L’ombre du passé à la Nouvelle-Orléans : une écrivaine explore la culpabilité, le désir et les fantômes de la ville
Nouvelle-Orléans, Louisiane – Dans sa nouvelle parue dans The New Yorker, l’écrivaine Addie Citchens plonge au cœur des tourments d’une femme confrontée aux échos de ses choix passés, le tout sur fond de mysticisme et de sensualité propre à la Nouvelle-Orléans. L’œuvre, intitulée « The City Is a Graveyard », explore des thèmes complexes tels que le regret, la sexualité féminine et le poids de l’histoire, le tout à travers une narration audacieuse à la deuxième personne.
L’étincelle de cette histoire est née d’une expérience personnelle, confie Citchens. Lors d’une visite dans le quartier français, sous l’influence d’un bonbon au cannabis (elle précise avec humour : « N’achetez pas de drogue, les enfants ! »), elle a eu une vision saisissante dans une ruelle. « L’idée est juste venue à moi », explique-t-elle. Cette vision a germé pour devenir le point de départ d’un récit où une femme, en pleine course estivale, est confrontée à l’image troublante d’un enfant qu’elle a perdu.
Au-delà de cette rencontre fantomatique, l’histoire explore les relations passées de la protagoniste et les grossesses qu’elle a interrompues. Citchens ne se voile pas face à une vision parfois sombre des relations amoureuses. Elle estime que « la plupart des relations à long terme avec des hommes cisgenres hétérosexuels impliquent une bonne dose d’illusion, de sacrifice de soi et de conformité jusqu’à la difformité ». Elle souligne que les attentes envers les hommes en matière de paternité sont étonnamment basses, constatant que certains pères considérés comme « bons » ignorent des détails essentiels de la vie de leurs enfants.
L’auteure aborde également le rôle de l’astrologie dans la vie de son personnage, qui prend des décisions basées sur les signes du zodiaque. Citchens elle-même, de signe Bélier, reconnaît une certaine pertinence dans cette pratique millénaire, tout en soulignant qu’elle ne doit pas servir d’excuse ou de justification pour des comportements discriminatoires. (Elle ajoute avec un clin d’œil : « sauf pour les Scorpions ! »).
Un aspect central de l’histoire est la liberté sexuelle de la protagoniste et les conséquences sociales qu’elle en subit. Citchens affirme que cette situation ne se limite pas à la Nouvelle-Orléans, mais est une réalité pour toute femme qui revendique son autonomie corporelle. « Une femme qui exige et exerce son autonomie sur son propre corps a toujours été méprisée et crainte », explique-t-elle.
Le titre de l’œuvre, « The City Is a Graveyard », est riche de significations. Citchens explique que la Nouvelle-Orléans, avec ses cimetières hors sol et son histoire palpable, est une ville où le passé et le présent se confondent. « C’est un endroit où vous sentez le passé et le présent en même temps », décrit-elle. Elle évoque l’atmosphère particulière de lieux comme Lafitte’s Blacksmith Shop, où l’on a l’impression que Jean Lafitte pourrait surgir à tout moment.
Le choix de la deuxième personne pour raconter cette histoire est également significatif. Citchens, qui n’avait jamais utilisé ce point de vue auparavant, voulait défier ses propres limites et forcer le lecteur à s’identifier à la protagoniste, qu’il l’apprécie ou non. « Je voulais que les lecteurs soient incapables de détourner le regard », conclut-elle.
L’œuvre de Citchens, ancrée dans le paysage unique de la Nouvelle-Orléans, offre une réflexion poignante sur la culpabilité, le désir et la complexité de l’expérience féminine. Elle rappelle que, comme la ville elle-même, nous sommes tous hantés par les fantômes de notre passé.
