Une nouvelle étude démontre que l’échocardiographie d’effort permet d’identifier avec une grande précision les voyageurs risquant de développer le mal aigu des montagnes peu après leur arrivée à haute altitude, ouvrant la voie à des stratégies de prévention personnalisées.
Les voyages en haute altitude s’accompagnent souvent de complications physiologiques bien connues des voyageurs et des chercheurs. Le mal aigu des montagnes, ou MAM, touche fréquemment les personnes s’élevant au-delà de 2 500 mètres. Il se manifeste par des symptômes persistants tels que des céphalées, des nausées, des vertiges, de la fatigue et des troubles du sommeil. Bien que les scientifiques connaissent divers facteurs de risque, les cliniciens disposaient jusqu’à présent d’outils limités pour prédire, avant l’apparition des premiers signes cliniques, quels individus succomberaient à l’affection après l’ascension. Selon une étude récente publiée dans BMC Pulmonary Medicine, l’échocardiographie d’effort pourrait bien changer la donne pour les professionnels de santé.
Évaluation cardiovasculaire et ascension contrôlée à 3 600 mètres
Pour comprendre comment le cœur réagit à l’hypoxie des plateaux d’altitude, les chercheurs ont suivi un groupe de 50 adultes en bonne santé résidant habituellement en basse altitude. Ces participants ont réalisé une ascension par étapes en bus jusqu’à une altitude de 3 600 mètres. Dans les six heures suivant leur arrivée sur place, ils ont passé une échocardiographie d’effort afin que l’équipe évalue la fonction ventriculaire droite et l’hémodynamique pulmonaire. Le lendemain matin, l’état de santé de chaque participant a été évalué à l’aide du score de Lake Louise pour diagnostiquer l’éventuelle apparition d’un mal aigu des montagnes.
Les résultats de cette évaluation clinique ont révélé une division nette au sein du groupe. Vingt-trois participants ont développé le mal aigu des montagnes, tandis que vingt-sept autres sont restés totalement asymptomatiques. Les examens d’imagerie réalisés pendant l’effort ont permis de mettre en évidence des différences physiologiques marquées entre les deux sous-groupes, fournissant aux chercheurs des indicateurs objectifs exploitables dès les premières heures suivant l’arrivée.
Pressions pulmonaires accrues et réserve ventriculaire réduite
Au sommet de l’effort physique, les sujets qui ont par la suite développé les symptômes du mal aigu des montagnes présentaient des valeurs significativement plus élevées que les autres. La pression artérielle pulmonaire systolique et la résistance vasculaire pulmonaire se sont avérées nettement supérieures chez les patients touchés. De plus, ce groupe a enregistré des augmentations plus prononcées de ces deux paramètres par rapport aux mesures de repos, ce qui traduit une réactivité vasculaire pulmonaire particulièrement marquée face à l’altitude.
En parallèle, les marqueurs évaluant la réserve contractile du ventricule droit ont raconté une histoire similaire. La vitesse de pointe systolique de l’anneau tricuspide et la fraction de raccourcissement de surface du ventricule droit ont affiché des améliorations moindres au cours de l’exercice, signalant une réserve fonctionnelle ventriculaire amoindrie. Les examens ont également mis en évidence des diamètres de la veine cave inférieure plus larges, tant au repos qu’à l’effort, chez les participants affectés par la maladie.
Un modèle de prédiction performant pour la médecine d’altitude
En combinant ces données physiologiques recueillies lors des tests d’effort, les investigateurs ont conçu un modèle de prédiction sophistiqué. Ce dernier intègre le diamètre maximal de la veine cave inférieure, l’évolution de la résistance vasculaire pulmonaire ainsi que la variation de la vitesse systolique tricuspide. L’outil ainsi développé a atteint une aire sous la courbe caractéristique d’efficacité du récepteur d’un haut niveau, permettant de classer correctement les participants avec une exactitude globale élevée.
Cette approche permet de détecter les adaptations cardiovasculaires anormales bien avant que les patients ne ressentent les maux de tête ou les nausées caractéristiques. Les auteurs de l’étude estiment que cette méthode pourrait guider efficacement les stratégies préventives, la surveillance médicale et les décisions concernant la poursuite de l’ascension pour les travailleurs, les athlètes et les voyageurs évoluant en haute altitude. Des recherches sur des cohortes plus vastes demeurent toutefois nécessaires pour valider à grande échelle ce modèle prédictif.
Réévaluation de l’acétazolamide et perspectives thérapeutiques
La prévention médicamenteuse fait également l’objet de travaux approfondis dans la littérature scientifique récente. Une revue systématique et méta-analyse menée par Bengt Kayser et ses collaborateurs de l’Université de Genève a examiné les données de plus de 1 000 sujets pour analyser l’efficacité et la sécurité de l’acétazolamide, le médicament le plus couramment employé dans ce domaine, comme le souligne la publication relayée par les plateformes spécialisées.


Les auteurs rappellent que l’acétazolamide possède une efficacité limitée lorsque le risque de base d’affection est faible, notamment lors d’une ascension lente. En revanche, son utilité s’accroît lors de transports rapides en altitude. Les effets secondaires, allant des modifications du goût aux engourdissements en passant par une augmentation de la miction, varient selon les doses, ce qui conduit les experts à recommander une personnalisation rigoureuse des traitements.
Alors que la recherche sur les maladies de haute altitude continue d’intégrer des technologies innovantes telles que les biocapteurs et l’intelligence artificielle — ainsi que le documente une analyse exhaustive parue dans les revues Frontiers —, les professionnels disposent de repères de plus en plus précis pour anticiper les réactions de l’organisme face à l’hypoxie des plateaux.
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