Le pétrole au-dessus de 100 dollars, la perte d’emplois et l’appétit indien pour l’argent : un cocktail explosif pour les marchés
Nouvelles-du-monde.com – Le marché mondial est confronté à un mélange inquiétant de facteurs économiques, allant du prix du pétrole en hausse à un ralentissement de la croissance économique, en passant par une demande croissante d’argent, notamment en Inde. La situation, exacerbée par les tensions géopolitiques, pourrait bien annoncer une période de stagflation, un scénario redouté par les économistes.
Le prix du pétrole a franchi la barre des 100 dollars le baril le 12 mars, atteignant son plus haut niveau depuis août 2022, suite à la déclaration du nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, appelant à maintenir la fermeture du détroit d’Ormuz. Cette artère maritime stratégique est cruciale pour l’approvisionnement mondial en pétrole. La réponse de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), avec la libération de 400 millions de barils de réserves d’urgence, dont 172 millions provenant du Strategic Petroleum Reserve américain, n’a eu qu’un impact limité sur les prix. Les traders semblent anticiper une perturbation durable de l’offre, l’AIE reconnaissant elle-même une "perturbation de l’offre sans précédent" dans l’histoire du marché pétrolier mondial, avec des réductions de production de plus de 10 millions de barils par jour de la part des pays du Golfe.
L’Inde ouvre les vannes de l’investissement
Parallèlement à ces tensions sur le marché de l’énergie, l’Inde s’apprête à bouleverser le marché de l’argent. Le 26 février, la Securities and Exchange Board of India (SEBI) a annoncé des réformes permettant aux fonds communs d’investissement d’allouer jusqu’à 35 % de leurs actifs à des actifs non traditionnels, notamment les ETF or et argent. Une nouvelle circulaire de la SEBI, entrant en vigueur le 1er avril, impose également aux ETF indiens d’utiliser les prix au comptant des bourses nationales plutôt que les références internationales de Londres. Cette modification devrait stimuler la demande locale d’argent, qui se négocie généralement à un prix plus élevé en Inde.
Avec environ 970 milliards de dollars d’actifs sous gestion, l’industrie des fonds communs d’investissement indienne représente un potentiel considérable. Une allocation même modeste à l’argent pourrait générer une demande massive : 34 millions d’onces à 1 % d’adoption, dépassant la moitié du déficit structurel prévu pour 2026, et jusqu’à 20 % de l’offre minière mondiale totale à 5 %. Il ne s’agit pas de spéculation de la part des investisseurs particuliers, mais d’un afflux de capitaux institutionnels à long terme.
Stagflation en vue ?
Ces développements interviennent dans un contexte de ralentissement économique aux États-Unis. Le rapport sur l’emploi de février, publié le 6 mars, a révélé une perte de 92 000 emplois, bien pire que les prévisions de consensus. Le taux de chômage a augmenté à 4,4 %, et la moyenne sur trois mois est désormais inférieure à 6 000 créations d’emplois par mois. Le produit intérieur brut (PIB) du quatrième trimestre 2025 n’a augmenté que de 1,4 %, et l’inflation sous-jacente reste à 3,0 %, avec une hausse mensuelle de 0,5 % des prix à la production.
L’augmentation du prix du pétrole s’ajoute à ce tableau préoccupant, créant une situation de stagflation – une combinaison de croissance économique stagnante et d’inflation persistante. Les années 1970 ont montré comment les métaux précieux, notamment l’argent, peuvent prospérer dans un tel environnement.
Une offre minière contrainte
Le prix de l’argent a plus que doublé par rapport à ses niveaux de 2024, mais l’offre minière ne suit pas. Le premier producteur mondial d’argent, a revu à la baisse ses prévisions de production pour 2026 de 9 %. D’autres entreprises minières, comme et , prévoient également une baisse de leur production. Le Mexique, qui représente 25 % de l’offre mondiale d’argent, a instauré un moratoire sur les nouvelles concessions minières.
Les coûts miniers augmentent également, en particulier avec le prix du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril. L’augmentation des coûts de l’énergie affecte toutes les opérations minières, en particulier celles qui dépendent du diesel pour l’extraction.
Un accord de streaming de 4,3 milliards de dollars conclu le 16 février, par lequel le plus grand groupe minier diversifié s’engage à acheter de l’argent à 20 % du prix au comptant, témoigne de la conviction institutionnelle que l’argent physique vaut une prime historique.
Le développement d’une nouvelle mine d’argent prend en moyenne 15,7 ans. Même si une entreprise minière décidait de lancer un nouveau projet aujourd’hui, les premiers résultats ne seraient pas disponibles avant 2042. L’offre ne suivra donc pas la demande.
Un avenir incertain
L’Inde, la stagflation et les contraintes de l’offre minière convergent pour créer un environnement potentiellement explosif pour le marché de l’argent. Ces forces ne sont pas spéculatives, mais basées sur des faits concrets : une date précise pour la réforme de la SEBI, des données géologiques sur les teneurs en minerai, des rapports statistiques sur l’emploi et un déficit d’offre qui dure depuis six années consécutives. Le prix actuel de l’argent, autour de 84 dollars, ne reflète pas encore pleinement ces facteurs. Le temps presse.
