Afrique : Les experts appellent à industrialiser les ressources naturelles

L’Afrique détient un tiers des minerais critiques mondiaux mais ne capte que 6 à 7% de leur valeur dans le commerce international, selon les experts réunis lors d’une rencontre du Policy Center for the New South. Face à la dépendance aux matières premières brutes, le continent cherche à industrialiser ses ressources et à renforcer sa souveraineté économique.

Le paradoxe africain demeure entier. Alors que le sol du continent regorge de richesses indispensables aux industries d’avenir, la grande majorité de cette production quitte les frontières à l’état brut, privant les économies locales de retombées industrielles majeures. La question de la transformation structurelle des ressources naturelles s’est imposée au cœur des débats économiques récents, mobilisant des institutions et des dirigeants à travers le continent.

Le rapport du Policy Center for the New South et la dépendance aux matières premières brutes

L’Afrique fait face au constat d’une faible transformation industrielle et d’une dépendance chronique aux exportations de matières brutes, des facteurs qui alimentent les conflits et l’instabilité selon le Rapport annuel sur l’économie africaine publié par le Policy Center pour les New South (PCNS). Ce document de 516 pages, intitulé « L’économie politique de l’Afrique face aux ressources naturelles et aux mutations mondiales », met en lumière les tensions structurelles du continent.

Durant la présentation de l’ouvrage, Abdelaaziz Ait Ali, Head of Research in Economics au sein du centre de réflexion, a souligné que ces richesses ont parfois favorisé les comportements de rente au lieu de stimuler une prospérité durable. Le chercheur a toutefois rappelé que les rivalités géopolitiques actuelles et la transition énergétique offrent une occasion inédite de bâtir un paradigme africain axé sur la valeur ajoutée.

Intervenant sur les mutations économiques mondiales, Marie-Louise Djigbenou-Kre a insisté sur la nécessité de réajuster la position du continent sur l’échiquier international. L’experte a rappelé que la République démocratique du Congo assure plus de 70% de la production mondiale de cobalt, que quatre pays africains concentrent plus de la moitié de la production mondiale de diamant industriel, et que le Maroc détient près de 68% des réserves mondiales de phosphate. Pourtant, près de 90% des matières premières africaines sont exportées à l’état brut, ce qui relègue les pays producteurs au rang de simples preneurs de prix.

Le Mozambique mise sur le gaz naturel et la fin de l’exportation brute

Dans le même temps, les gouvernements africains tentent de matérialiser cette volonté d’industrialisation sur le terrain. Le Mozambique cherche activement à convertir ses hydrocarbures et minerais en emplois locaux et en croissance durable, loin du modèle traditionnel d’exportation pure.

À l’occasion de la 12e édition de la Mozambique Mining and Energy Conference and Exhibition (MMEC) organisée à Maputo, le président Daniel Chapo a affirmé que le pays refuserait de demeurer un simple fournisseur de matières premières non transformées. Les autorités entendent s’assurer que chaque tonne extraite ou chaque molécule de gaz génère un bénéfice concret pour les infrastructures et les ménages du pays.

Réformes législatives et grands projets énergétiques face aux fragilités

Pour concrétiser ce virage stratégique, Maputo a entrepris de réviser les cadres juridiques régissant les secteurs minier et pétrolier ainsi que les règles de contenu local. Le Natural Gas Master Plan place le gaz au centre de cette dynamique industrielle, visant à relier les régions via des corridors énergétiques.

Les données de l’Energy Information Administration (EIA) des États-Unis indiquent que le bassin de Rovuma abrite plus de 100 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel, plaçant le pays derrière le Nigeria et l’Algérie sur le plan continental. Le territoire se positionne également parmi les premiers producteurs mondiaux de graphite naturel et détient d’importantes réserves de charbon et de titane.

Afrique : Les experts appellent à industrialiser les ressources naturelles
Photo: latribune.fr

Cependant, les défis sociaux et industriels restent immenses. La fermeture récente de l’usine d’aluminium Mozal, gérée par South32 après des désaccords sur les tarifs électriques, a entraîné la perte de près de 5 000 emplois et amputé le produit intérieur brut mozambicain de plus de 3%. Pour compenser ces chocs, les autorités misent sur la reprise du projet Mozambique LNG porté par TotalEnergies dans la province de Cabo Delgado, redémarré en janvier 2026 après une suspension en 2021 liée à des attaques armées.

Pour aller plus loin

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.