Le maire de Vinnytsia, Serhii Morgunov, a officiellement annulé le 10 juin 2026 la demande de transfert de 15 autobus réformés provenant de la ville polonaise de Kielce. Cette décision fait suite à une vive polémique politique en Pologne, certains élus locaux s’opposant à l’aide en raison de la dénomination d’une rue à Vinnytsia.
L’origine du blocage politique en Pologne
Le projet initial visait à renforcer le réseau de transport de Vinnytsia, ville partenaire de Kielce depuis près de 70 ans. Selon les informations rapportées par European Pravda, Kielce prévoyait de céder 15 autobus âgés de près de 20 ans, retirés de la circulation pour des raisons techniques. L’objectif était de permettre à la municipalité ukrainienne de maintenir un service de transport public en cas de pannes électriques causées par la guerre. Dans le contexte du conflit en cours, le maintien des infrastructures de transport urbain est devenu un enjeu de sécurité publique majeur pour les autorités ukrainiennes, confrontées à des attaques ciblées sur leur réseau énergétique.
Cependant, l’initiative a suscité une opposition virulente au sein du conseil municipal de Kielce. Des élus, dont Maciej Jakubczyk et le représentant du parti Droit et Justice (PiS), Marcin Stempniewski, ont publiquement contesté ce don. Ils ont justifié leur refus par des griefs politiques concernant l’Ukraine, pointant spécifiquement le changement de nom d’une rue à Vinnytsia en l’honneur de Stepan Bandera, figure historique dont le rôle reste un sujet de débat mémoriel intense en Europe de l’Est. Comme le précise Apostrophe, M. Stempniewski a déclaré que si les bus ne pouvaient plus circuler à Kielce, il fallait les vendre pour financer les besoins des citoyens polonais plutôt que de les donner, arguant d’une gestion plus rigoureuse des actifs municipaux.
La réaction de la maire de Kielce face aux accusations
Agata Wojda, maire de Kielce, a vigoureusement dénoncé une campagne de désinformation entourant ce dossier. Elle a souligné que les autobus étaient destinés à être recyclés ou vendus pour pièces si ce don n’avait pas été organisé. Face à la polémique, elle a tenu à rétablir la vérité sur l’état des véhicules, contrecarrant les rumeurs colportées par le président du conseil municipal, qui laissait entendre que les bus avaient été détruits ou démantelés frauduleusement.
“Ce n’est pas seulement faux. C’est une calomnie sans fondement. Les bus se trouvent sur le site du transporteur, et la procédure de réception est actuellement en cours.”
Agata Wojda, maire de Kielce
Mme Wojda a déploré que la situation ait dégénéré en une vague d’hostilité en ligne, occultant la réalité des besoins logistiques d’une ville ukrainienne en temps de guerre. Elle a rappelé que le système de transport de Vinnytsia repose largement sur des tramways et des trolleybus, lesquels deviennent inopérants lors des coupures de courant. Dans ce contexte, l’ajout de véhicules thermiques, bien qu’anciens, constituait une mesure de résilience logistique essentielle pour assurer la mobilité des travailleurs essentiels et des populations civiles vers les abris ou les hôpitaux.
Le choix du maire de Vinnytsia pour éviter les clivages
Face à l’instrumentalisation politique de cette aide humanitaire, le maire de Vinnytsia, Serhii Morgunov, a pris la décision de retirer sa demande. Selon Agata Wojda, ce choix n’est pas le signe d’une disparition des besoins de la ville, mais une volonté de préserver la dignité de la coopération entre les deux cités.
“Il ne l’a pas fait parce que les besoins de sa ville ont soudainement disparu. La guerre y est toujours une réalité quotidienne, et les habitants de Vinnytsia continuent d’en subir les conséquences. Il l’a fait parce qu’il ne voulait pas que la question de l’aide à une ville vivant en temps de guerre devienne un instrument de dispute politique et la cause de nouvelles divisions. C’est un geste qui mérite le respect.”
Agata Wojda, maire de Kielce
Ce retrait marque une fin abrupte à un projet qui, selon les autorités de Kielce, aurait dû apporter un soutien technique concret durant les périodes de crise énergétique. La situation met en lumière la fragilité des relations de jumelage lorsque les tensions historiques et politiques nationales viennent s’inviter dans la gestion municipale. Ce type de coopération décentralisée, souvent salué pour son efficacité opérationnelle, se retrouve désormais confronté aux réalités des débats mémoriels et aux clivages partisans qui traversent le paysage politique polonais actuel, complexifiant la solidarité transfrontalière en période de conflit armé.
