On les jetait sans y regarder à deux fois, enfouies dans les strates archéologiques parmi les restes de banquets oubliés. Pourtant, les coquilles d’huîtres se révèlent aujourd’hui être de véritables archives naturelles.
Les coquilles d’huîtres comme carnets de bord chimiques
Pour comprendre comment ces bivalves enregistrent l’histoire de l’eau, il faut se pencher sur leur biologie. Organismes filtreurs et fixes, ces animaux passent leur vie à pomper l’eau par leurs branchies pour se nourrir. Au cours de ce processus, ils capturent les éléments chimiques dissous dans leur milieu de vie. Ces substances ne s’effacent pas : elles s’intègrent directement dans les couches successives de carbonate de calcium qui constituent la coquille, un peu à la manière des cernes qui marquent la croissance d’un tronc d’arbre.
Chaque strate cristalline fige ainsi un instantané de l’environnement aquatique. Plus l’eau s’avérait chargée en métaux lourds, plus la coquille en intégrait de grandes quantités, agissant de fait comme un thermomètre chimique de la pollution ancienne.
L’empreinte omniprésente du plomb romain
S’il existe une civilisation antique associée à l’usage intensif de ce métal, c’est bien celle de Rome. Cette omniprésence a généré une exposition massive et banalisée. Les réseaux de conduites en plomb avaient d’ailleurs fait grimper les teneurs du métal dans l’eau potable de la capitale bien au-delà des niveaux naturels.
Cette contamination historique a laissé des traces mesurables dans les sédiments du port de la Rome impériale dès le début de notre ère, portés par les activités humaines et les navires qui faisaient office de sources mobiles de pollution.
Des archives au long cours de l’activité humaine
L’utilisation de ces bivalves ne se limite pas à l’étude de l’Antiquité. En s’appuyant sur des espèces à la longévité exceptionnelle dans l’Atlantique Nord, les scientifiques parviennent à documenter la pollution au plomb sur plusieurs siècles. D’autres travaux menés sur des coquilles d’huîtres vieilles de plus de trois mille ans indiquent que certains estuaires ont subi des apports polluants dès le début du XIXe siècle, reliant directement la période de la révolution industrielle à cette empreinte chimique durable dans l’environnement.
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