Lymphome de Hodgkin : une surmortalité persistante chez les survivants

Une étude menée par des chercheurs du The University of Texas MD Anderson Cancer Center et publiée dans le JAMA Network Open révèle que les adultes ayant survécu au lymphome de Hodgkin pendant au moins cinq ans affichent un taux de mortalité près de deux fois supérieur à celui de la population générale américaine.

Les progrès thérapeutiques majeurs des dernières décennies permettent aux patients atteints de lymphome de Hodgkin de vivre beaucoup plus longtemps qu’auparavant. Toutefois, une cohorte rétrospective portant sur plus de 20 000 survivants met en lumière des risques de santé à long terme persistants et une surmortalité globale qui touche particulièrement certaines causes non cancéreuses, selon les données relayées par.

Analyse de la cohorte et excès de risque de mortalité globale

L’étude s’appuie sur le suivi de 20 057 adultes survivants d’un lymphome de Hodgkin identifiés à travers 16 registres du programme SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results). Les patients retenus étaient âgés d’au moins 20 ans lors de leur diagnostic initial, posé entre 2000 et 2017, avec un suivi prolongé jusqu’en décembre 2023, comme le détaille.

Au total, les chercheurs ont dénombré 2 899 décès effectifs au sein de cette population, alors que le nombre de décès attendus dans la population générale américaine s’établissait à 1 480,8. Ce décalage se traduit par un rapport comparatif de mortalité standardisée, ou SMR, fixé à 1.96. L’excès de risque absolu, quant à lui, s’élève à 81,9 décès supplémentaires pour 10 000 patients-années.

Le poids prépondérant des causes non cancéreuses et cardiovasculaires

Si la récidive du lymphome de Hodgkin présente le risque relatif par individu le plus élevé de tous, la dynamique globale des décès évolue avec le temps. Les décès imputables directement au lymphome de Hodgkin tendent à se stabiliser à long terme, tandis que la mortalité liée à d’autres pathologies continue de croître. En conséquence, le plus grand nombre absolu de décès excédentaires provient de causes cardiovasculaires et non cancéreuses.

Avec un suivi médian de 173 mois après l’atteinte du cap des cinq ans de rémission, le taux cumulé de mortalité toutes causes confondues atteint 8.0% (95% CI, 7.6%-8.4%) à dix ans et 15.0% (95% CI, 15.0%-16.0%) à quinze ans. À l’horizon de la dixième année, la mortalité d’origine non cancéreuse culmine à 2.5% (95% CI, 2.3%-2.8%), devançant les autres néoplasmes fixés à 2.1% (95% CI, 1.9%-2.3%), les affections cardiovasculaires à 1.6% (95% CI, 1.5%-1.8%), et le lymphome de Hodgkin lui-même à 1.6% (95% CI, 1.5%-1.8%).

La longue prédominance de la mortalité non cancéreuse et cardiovasculaire plaide en faveur de soins de survie intégrés qui dépassent la simple surveillance de la récidive du lymphome. Nos estimations quantifient les disparités au niveau de la population et la surmortalité parmi les adultes diagnostiqués à l’ère du traitement adapté au risque, ce qui suggère la nécessité d’une amélioration continue des soins de survie. Luis Malpica Castillo, MD, assistant professor au département de lymphome et de myélome du The University of Texas MD Anderson Cancer Center

Disparités démographiques et diminution du risque selon les époques de traitement

L’analyse met en évidence des disparités marquées selon les sous-groupes de patients. Les ratios de mortalité standardisée dépassent 2,50 chez les patients hispaniques, les Amérindiens ou autochtones de l’Alaska non hispaniques, ainsi que chez les Asiatiques ou insulaires du Pacifique non hispaniques. De surcroît, les plus grands excès de risque absolu se concentrent chez les adultes âgés de 60 à 89 ans et chez les personnes présentant un profil de lymphome de Hodgkin à cellularité mixte.

Lymphome de Hodgkin : une surmortalité persistante chez les survivants
Photo: The ASCO Post

Néanmoins, une note d’encouragement émerge quant aux progrès thérapeutiques récents. Les patients diagnostiqués entre 2008 et 2017 affichent des taux de SMR et d’excès de risque absolu inférieurs à ceux observés sur la période allant de 2000 à 2007, illustrant l’impact bénéfique des stratégies de traitement contemporaines plus modulées.

Grâce aux progrès des traitements, les patients vivent plus longtemps. Cependant, nos résultats confirment qu’une prise en charge globale de l’après-cancer axée sur la santé cardiovasculaire, les cancers secondaires et d’autres affections chroniques est importante pour améliorer les résultats de survie à long terme. Luis Malpica Castillo, Associate Professor au The University of Texas MD Anderson Cancer Center

Modélisation du risque cardiaque et évolution de la radiothérapie

Dans le cadre des recherches ciblant spécifiquement la mortalité d’origine cardiaque chez les patients jeunes et adolescents atteints d’un lymphome de Hodgkin classique, une autre vaste étude s’appuyant sur les données du SEER a construit un nomogramme prédictif. Cette évaluation confirme que l’incidence de l’insuffisance cardiaque chronique s’avère considérablement plus élevée chez les personnes traitées avant l’âge de 40 ans, notamment après deux décennies de suivi, selon les travaux publiés dans.

Long-Term Hodgkin Lymphoma Survivors Show Nearly 2-Fold Mortality Increase | CancerNetwork
Photo: Cancernetwork

L’évolution des pratiques cliniques a toutefois permis de réduire l’exposition cardiaque aux rayonnements ionisants. Le passage des techniques d’irradiation à champ étendu à des méthodes plus localisées ciblant uniquement les aires ganglionnaires atteintes après la chimiothérapie a permis de diviser par deux la radiothérapie cardiaque, limitant ainsi les toxicités à long terme pour les survivants de cette affection.

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