Israël légalise de facto l’annexion de la Cisjordanie : un tournant historique pour les Palestiniens
Ramallah, Cisjordanie – Le gouvernement israélien a pris une série de décisions dimanche qui marquent un tournant majeur dans le conflit israélo-palestinien, légalisant de facto l’annexion de la Cisjordanie occupée. Ces mesures, qui modifient le statut juridique de vastes portions du territoire palestinien, réduisent drastiquement l’autorité de l’Autorité palestinienne (AP) et ouvrent la voie à une expansion massive de la colonisation israélienne.
Si Israël n’a pas officiellement proclamé une annexion de jure de la Cisjordanie, les décisions prises par le cabinet de sécurité constituent un pas décisif vers une annexion formelle, débutant par des zones spécifiques. L’impact sur la population palestinienne et les perspectives de paix est considérable.
Un changement de paradigme juridique
Le cœur de ce changement réside dans l’approbation imminente par la Knesset d’un projet de loi, initialement présenté en 2023 et connu sous le nom de « Loi sur les Antiquités ». Ce texte permettra à Israël d’imposer sa propre législation dans les zones de Cisjordanie qui étaient jusqu’à présent sous contrôle de l’AP, notamment en matière de permis de construire. En parallèle, le gouvernement israélien a autorisé les citoyens israéliens à acquérir des biens immobiliers dans ces zones, facilitant ainsi l’implantation de nouveaux foyers israéliens au cœur des centres démographiques palestiniens.
« C’est un moment charnière », explique Qassam Muaddi, journaliste pour The Real News Network, qui a suivi de près l’évolution de la situation. « Pendant des années, on parlait d’une annexion de facto, mais ces décisions transforment cette réalité en un fait juridique. »
La Cisjordanie divisée : un rappel des accords d’Oslo
Pour comprendre l’ampleur de ces changements, il est essentiel de rappeler la division administrative de la Cisjordanie établie par les accords d’Oslo en 1993.
- Zone C (61% de la Cisjordanie): Sous contrôle militaire et civil israélien direct. Les communautés palestiniennes y sont systématiquement déplacées, et la construction palestinienne y est interdite, tandis que les colonies israéliennes continuent de s’étendre.
- Zone B (22% de la Cisjordanie): Sous contrôle conjoint israélien et palestinien, l’AP gérant les affaires civiles et Israël assurant la sécurité.
- Zone A (18% de la Cisjordanie): Sous contrôle exclusif de l’AP, comprenant les centres urbains de 15 villes.
Les nouvelles mesures israéliennes érodent l’autorité de l’AP dans les zones B et A, brouillant les frontières juridiques entre la Cisjordanie et Israël.
L’accès à la terre : un enjeu central
L’un des aspects les plus préoccupants de ces décisions est la levée de l’interdiction jordanienne datant d’il y a des décennies, qui empêchait les non-locaux d’acheter des terres, sauf avec une autorisation gouvernementale spéciale. Cette mesure ouvre la porte à une vague d’achats de terrains par des Israéliens, qui n’auront plus besoin de recourir à des méthodes détournées pour s’emparer de terres palestiniennes.
Historiquement, les colons israéliens ont utilisé diverses stratégies pour prendre le contrôle des terres palestiniennes, notamment en les désignant comme « zones militaires » ou en les acquérant par l’intermédiaire de sociétés aux propriétaires obscurs. Des organisations de colons ont également ciblé les Palestiniens vivant à l’étranger pour leur proposer d’acheter leurs propriétés.
Des conséquences sur le terrain : Hebron et Bethléem en première ligne
Les conséquences de ces décisions se feront sentir immédiatement sur le terrain, notamment dans des villes comme Hebron et Bethléem.
À Hebron, l’administration civile israélienne prendra désormais le contrôle de la délivrance des permis de construire dans la vieille ville, limitant davantage les possibilités de développement pour les Palestiniens et facilitant les expulsions. Un corps municipal sera également créé pour les colons israéliens qui se sont installés dans la ville depuis 1979.
À Bethléem, Israël a déjà pris le contrôle de la zone entourant le site religieux de Rachel, étendant son emprise de 10 hectares. Cette zone pourrait rapidement devenir un nouveau foyer de colonisation, avec l’installation de logements israéliens et un renforcement de la présence militaire.
Réactions internationales et perspectives d’avenir
Les décisions israéliennes ont suscité une vague de condamnations internationales. Huit pays arabes et islamiques ont publié un communiqué conjoint dénonçant ces mesures, tandis que l’Autorité palestinienne les a qualifiées de « nulles et non avenues », de « violation des accords d’Oslo » et de « mise en œuvre pratique de plans d’annexion et d’expulsion ». La Jordanie a également exprimé sa ferme opposition, dénonçant une tentative d’imposer une « autorité de colonisation illégale » sur des terres palestiniennes.
L’organisation israélienne Peace Now a également dénoncé ces mesures, les qualifiant de partie d’une stratégie plus large visant à consolider le contrôle israélien, à fragmenter le territoire palestinien et à saper toute solution à deux États.
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a défendu ces décisions, affirmant qu’elles visaient à « assurer le contrôle d’Israël sur la Cisjordanie et à établir une réalité stable pour les années à venir », et à « mettre fin à l’idée d’un État terroriste arabe au cœur du pays ».
Ces décisions marquent un point de non-retour dans le conflit israélo-palestinien, remettant en question les perspectives d’une solution à deux États et exacerbant les tensions sur le terrain. L’avenir de la Cisjordanie et de la population palestinienne est plus incertain que jamais.
[Image d’une excavatrice en Cisjordanie occupée, avec une légende indiquant la date et la source : John Wessels/AFP via Getty Images]
[Image d’une scène à Hebron, montrant la ségrégation entre Palestiniens et colons israéliens, avec une légende indiquant la date et la source : NurPhoto/NurPhoto via Getty Images]
[Image d’une zone de séparation à Bethléem, avec une légende indiquant la date et la source : NurPhoto/NurPhoto via Getty Images]
Source originale : https://therealnews.com/israel-just-started-legalizing-its-annexation-of-the-west-bank-heres-what-that-means
