandis que l’installation du comité de suivi est espérée pour la mi-septembre, selon des sources concordantes.
Exigences de Kigali et tensions sur la neutralisation des milices
La mise en œuvre de ce protocole se heurte à des visions géopolitiques inconciliables. Les dirigeants des FDLR tentent d’obtenir des garanties concernant le retour des réfugiés et exigent l’ouverture d’un dialogue politique direct au Rwanda, espérant que Kinshasa portera leurs revendications auprès de la médiation américaine, à l’instar d’une démarche épistolaire menée par Victor Byiringiro auprès de la présidence américaine le 2 juillet 2025.

Cette stratégie de politisation du dossier est catégoriquement rejetée par Kigali. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, maintient que la neutralisation inconditionnelle des FDLR constitue une obligation incontournable pour la République démocratique du Congo dans le cadre des accords conclus à Washington, refusant de lier le désarmement à des concessions politiques envers le mouvement armé.
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