La militante anti-apartheid sud-africaine Shanthie Naidoo Tweedie est décédée le 23 juillet 2026 à l’âge de 91 ans. Figure historique de la résistance, elle avait notamment enduré plus d’un an de détention et d’isolement en 1969 pour avoir refusé de témoigner contre Winnie Madikizela-Mandela et ses camarades lors du procès des 22.
Le décès de Shanthie Naidoo Tweedie à l’âge de 91 ans le 23 juillet 2026 a provoqué une vive émotion au sein de la classe politique et des institutions mémorielles sud-africaines. Née à Pretoria le 6 mars 1935, elle appartenait à une famille dont l’engagement contre le régime d’apartheid s’enracinait dans l’histoire de la lutte. Son grand-père, Thambi Naidoo, avait notamment organisé des actions aux côtés de Mahatma Gandhi, tandis que sa mère Ama et son frère Indres comptaient parmi les figures contestataires de premier plan.
Un refus historique lors du procès des 22 en 1969
L’acte de résistance le plus marquant de la militante s’est déroulé en 1969, lorsqu’elle a été emportée par le régime sous le coup de la loi sur le terrorisme. Détenue dans les geôles de la prison centrale de Pretoria avec sept autres femmes, elle a subi des pressions intimes et des interrogatoires menés par les services de sécurité pour devenir témoin à charge. Placée en isolement cellulaire, elle a tenu bon face à la menace d’une incarcération indéfinie.

Interrogée dans le box des accusés, elle a opposé un refus catégorique à la cour. Elle a expliqué ne pas pouvoir vivre avec sa conscience en trahissant ses camarades. Ce choix lui a valu de purger plus de 371 jours de détention brutale.
La Fondation Ahmed Kathrada a souligné que, pour avoir choisi sa conscience plutôt que son confort, Shanthie avait enduré 371 jours de détention brutale, ajoutant que sa résilience avait laissé une empreinte indélébile sur Mama Winnie, qui s’était ensuite souvenue du regard creux de Shanthie et de son corps émacié dans le box des accusés, et qui avait écrit son immense amour et son profond respect pour une sœur ayant tout sacrifié plutôt que de trahir son peuple.
L’exil forcé et la poursuite de la lutte
Face à son incorruptibilité, le gouvernement d’apartheid a cherché à l’isoler durablement en lui refusant des permis de sortie du territoire. Seule une campagne menée par des sympathisants locaux et internationaux, appuyée par l’intervention directe de la députée libérale Helen Suzman, a permis à la militante d’obtenir l’autorisation de quitter le pays. En septembre 1972, c’est sous les chants de soutien de centaines de personnes entonnant We Shall Overcome
qu’elle a quitté l’aéroport Jan Smuts.
Privée de sa nationalité et bannie de sa patrie, elle a passé dix-neuf années en exil. À Londres, elle a immédiatement rejoint le département de recherche du fonds international de défense et d’aide pour l’Afrique australe, documentant les violations des droits de l’homme et acheminant de l’aide financière aux familles de prisonniers politiques. Elle a ensuite travaillé en Tanzanie au collège de liberté Solomon Mahlangu aux côtés de son époux Dominic Tweedie, avant de regagner enfin l’Afrique du Sud en 1991.
Hommages unanimes des dirigeants et des fondations mémorielles
L’annonce de sa disparition a immédiatement fait réagir les plus hautes autorités de l’État. Le président Cyril Ramaphosa a souligné que son héritage permet de rendre hommage à sa contribution extraordinaire en faveur d’un pays libre et non racial. Le chef de l’État a également rappelé que cette disparition survient à l’approche du mois des femmes en Afrique du Sud, résonnant avec l’histoire des luttes menées par les militantes contre l’oppression.

Du côté des fondations, le directeur exécutif de la Fondation Nelson Mandela, le Dr Mbongiseni Buthelezi, a rappelé combien le mouvement de libération reposait sur l’engagement de figures discrètes mais d’une inébranlable détermination.
Le Dr Mbongiseni Buthelezi, directeur exécutif de la Fondation Nelson Mandela, a déclaré que l’hommage rendu par Madiba à Shanthie nous rappelait que la lutte pour la liberté n’avait pas seulement été soutenue par ceux dont les noms étaient devenus célèbres, mais aussi par d’innombrables individus dont le courage, le sacrifice et la détermination discrète avaient fait avancer le mouvement.
La Fondation Ahmed Kathrada ainsi que le Centre du patrimoine 1860 ont salué la mémoire d’une femme née au cœur même de la résistance, dont le parcours demeure indissociable de la conquête des droits civiques et de la démocratie sud-africaine.
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