Pérou : Transformation Radicale du Profil des Prisonniers Étrangers, le Venezuela en Ligne de Mire
URGENT : Une analyse approfondie révèle un changement majeur dans la démographie et la nature des délits commis par les détenus étrangers au Pérou, avec une nette prédominance des ressortissants vénézuéliens et une escalade de la criminalité violente.
[Date de publication] – Les chiffres révèlent une réalité préoccupante : le profil des prisonniers étrangers au Pérou a subi une métamorphose spectaculaire au cours de la dernière décennie. L’unité de journalisme de données d’El Comercio (Ecdata) met en lumière une transformation profonde, marquée par une montée en puissance sans précédent des détenus vénézuéliens et une évolution significative de la nature des crimes pour lesquels ils sont incarcérés.
D’un Trafic de Drogue Discret à une Criminalité Violente : Le Nouveau Visage des Détenus Étrangers
Historiquement, les citoyens colombiens dominaient le paysage carcéral étranger au Pérou, souvent associés au trafic de stupéfiants, une activité moins directement violente que les crimes que l’on observe aujourd’hui. Les années 1990 avaient vu une augmentation des “burriers”, ces passeurs de drogue. Jusqu’en 2019, cette tendance s’est maintenue, avec un accent mis sur le trafic de drogue illicite (TID) comme principal motif d’incarcération pour les étrangers.
Cependant, l’année 2020 a marqué un tournant. La pandémie a paradoxalement coïncidé avec un basculement démographique majeur : les détenus vénézuéliens ont dépassé les Colombiens en nombre, représentant 35,2 % contre 26,1 %. Cette tendance s’est accentuée de manière fulgurante depuis, selon les analyses de Lucía Nuñovero, experte en politique criminelle.
Les chiffres sont éloquents : aujourd’hui, 4 106 Vénézuéliens sont détenus dans les prisons péruviennes, constituant 74,3 % de la population carcérale étrangère. En 2016, ce chiffre n’était que de 32, représentant 1,77 %. Cette augmentation s’inscrit dans le contexte de la crise socio-économique au Venezuela, ayant conduit près de 7,9 millions de personnes à fuir leur pays, un exode massif qui a vu affluer au Pérou non seulement des professionnels et des citoyens honnêtes, mais également des individus impliqués dans des activités criminelles.
Le Changement de Crimes : Du TID à l’Extorsion et au Vol
Le profil criminel a également radicalement évolué. Si jusqu’en 2018, plus de 80 % des détenus étrangers étaient incarcérés pour trafic de drogue illicite, une inversion de tendance s’est opérée. En 2025, seuls 19,1 % sont détenus pour trafic de drogue, tandis que le vol et le braquage représentent désormais 40,6 % des crimes imputés aux étrangers.
« Pour la plupart, les personnes arrêtées pour trafic de drogue étaient des personnes dédiées à son transport, motivées par le profit, mais en dehors de la sphère de la violence criminelle. […] Mais aujourd’hui, le délinquant étranger vit de la criminalité violente, utilise facilement des armes à feu et a un mode opératoire lié à l’extorsion », explique Wilfredo Pedraza, ancien ministre de l’Intérieur et ancien chef de l’INPE.
Cette transition s’explique en partie par la troisième vague migratoire massive de citoyens vénézuéliens en 2017, période marquée par une crise profonde et la montée du crime organisé dans leur pays d’origine. Les Vénézuéliens incarcérés sont également plus jeunes, la majorité ayant moins de 30 ans, et beaucoup proviennent de milieux socio-économiques précaires. Leurs modes de vie et leurs interactions génèrent des conflits avec les normes pénitentiaires péruviennes, rendant leur adaptation difficile.
Implications et Enjeux : L’Avenir de la Sécurité Pénitentiaire
Le phénomène migratoire vénézuélien a un impact direct sur la structure et la dynamique des prisons péruviennes. Les détenus vénézuéliens sont présents dans la quasi-totalité des régions du pays, avec une concentration sur la côte, notamment à Lima et dans le nord, des zones stratégiques pour le commerce et les activités d’extorsion.
« Le crime étranger vénézuélien, qu’il soit organisé ou atomisé, est présent non seulement à Lima. En particulier, ceux qui ont une structure organisationnelle criminelle se trouvent dans des zones spécifiques du pays, comme Trujillo ou Chiclayo, en raison du commerce florissant et du phénomène d’extorsion », souligne Lucía Nuñovero. Face à la concentration de détenus vénézuéliens, l’Institut National Pénitentiaire (INPE) a dû procéder à des transferts pour éviter qu’ils ne forment des groupes homogènes et puissants, potentiellement capables de transformer les prisons en « bunkers ».
Le criminologue José Luis Pérez Guadalupe, ancien ministre de l’Intérieur, met en avant le rôle de l’organisation des détenus péruviens, qui a jusqu’à présent empêché les Vénézuéliens de prendre le contrôle des prisons. Il rappelle que contrairement au Venezuela, où les détenus sont souvent en opposition directe avec les autorités pénitentiaires, au Pérou, l’intégration dans les systèmes de gestion des détenus, bien que limitée, a pu se faire, notamment à travers des activités sportives et culturelles.

La prévalence de la détention préventive pour les Vénézuéliens depuis 2020, en contraste avec les condamnations antérieures, soulève également des questions sur la complexité des procédures judiciaires et la difficulté d’obtenir des soutiens juridiques, souvent dus à l’absence de documentation ou à des changements d’identité.
Ce phénomène soulève des questions cruciales pour le Pérou quant à la gestion des flux migratoires, l’intégration des étrangers et la prévention de la criminalité. L’analyse de cette transformation profonde, qui va bien au-delà des simples chiffres de détention, est essentielle pour comprendre les défis actuels et futurs en matière de sécurité publique et de politique pénitentiaire dans la région.
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